Accueil / ACTUALITES / cheikh

cheikh

Journaliste-écrivain, auteur du livre « Si près si loin avec Wade » paru aux éditions Hachette à Paris, Cheikh Diallo est également l’inventeur du slogan « en route vers le sommet » et du concept de « la Génération du concret ». Proche parmi les proches de Karim Wade, il reprend sa plume pour un Guest éditorial d’un rare courage intellectuel et politique.

Source :

Dans « les échos du paradis », Peter Pannke a laissé entendre lors d’un merveilleux échange que « la musique est le grincement de la porte du paradis ». Par analogie et pour entrer dans le vif du sujet, disons que la succession est le grincement de la porte de la Nation. Le grincement renvoie à la porte qui s’ouvre et à celle qui se ferme. Comme pour constater que toute succession est la clôture d’une époque et l’ouverture d’une autre.

Après cet exorde, il faut tout de suite éliminer les faux-semblants, la fausse gêne, la contagieuse hypocrisie et la pitoyable sournoiserie de certains d’entre nous. Lorsqu’on évoque la succession du Maître, ils tressaillent d’effroi comme des poules devant un couteau. En choeur, ils vous rabattent qu’en parler serait « indécent ». Et pourtant, en privé, ils ne font que cela ! Circonspects face à la circonstance de lieu, mais prolixes dans l’intimité de leur salon – véritable officine de concepts, de stratégies et de prédications politiques ! – ces bien-pensants ont la science exacte pour nous édifier sur l’instant propice à l’exploration du sujet. Y-a-t-il quelque indécence à évoquer la succession d’un homme démocratiquement élu ? Où se situe « le délit d’indécence » lorsqu’on évoque l’après-Wade. Devant la presse, le président de la République a ouvert le débat. Alors pourquoi ce qui serait acceptable pour lui, tomberait sous le coup de la transgression pour les citoyens. C’est là, en toute sérénité, le début de la tyrannie de la pensée sournoise. C’est là aussi sa limite.

Cette famille de pensée étant hors du périmètre de notre tribune, à présent, avançons deux ou trois idées qui n’engagent que l’auteur de ces lignes. Ouvrons tranquillement le chapitre de la succession dans le grand livre du Sénégal.

Après avoir revisité l’histoire politique récente du Sénégal, nous croyons avoir compris pourquoi la succession de Léopold Sédar Senghor lui appartenait exclusivement. Nous sommes en train de comprendre pourquoi la succession de Me Abdoulaye Wade ne lui appartient qu’accessoirement. Pour l’un, il s’agissait d’un processus de transmission constitutionnelle du pouvoir, avant terme du mandat. Pour l’autre, il s’agira d’une brève dévolution démocratique du pouvoir, au terme d’un quinquennat. Plaise à Dieu !

En présentant sa démission en fin décembre 1980, Senghor confirmait définitivement sa place dans la mémoire universelle. Ce grand coup historique a plus retenu l’attention que l’arrivée d’Abdou Diouf par une petite broderie constitutionnelle (grâce à la modification apportée en 1976 à l’article 35 de la Constitution). Qui plus est, Senghor a veillé à ce que son Premier ministre fût rigoureusement préparé à ses charges présidentielles. Wade n’aura ni le contexte ni le prétexte ni le temps. Lorsque Senghor passait le relais à la faveur d’un article de notre texte fondamental, nous étions dans une semi-démocratie. Quand vînt le temps de Diouf, nous entrâmes dans une démocratie non encore couronnée par une alternance.

Remarquez avant l’an 2000, le pouvoir de Diouf – faudrait bien que c’lui-là écrive ses mémoires, sinon par un jeu de rature médiatique, il ne sera plus le successeur testamentaire de Senghor -, ce pouvoir socialiste donc, ne pouvait se permettre de perdre des élections présidentielles, parlementaires ou locales. C’eût été la fin du monde. En ces temps-là les élections étaient imperdables… Comment en serait-il autrement alors que le vote à bulletin secret n’était que facultatif ? On votait au vu et au su du collège électoral. Dans cette ambiance infra-démocratique, le vote de l’opposition était perçu comme un vote de méfiance, de défiance et même de témérité. En organisant, les élections le pouvoir faisait un appel d’offres national dont le gagnant était connu d’avance : Abdou Diouf et le Ps.

Aujourd’hui, il n’y a rien de moins qu’un fabuleux frémissement médiatique dans le dépouillement du vote, une présence active de la Cena, de la société civile et des observateurs internationaux, avec à la clé, une victoire sans bavure et dès le premier tour du candidat du Sopi. Malgré ce beau spectacle de la démocratie, notre « charmante » opposition parle d’élections controversées, de pouvoir illégitime et entend tenir à cet effet, des assises nationales les jours pairs, une conférence nationale les jours impairs, et le week-end, elle parle d’Etats généraux de la République et de la démocratie. Un tour de yo-yo politique pour une opposition chloroformée, en vue d’entamer une renégociation de contrat avec un pouvoir établi et rétabli. Pensons donc ! C’est à elle de tenir des Etats généraux de l’opposition avant de vouloir redéfinir les grands fondamentaux de la République.

Après 2000, nous entrons dans une démocratie achevée pour les plus colorés et une démocratie avec alternance pour les plus neutres. Fatalement il y aura une alternance après l’alternance. Mais pour le moment, Wade est réélu pour cinq ans et ce, jusqu’en 2012, Dieu voulant. Il lui arrivera d’avoir une préférence pour le candidat implicite ou pour l’un des deux candidats explicites à sa succession mais sa voix ne sera pas prépondérante. Le mode de dévolution démocratique est la grande affaire du peuple. C’est la somme d’espérances et de rêves justes que prendrait en charge le porteur d’un profil après que ses compatriotes eurent ajouté des voix aux voix pour indiquer la voie de leur choix démocratique.

Au sein de la famille libérale, on évoque couramment trois noms pour le remplacer : Idrissa Seck, Macky Sall et Karim Meïssa Wade (KMW). Il faut aussi penser à Ousmane Tanor Dieng et à Djibo Leyti Kâ. L’enjeu ne se situe pas seulement au Pds, ce serait une erreur manifeste d’appréciation que de le croire. Karim a un handicap patronymique : Wade. Tout son handicap vient de là et une partie de son atout aussi. KMW n’a pas de pulsions pour le fauteuil présidentiel. Mais « si » cette envie noble lui vient, il n’empruntera ni dédales, ni raccourcis politiques, ni échelles historiques. Aucune haute couture constitutionnelle ne lui sera imaginée. Citoyen, électeur et éligible (ugh !), « si » KMW – « ce sera l’homme à abattre » veut succéder à son père, il ira labourer les circonscriptions électorales avec ses pieds, la main sur le cœur et plein de projets dans la tête. Seul le peuple souverain donnera sa confiance. Il faut que cela soit dit et entendu.

Ils nous ramènent qui la royauté, qui la monarchie, et bien souvent même la dynastie. Ils devront se raviser puisqu’ils ne parlent que pour eux-mêmes. La démocratie sénégalaise est en perpétuels travaux d’embellissement. Sa façade ne sera pas tailladée par la mystique de leur pessimisme républicain. Son intérieur, non plus, ne sera craquelé sous une bourrasque anti-républicaine. Toute la trajectoire politique de Wade a consisté à attacher à son nom une grande cause : le prestige international du Sénégal.

Après lui, rien ni personne ne devra subtiliser les clés de la porte…

Notre éditorialiste répond sur

www.diallo.cheikh@gmail.com


À voir aussi

Procès faux médicament: Les pharmaciens non satisfaits du verdict

Suite au verdict rendu le 04 décembre dernier sur l’affaire des faux médicaments à Touba …

L’éducation en ébullition: Débrayages et grèves à partir demain

Après le secteur de la santé, l’éducation va connaître des perturbations à partir de demain,  …