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Clément Abaifouta, témoin dans l’affaire Hissein Habré « Quand je soulevais des morts, la peau me restait entre les mains »

  • Date: 10 novembre 2015

Clément Abaifouta, président de l’Association des victimes des crimes du régime de Hissein Habré (Avcrhh) a été, hier, à la barre des Chambres africaines extraordinaires (Cae). Il est revenu sur les quatre années passées en prison, son métier de fossoyeur et les conditions difficiles de détention dans les prisons de la Dds.

Suspendu le 29 octobre dernier, le procès de Hissein Habré a repris, hier lundi, avec la suite de l’audition des témoins. Clément Abaifouta, président de l’Association des victimes des crimes du régime de Hissein Habré (Avcrhh) a été à la barre pour sa déposition. Né en 1958, le témoin a passé 4 années dans les centres de détention de la Dds. À la barre, il s’est souvenu de ces moments difficiles qui ont marqué sa vie. Selon lui, le 12 juillet 1985 alors qu’il s’entretenait avec ses cousins, deux individus sont entrés nuitamment dans son domicile pour l’arrêter. Ces derniers lui ont fait savoir qu’ils voulaient l’entendre sur un sujet et cela va prendre juste 15 minutes. C’est ainsi que Clément a été sorti de la maison avant d’être conduit à deux cents mètres dans le noir où il y avait un véhicule pick up à bord duquel il y avait trois militaires armés. « Ils m’ont pris avec un autre boursier avant de filer vers la Dds. Mes cousins ont poursuivi la voiture, en vain. À la Dds, j’ai été surpris lorsqu’on nous a demandé pourquoi on voulait entrer dans la rébellion », a déclaré le témoin. À l’en croire, il a commencé tout de même à argumenter mais il sera très vite interrompu. Le motif était qu’il allait poursuivre ses explications le lendemain. Ainsi, il sera conduit dans une petite cellule de 2 mètres sur 3. « Dans cette cellule, il y avait une dizaine de personnes à la merci des moustiques et juste à la porte il y avait un pot de peinture pour permettre aux détenus de faire leurs besoins. Au bout de deux semaines, il y avait une cinquantaine de personnes dans la cellule qui dormaient à tour de rôle. À 17 heures, on ouvrait les portes pour nous permettre de sortir 10 minutes pour boire et se laver le visage », témoigne Clément Abaifouta. Parlant des conditions difficiles de détention, le témoin a dit être choqué par les repas. Selon lui, on leur donnait un bol de riz blanc complètement noirci par la marmite. Ce jour-là, renseigne-t-il, il a pleuré arguant que son chien ne mangerait pas cela.

« J’ai été cuisinier avant de devenir fossoyeur »

De la Dds, Clément Abaifouta a été transféré à la prison des locaux où il y avait des femmes et des enfants. « Dans cette prison, il y avait la cellule A. On dormait comme des bébés et il fallait avoir un mental fort pour ne pas mourir », a dit le témoin selon qui, il était cuisinier des militaires. C’est plus tard qu’il a été fossoyeur. « Je n’avais pas le choix, Abba Moussa nous traitait comme des ennemis de l’État. Chaque jour, on enterrait deux à trois fois les cadavres qui venaient du camp des martyrs, de la piscine et de la gendarmerie. Parfois, on ne creusait même pas un mètre pour enterrer parce que il ne fallait pas qu’on nous voie », a-t-il encore dit. En 1987, Clément Abaifouta a soutenu qu’il y avait une prisonnière très belle qui se faisait violer tous les soirs par un militaire. Parfois, les militaires se relayaient à trois sur elle. À l’en croire, cette dame est décédée après avoir fait cette confession. À la barre des Chambres africaines extraordinaires (Cae), hier, le témoin a indiqué que la Dds est « la terreur rouge ». « Quand la Dds vous prend, vos parents organisent votre deuil », a-t-il dit. Avant de poursuivre : « Parmi toutes les femmes rencontrées en prison, Rose était la plus brave. Elle avait un comportement d’homme et nous galvanisait. Cependant, la Dds avait des prisonniers infiltrés et c’est un d’entre eux qui a trahi Rose et cette dernière a été exécutée ». Selon le témoin, il y avait 8 à 10 morts par jour.

« Une odeur nauséabonde sortait de la bouche des cadavres »

Clément Abaifouta a soutenu que son travail de fossoyeur lui a permis de vivre l’honneur. « Quand je soulevais des morts, la peau me restait entre les mains. Une odeur nauséabonde sortait de la bouche des cadavres. Par ailleurs, un jour alors qu’on jetait des cadavres dans des fosses, quelqu’un a crié je ne suis pas encore mort. Et, c’est le lendemain qu’il est décédé », a-t-il expliqué aux juges. Selon les témoins, le motif des morts dans les prisons était en partie causé par les conditions difficiles de détention. « En 1988, il y avait des prisonniers tellement nombreux qu’on ne pouvait pas fermer la porte. On a utilisé l’arrière de la Toyota pour refermer la porte et le lendemain, il y avait une soixantaine de cadavres », a dit le témoin. Et d’ajouter : « Quand il y avait deux à trois morts, Abbé Moussa disait vous êtes des ennemis de l’État. Vous devez mourir plus que cela ». S’agissant des militaires qui étaient arrêtés pour rébellion, ils ont tenté une invasion et au petit matin certains d’entre eux étaient fusillé. Il y avait un militaire qui n’a pas été tué parce qu’il était invulnérable aux balles. Ainsi, explique-t-il, on lui a brisé le coup. Par ailleurs, le témoin a déclaré dans sa déposition que certains gens disaient que Habré était partout. « Il suffisait qu’on écoute la Rfi pour qu’on soit arrêté. En prison, j’ai compris que les poux avaient la peau dure. Pour s’en débarrasser, nous étions contraints de les croquer », a dit Clément Abaifouta qui, on le rappelle, a été libéré le 7 mars 1989 par l’accord de Bagdad. « Pendant deux mois, après notre libération, on a été mis dans une cellule pour nous engraisser pour qu’on fasse bonne mine. Au cours de cette période, deux d’entre nous sont décédés. Aujourd’hui, je suis mourant, j’ai des trous de mémoire et je suis devenu insensible aux décès. J’ai utilisé des cadavres comme oreiller. J’ai perdu mes parents et je n’ai pas pleuré », s’est-il désolé. Clément Abaifouta a soutenu que Hissein Habré est l’homme qui a brisé tout son avenir, ses projets. « Hissein Habré m’a esquinté la vie. Il est responsable de tout ce que j’ai subi », clame-t-il.

Cheikh Moussa SARR

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