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La Colère des services de sécurité sénégalais (Jean-Pierre Mendy)

La polémique entre les Ambassades américaine et française sur l’imminence ou non de la menace terroriste au Sénégal a beaucoup irrité les citoyens mais aussi les services de sécurité.

Cette communication sur un sujet aussi sensible que le terrorisme doit être un domaine réservé aux autorités de l’État concerné. Même la presse locale doit observer une forme de réserve de nature à ne pas créer la psychose au sein des populations.

Alors, on peut se demander qu’elle mouche a piqué les services de l’Ambassade des Etats-Unis à Dakar pour verser dans une forme de communication qui nous a coûté un recul des réservations de touristes parfois de l’ordre de 30% selon certaines estimations entre autres désagréments ?

Cette question trouve sa réponse dans cette forme de tutelle sécuritaire à laquelle des pays africains comme le Mali et même le Sénégal avec ces accords de défense se trouvent soumis. Des accords de défend avec la France, des accords avec les Etats-Unis, une forme de blanc-seing de la part de ces grandes puissances qui, parfois se soucient plus de la sécurité leurs ressortissants que celle des populations autochtones.

À cette situation s’ajoute le désir, vaille que vaille de prouver la faiblesse de la sécurité de leurs pays d’accueil histoire de mieux les convaincre de leur vulnérabilité et donc légitimer, par-là, les accords de défense.

Pourtant,  nous savons tous que tous les pays sont exposés. Il n’y a aucun État qui est l’abri parce que les supposés mieux protégés sont les plus frappés.  En conséquence, parler d’un pays exposé plus qu’un autre relève d’une lourde responsabilité qui, quand elle est prise unilatéralement par un pays étranger est une forme d’immixtion intolérable dans les affaires intérieures d’un Etat-tiers.

Et ce qui apparait comme la « riposte » de la France n’est guère plus encourageante. Car, il n’appartient pas à Christophe Bigot d’apporter la réplique de cette façon peu diplomatique. Le Sénégal ne saurait assister les bras croisés à cette passe-d ‘arme qui rappelle les disputes coloniales pour le contrôle d’un territoire. Ce n’est pas à la France de le faire.

Le Sénégal qui a certes besoin de la coopération de tous doit cependant prendre en charge et entièrement non seulement la communication liée aux questions de terrorisme mais aussi toute la lutte afférente. Bien sûr, il faut encourager la coopération entre pays africains dans le cadre G5 Sahel par exemple, mais la tutelle est aujourd’hui inacceptable d’où qu’elle vienne.

AFRICOM a été ainsi, une initiative coloniale qui s’ inscrit dans la dynamique de trouver sa place dans cette bataille pour le contrôle des matières premières dont le sous-sol africain est si riche. Le label sécuritaire est un joli prétexte pour légitimer une ingérence dans les affaires intérieures des Etats africains. D’où  la colère de la France qui, se sent ainsi devancée.

Car la lutte contre le terrorisme n’est pas une lutte comme les autres. C’est une guerre asymétrique qui demande une réadaptation des stratégies et techniques d’intervention de la part de tous les pays.

En conséquence, les services de défense et de sécurité du Sénégal sont fondés à espérer que les informations ainsi transmises ne  contribuent pas à les discréditer aux yeux de leurs concitoyens alors qu’ils sont parvenus, jusqu’ici, à contenir la menace terroriste. D’où leur colère.

Jean-Pierre Mendy

Jeanpierre07@gmail.com

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