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Code, rationalisation, financement des partis politiques au Sénégal- Les affres d’un multipartisme anarchique

  • Date: 12 décembre 2015

Le Sénégal compte, aujourd’hui, 255 partis politiques. Pour 14 millions d’habitants, c’est inacceptable. Le ministre de l’Intérieur a relancé le débat pour attirer l’attention sur la nécessite de mettre en place un Code des partis politiques, réfléchirà la rationalisation de ses derniers et voir les voies et moyens de pourvoir à leur financement selon les directives de l’Union monétaire ouest-africaine (Uemoa) qui sont applicables au Sénégal.

Dans les années 70, le président Senghor, flairant sans doute le danger, avait limité les courants de partis a trois : le socialisme démocratique, le libéralisme démocratique, un courant marxiste-léniniste. Il y avait tout de même un courant conservateur représenté par le Mouvement républicain sénégalais (Mrs) représenté par Me Boubacar Guèye. Le Rassemblement national démocratique (Rnd) n’avait pas été reconnu parce que son initiateur, le Pr Cheikh Anta Diop, ne se reconnaissait pas dans ses courants. D’autres mouvements et partis étaient entrés dans la clandestinité. Une situation qui n’avait cependant pas déstabilisé le pays, dans ce contexte historique, qui était un des rares à oser s’essayer au multipartisme. L’arrivée du président Diouf en 1981 a ouvert, pour ainsi dire les vannes avec le multipartisme intégral. Une autre exception sénégalaise magnifiée à l’époque par le président Abdoulaye Wade lui-même qui avait créé le Parti démocratique sénégalais (Pds) pour qui : « Le multipartisme a été possible au Sénégal parce qu’il ne comporte pas de risque de désorganisation de la société. Le Sénégal forme une nation, il n’y a pas d’ethnies qui risquent de s’entretuer alors que dans d’autres pays, la création d’un parti politique peut entrainer une polarisation ethnique et des affrontements qui peuvent porter préjudice à la cohésion nationale ».
La réflexion de Senghor sur ce sujet ne varie pas. Le président-poète démissionnaire soutient que « politiquement nous étions prêts, les autres (ndlr : pays africains) étaient moins bien préparés et c’est la raison pour laquelle nous pouvons organiser un système multipartite au Sénégal, les autres non ».
Depuis cette date, aucun Sénégalais n’a pensé remettre en question cet acquis historique de haute portée démocratique.
La création d’un parti politique est tellement aisée pour tout citoyen jouissant de ses droits civiques et politiques qu’elle relève de la loi 66-70 de 1966 qui régit les associations. Malheureusement, on a tenu compte d’une autre exception sénégalaise : la tendance à l’exagération par le mimétisme outrancier de l’autre. Si une dame commence à vendre du couscous au coin de la rue, la plupart de ses voisines vont la suivre. Il en est ainsi des cantines de transferts d’argent, de vente de pains, de création de sites internet, etc.
Aujourd`hui, tout le monde veut avoir son parti politique.Toutes les raisons sont bonnes. Si certains ont été lésés et ont de sérieuses raisons de le faire dans leurs partis, d’autres versent tout simplement dans la fantaisie, l’ostentatoire, le voyeurisme et la poursuite d’objectifs bassement matériels. Ce qui a abouti à des partis dits « télé centres » c’est-à-dire qui n’ont ni sièges, ni bureaux, ni patrimoine permettant la tenue de réunions régulières. La plupart de ces partis politiques ne participent pas aux élections et ne pourvoient nullement à l’encadrement et à la formation de leurs électeurs comme l’exige la loi.
Alors, se pose la question de la mise en place du Code en rendant moins faciles les conditions de création de partis politiques. Il s’agit d’exiger par exemple un certain nombre de signatures par région, un siège, la participation à des élections comme locales, la tenue de congrès, la cotisation des membres, etc.
Bien sûr, le danger, ici est de se mettre en porte à faux avec la loi en limitant la liberté individuelle de créations d’associations à but politique. Et surtout éviter de faire en sorte que seuls se soient ceux qui ont de l’argent qui peuvent en créer. Les Sénégalais les plus riches n’étant pas forcément les plus instruits ou les plus compétents ou honnêtes. L’immixtion intempestive de l’argent dans notre système politique par l’achat des consciences pour arriver à ses fins est une donne à prendre en compte dans toute réforme.
Au demeurant, tout le monde s’accorde, aujourd’hui, sur le fait que la rationalisation s’impose. Parce que l’excès de partis politiques est une forme de violation des acquis démocratiques. Les choix deviennent très difficiles surtout pour les électeurs analphabètes qui vont jusqu’à confondre les bulletins dans les bureaux de vote. Lors des locales 2014, les tables étaient tellement engorgées de bulletins que le simple fait de devoir les prendre tous pour entrer dans l’isoloir exaspérait plus de un.
Pis, l’État a mis la main à la poche pour imprimer tous ces bulletins pour des candidats dont le nombre avait surpris. Tout ceci parce qu’il est facile de se faire « prêter » un récépissé même si l’on n’est pas de ce parti politique. Tout le monde (sauf exceptions rares) a pu avoir son récépissé comme exigé par la loi, monter sa liste et déposer dans les délais.
Cette diarrhée politique doit être d’autant plus rapidement stoppée qu’il faudrait réfléchir au financement des partis politiques selon les directives de l’Uemoa qui s’adresse à l’ensemble des États de la zone. Bien sûr, les « partis télé centres » seront exclus. Des critères d’éligibilité doivent être instaurés en évitant cependant les passe-droits, le favoritisme et les autres formes de corruption qui minent notre société. Car, il ne fait pas de doute que les vrais partis politiques ne font pas plus d’une dizaine au Sénégal. Les 245 autres sont suspects. Non pas parce qu’ils sont illégaux ou clandestins, mais parce qu’ils n’ont pas forcément la légitimité d’exister. Un parti politique ne peut pas fonctionner avec une seule personne visible et connue.
Cependant, la réflexion ne sera pas facile. Parce que l’on ne peut pas être juge et partie. Après les techniciens qui vont mettre en place les termes de référence, il est important qu’il y ait une large concertation sur ces questions impliquant les partis politiques, la Société civile et toutes les forces vives de la nation. Sans pour autant chercher le consensus sur une question où il sera difficile de le trouver.

Abdoulaye Diop

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