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Du choix d’une personne-ressource adéquate… -Par Jean Maissa Diop-

Malheureusement, quand il s’agit de sujet de reportage sur des questions touchant aux traditions, bien des reporters se croient inspirés en allant interroger des griots qui, en réalité, n’en connaissent pas plus qu’eux

Votre serviteur a posé le débat sur sa page Facebook et les diverses contributions laissent conclure que ce vêtement masculin n’est pas du tout d’origine arabe. La journaliste tunisienne Zouhour Harbaoui soutient que le thiaya est un dérivé du sérouel adapté dans les pays du Maghreb, mais venu de Perse. L’universitaire Olivier Sagna a, lui, posté un document démontrant que le thiaya a des origines géographiques plus lointaines, chinoises…

Mais, à force de croire que tout (ou presque) est arabe, on en vient à confirmer la boutade de l’écrivain Boubacar Boris Diop qui a dit que ‘’les Sénégalais se prennent pour des Arabes’’, avons-nous écrit dans ce débat sur cette question via le réseau Facebook.

Revenons à la question de la pertinence du choix des sources pour dire qu’un griot surnommé ‘’communicateur traditionnel’’  n’est pas forcément un historien ; il y a des griots qui ne connaissent pas grand-chose, voire rien du tout à l’histoire.

Malheureusement, quand il s’agit de sujet de reportage sur des questions touchant aux traditions, bien des reporters se croient inspirés en allant interroger des griots qui, en réalité, n’en connaissent pas plus qu’eux. Il y a cette compréhension erronée du profil du griot d’aujourd’hui.

Et c’est ainsi que, par exemple, pour la relation des parades civile et militaire du 4 Avril, fête de l’indépendance du Sénégal, la RTS 1 aligne toujours un certain griot, historien non avéré, qui ressasse les mêmes commentaires entendus de lui depuis des décennies, citant les mêmes noms, réduisant l’histoire de l’indépendance aux mêmes figures, aux mêmes faits.

Cette compréhension biaisée est plus flagrante dans la relation des joutes aux arènes sénégalaises où les reportages sont quasiment l’apanage des… griots ! Autrement dit, un reporter des arènes doit être un griot. Et ainsi, pour la relation des combats de lutte avec ou sans frappe, chaque chaîne de radio, chaque chaîne de télévision s’attache les services de son ou ses reporters griots. Pourquoi cela ?

Pourtant, il y a des non-griots qui, certainement, en connaissent plus que les reporters ‘’communicateurs traditionnels’’. Et les rivalités entre ces derniers, à coups de ‘’missiles mystiques’’, est si féroce que l’un de ces reporters, Mbaye Garmy de la RFM, dit un jour qu’aller aux arènes sans avoir noué au moins cinq kilos de gris-gris équivaut à aller au suicide.

Toujours dans les choix discutables d’interlocuteurs, un jour, un étudiant en journalisme, préparant un mémoire de fin d’études sur le mariage dans telle contrée sérère, recensa parmi ses personnes-ressources tel sociologue passe-partout, parce que semblant avoir réponse à tout.

Mais, ai-je rétorqué à l’étudiant, cet interlocuteur, qui n’est pas sérère, qui n’a pas fait de recherches sur le mariage dans la contrée en question, peut-il vous en dire plus pertinent que bien des sociologues issus de cette localité ?

Voilà donc le problème de certains journalistes ; c’est le mimétisme qui est tel que des reporters ne se cassent plus la tête pour trouver des personnes-ressources aussi adéquates qu’originales. Il suffit que telle de ces personnes-ressources ait parlé à un organe de presse pour que désormais elle devienne la source que choisissent presque tous les reporters. Et c’est ce suivisme qui a abouti à ce que Mademba Ndiaye, un respectable journaliste aujourd’hui reconverti à la communication institutionnelle, déplorait lors d’un ‘’Cas d’école’’ du CORED (Conseil pour l’observance des règles d’éthique et de déontologie dans les médias sénégalais) : ‘’Les carnets d’adresses n’ont pas changé depuis plus de vingt ans ; les journalistes interviewent les mêmes personnes que, dans les années 80-90, leurs aînés ont eu à interviewer.

Et c’est ainsi qu’à la longue, les journalistes finissent par donner l’impression que le Sénégal ne compte, par exemple, qu’un seul sociologue ; ou que pour chaque sujet d’enquête ou de reportage, il doit y avoir l’éclairage d’un… sociologue que les humoristes de RFM dépeignent en Dakarologue, en sénégalologie, personnage de leur journal parodique  ‘’Dialgaty Xibaar’’.

Post-scriptum : Que Mamadou Ndoye Bane fasse de la politique est bien son droit, mais il ne doit pas le dire de manière clandestine dans son émission ‘’Thème de la semaine’’  de la nuit du samedi au dimanche. Parlant des pratiques non-réglementaires en cours à l’hôpital de Tivaouane où, contre le décret des autorités, la césarienne se paye rubis sur l’ongle, Bane dit : ‘’Damay politik (je fais de la politique)…

La plupart des parturientes auxquelles, à l’hôpital de Tivaouane, on a fait payer la césarienne sont mes militantes.’’ Son statut de politicien ne fait pas partie du thème de l’émission et n’avait donc pas à être décliné.

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