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Le Chine, l’Occident et l’Afrique (Par Abdoulaye THIAM)

Feu professeur Joseph Ki-Zerbo du Burkina Faso disait : «Dormir sur la natte des autres, c’est comme si l’on dormait par terre»

Du 15 novembre au 26 février 1885, des puissances occidentales d’alors, notamment le Portugal, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l’Empire Ottoman, la Grande-Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas, l’URSS, la Suède, ainsi que les Etats-Unis d’Amérique, décident du partage de l’Afrique. Sur initiative d’un monarque nommé Bismarck, elles se partagent le «gâteau» sans consulter leurs victimes.

Depuis ce passé lointain, les relations entre le vieux continent et l’Afrique n’ont pas changé. Elles restent celles d’un dominateur face à un dominé. Les indépendances n’y changeront absolument rien. L’Occident change juste de stratégies pour continuer à exercer son impérialisme.
Ajustements structurels, politiques économiques des institutions de Bretton Woods (Banque Mondiale et FMI) et leurs fameux rapports ; pour le même constat : les populations peinent toujours à voir le bout du tunnel. Certains cherchent même la queue du diable pour la tirer.

Comme si ce pillage organisé ne suffisait pas, la Chine aussi, entre dans la conquête. Son offensive est tellement fulgurante qu’elle fait désormais trembler les vieux «maîtres» de l’Afrique qui perdent de plus en plus du terrain.

Tout récemment, c’est un article du journal Le Monde qui vient confirmer le ballet des «vautours» sur le continent et, surtout, l’absence de vision de nos dirigeants. Dans une enquête publiée par le quotidien français et datée du 29 janvier dernier, sous le titre : «A Addis-Abeba, le siège de l’Union africaine espionné par Pékin», il est indiqué : «la Chine a espionné l’Union africaine entre 2012 et 2017».

Selon plusieurs sources du journal au sein de l’institution, «tous les contenus sensibles ont pu être espionnés par la Chine. Une fuite de données spectaculaire, qui se serait étalée de janvier 2012 à janvier 2017».

Une information formellement démentie par le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, qui, depuis Pékin où il se trouvait, a dénoncé des «mensonges» et a plaidé pour une «coopération sino-africaine renforcée».

Selon lui, « l’Union africaine est une organisation internationale qui ne traite pas de dossiers secret-défense ». « Je ne vois pas quel intérêt a la Chine à offrir un tel bâtiment puis à l’espionner ».

Justement, c’est là où le bât blesse. Rien que pour le symbole d’une indépendance tant voulue, chantée, exigée, acquise parfois au prix de millions de morts ; ou encore d’une capacité à nous prendre en charge et d’arrêter cette honteuse assistance, l’Union africaine n’aurait jamais dû, à notre avis, accepter que son propre siège soit un «don» d’une quelconque puissance, quelle qu’elle puisse être. Chinoise, américaine ou européenne.

Mais au-delà de sa valeur informative, cet article du journal Le Monde peut être interprété doublement. D’abord, comme voudrait nous le faire croire, Moussa Faki Mahamat, l’objet peut être encore cette volonté manifeste de l’Occident, de discréditer la grande offensive chinoise dans ce qui était jadis, la «chasse gardée» de l’Europe occidentale. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que le réveil chinois fait trembler le monde entier. Jusqu’en 2016, elle était le premier créditeur des Etats-Unis avant de céder la place au Japon qui l’avait perdue en 2008. Aujourd’hui, c’est l’Europe qui se pose des questions. On comprend donc la campagne de diabolisation du pays de Xi Jinping (président de la République populaire de Chine).

Mais, on peut aussi être tenté de croire à la véracité de l’article. L’espionnage avait connu son âge d’or durant de la guerre froide, à l’époque où le monde était bipolarisé. Il n’est certes, plus aussi accru comme au XXème siècle, mais il reste quand même une arme des grandes puissances. Les informations classées top-secrètes publiées dans les médias, grâce à Edward Snowden, en sont une parfaite illustration. On y apprend que les Etats-Unis ont espionné leurs propres «alliés» (l’Allemagne, la France, la Grande Bretagne, etc.)

Ce serait donc insulter l’intelligence des africains que de nous faire croire que les puissances étrangères ne nous espionnent pas.

Le défi de l’Afrique devrait être ailleurs. Précisément, comment sortir le continent de l’ornière. Comment faire en sorte que sa jeunesse croit à l’avenir du continent ; qu’elle puisse jouir des ressources naturelles dont regorgent les pays qui le composent.

Les chiffres sont plus éloquents. L’Afrique possède 97% des réserves mondiales de cuivre ; 80% de celles de coltan ; 50% de celles de cobalt ; 57% de celle d’or ; 20% de celles de fer et de cuivre ; 23% de celles d’uranium et phosphates ; 32% de celles de manganèse ; 41% de celles de vanadium ; 49% de celles de platine ; 60% de celles de diamants ; 14% de celles de pétrole. Et pourtant, nous sommes le continent le plus pauvre, le plus endetté, le moins avancé.

Le Président Ghanéen, Nana Akufo-Addo a déjà annoncé les couleurs lors d’un discours prononcé à l’occasion de la Conférence sur la reconstitution des fonds du Partenariat mondial pour l’Education le 2 février dernier, à Dakar. Droit dans ses bottes, devant le Président français, Emmanuel Macron, il a soutenu que «l’Afrique est capable de trouver les ressources financières nécessaires» pour financer l’éducation de ses enfants.

«Nous devons nous organiser pour nous assurer que les richesses du continent soient utilisées pour servir les populations du continent et pas ailleurs. Si nous comblons ce fossé, nous reviendrons à Dakar pour discuter d’Éducation, mais, nous ne parlerons plus de financement», poursuit-il. «Il est pour nous temps de changer d’état d’esprit. Nous avons les capacités en nous pour nous développer et promouvoir l’intérêt de notre continent nous-mêmes», a-t-il dit. Ce qui est loin d’être une chimère. Des exemples font légion, notamment, avec les quatre dragons que sont la Corée du Sud, Hong Kong, Singapour et Taïwan qui sont considérés aujourd’hui, comme des pays développés. Et dire qu’au moment des indépendances, la plupart des Etats africains avaient un PIB largement supérieur à celui de ces dragons asiatiques. Leur seul secret c’est le sérieux, le travail, la discipline, la rigueur et surtout l’amour pour leur nation. Là gît toute clé du développement. L’Afrique est alors avertie. Son deuxième partage, économique cette fois, a été enclenché. Ou elle agit ! Ou elle subit !

Abdoulaye THIAM

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