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Christian SAGGLIO, ancien directeur de l’institut français : ‘Ce n’est pas normal que la culture au Sénégal ne gagne pas d’argent’

La présentation du programme du prochain trimestre de l’Institut français Léopold Sédar Senghor, tenue vendredi dernier, a servi de tribune à l’ancien directeur de l’Institut, Christian Sagglio pour annoncer son départ en juillet. Très ému, celui qui a dirigé cette structure durant quatre ans et demi, n’a pas manqué de faire son bilan. Dans l’entretien qu’il a accordé à nos confréres de Walfadjri, Christian Sagglio, (qui se définit comme un Diola, depuis son retour au Sénégal en 2003) note qu’il repart avec l’espoir de voir la culture sénégalaise sortir de ses cendres. Ce nostalgique de la période Senghor, regrette aujourd’hui qu’il n’y ait pas assez d’argent investi dans la culture. Et ce, aussi bien du côté institutionnel que de celui privé.
Il y a quatre ans et demi vous reveniez au Sénégal après 27 ans de ‘rupture’ pour aller servir à Londres, en Italie, au Japon… Aujourd’hui qu’est-ce que cela vous fait de repartir à nouveau ?

Christian SAGGLIO : Ce qui m’a marqué à mon retour au Sénégal, un pays que j’avais quitté pendant 27 ans, c’est ce dynamisme de la culture sénégalaise avec les nouveaux talents. Aujourd’hui, je repars très optimiste. Mais je ne repars pas définitivement, car l’on dit souvent en Wolof ‘Wiri Wiri jari ndari’, c’est dire qu’au Sénégal, je reviendrais toujours. Cela m’a passionné de voir, de soutenir toutes les initiatives dans le domaine culturel.

Quel bilan tirez-vous des années passées à la tête de l’Institut français Léopold Sédar Senghor ?

Christian SAGGLIO : A mon retour au Sénégal, mon objectif n’était pas seulement de faire la promotion de la culture française, ou de faire un travail de diffusion de cette culture comme c’était le cas lorsque j’étais au Japon, en Italie. Mais surtout faire de l’Institut français un lieu de coopération culturelle, la promotion des échanges culturels entre diverses cultures. Cela m’a passionné de voir que lorsque j’étais au Japon, Doudou Ndiaye Rose jouait avec les tambourinaires japonais de l’île de Salo. Et ce qui me fait plaisir aujourd’hui, c’est que l’Institut est devenu un lieu de vie. Non seulement pour la promotion de la culture française, mais aussi la promotion de la culture sénégalaise et surtout de la diversité culturelle. Parce que l’on a fait des semaines du cinéma européen, japonais ou coréen, etc. Nous avons beaucoup travaillé avec nos amis italiens, roumains, etc. C’est la raison pour laquelle je crois beaucoup à ce dialogue des cultures, ces rencontres. Ce qui fait de moi un ‘Senghorien’. Pour moi, ‘la culture est au début et à la fin du développement’, comme disait Senghor. La chance du Sénégal, qui n’a pas de pétrole, c’est d’avoir une riche culture. Senghor l’avait compris et avait créé un nombre d’institutions : Mudra Afrique pour la danse, et beaucoup d’autres choses dans tous les domaines : la mode, l’art contemporain, le cinéma, l’art plastique avec les tapisseries de Thiès, etc. Je pense qu’aujoud’hui, il y a un renouveau de la culture sénégalaise et un dynamisme formidable.

Vous semblez être nostalgique de la période Senghor ?

Christian SAGGLIO : Je le suis oui, car j’ai vu ce que Senghor faisait. Vingt-sept ans après lorsque je suis arrivé au Sénégal, j’ai été très déçu par ce que je voyais. Des salles de cinéma qui devenaient des supermarchés, le musée dynamique qui est devenu la Cour de Cassation, tout cela m’avait écœuré. Parce qu’il avait une telle volonté qui faisait que le Sénégal était connu dans le monde entier à travers sa culture. Senghor emmenait avec lui les artistes : des cinéastes, des écrivains. Mais, je pense qu’en ce moment, il y a un renouveau. Après l’entracte qui a été très néfaste.

Donc l’avenir de la culture sénégalaise n’est pas sombre…

Christian SAGGLIO : Non plus aujourd’hui, car des événements culturels comme Africa Fête, Kaay Fecc, Hip-hop Awards, les cinéastes, etc., sont en train d’être faits. Ces acteurs jouent leur partition dans le dynamisme culturel sénégalais. Ce qu’il leur faut, c’est qu’ils aient des soutiens. Le cinéma sénégalais est en détresse, malgré la créativité de gens comme Moussa Sène Absa, Moussa Touré, Ben Diogoye Bèye. En regardant les cinémas malien, burkinabé, qui sont soutenus par leurs gouvernements, sont devenus des cinémas très dynamiques. Je pense que si cela était fait au Sénégal on arriverait au même résultat. Je pense que s’il n’y a pas de soutien des acteurs culturels, c’est difficile, car le marché est extrêmement compliqué. Parce que les soutiens financiers sont difficiles à trouver. Il y a cette nouvelle bourgeoisie Compradore qui investit peu dans la culture. Un des drames du Sénégal, c’est qu’il n’y a pas assez d’argent investi dans la culture. Aussi bien de l’argent institutionnel que d’argent privé. Ce n’est pas normal que le secteur culturel au Sénégal ne gagne pas d’argent, car il y a tellement de talents qui doivent être soutenus par le marché. L’autre problème de l’Afrique en général, c’est la rencontre entre le marché et la création. Et c’est cela aussi le problème de la culture sénégalaise en particulier. C’est pour cela que je trouve que non seulement, il faut un ministère de la Culture, mais cela devait être un ministère d’Etat. Parce que la culture a déjà dépassé la pêche et le tourisme. La culture est le premier secteur économique du Sénégal. Ce que l’on ne dit pas assez. Il y a une créativité dans tous les domaines, la mode, le design, la musique, la danse, etc. Daara J, Pee Froiss vend plus de trois mille disques aux Usa. Le rappeur Didier Awadi est à l’origine du grand mouvement Boul Falé. Il y a aussi cette perte de curiosité des Sénégalais par rapport aux autres cultures.

Christian Sagglio semble bien intégré au Sénégal, car il se réclame de l’ethnie Diola …

Christian SAGGLIO : (Rires), je suis Diola mais aussi Goréen. Pour moi, Gorée c’est la quintessence. Quand le Curé, l’Imam et le maire de Gorée bénissent la mer le jour de la Saint-Charles, cela m’émeut. Parce qu’en ce moment, c’est rare cette tolérance raciale, religieuse, d’ouverture, de dialogue, de solidarité et c’est très rare dans le monde actuel. Et le Sénégal sait bien que Niitt Moy Garabou Niitt (l’homme est le remède de l’homme). On parlait des valeurs de Mouñ, de Kersa et de Joom, c’est très important aujourd’hui. Et c’est tout cela qui m’avait fait revenir en 2003.

Qu’allez-vous faire maintenant ?

Christian SAGGLIO : Je suis écrivain, auteur de nombreux livres. Je suis masseur aussi à mes temps perdus (rires). Je ne sais pas encore. Je retourne à Paris au quai d’Orsey et on verra.

Peut-on savoir le nom de votre successeur ?

Christian SAGGLIO : Je ne le connais même pas. C’est l’équipe de l’Institut qui va poursuivre le travail en attendant que mon successeur arrive. Mais je crois qu’il sera là, à la rentrée en septembre. Pour ma part, je rentre sur Paris en juillet.


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