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Colette Neuville: «Tout le système bancaire souffre de conflits d’intérêt»

INTERVIEW – La présidente de l’Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam) revient pour 20Minutes sur les conséquences de l’indemnisation d’un actionnaire de Natixis…



La Banque populaire des Alpes vient d’être condamnée à verser près de 6.000 euros de dommages et intérêts à un client pour lui avoir vendu des actions Natixis sans l’avoir informé des risques. L’établissement conteste ce jugement et annonce son intention d’aller en appel.

Malgré tout, cette décision du tribunal d’instance de Grenoble pourrait inciter des milliers d’autres clients à demander réparation. Colette Neuville, présidente de l’Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam) s’en félicite, mais estime qu’il y a encore beaucoup à faire pour mettre fin aux conflits d’intérêt dans le système bancaire.

Que pensez-vous de la décision judiciaire d’indemniser un client d’une banque populaire qui avait acheté des actions Natixis?

C’est très encourageant pour les centaines de milliers de petits porteurs, qui détiennent des titres Natixis et qui ont été trompés par un manque d’information sur le risque de ces placements. Cette affaire pourrait inciter d’autres clients des Caisses d’épargne et des agences des Banques populaires à demander aussi réparation. Ils ont tous été victimes des mêmes argumentaires. L’Adam pour sa part a centralisé des plaintes au pénal pour information trompeuse à laquelle tous les actionnaires peuvent se joindre, mais la procédure est longue. Un juge d’instruction a été désigné en septembre 2010.



La justice évoque aussi un possible conflit d’intérêt?



Oui et c’est très important que la justice ait reconnu l’existence d’un conflit d’intérêt entre le client d’une banque et son «conseiller de clientèle», en particulier comme c’était le cas ici, lorsque le «conseiller» vend des produits sur lesquels il est rémunéré à la commission ou quand il est soumis à des incitations, voire des pressions, pour placer près des clients des titres de la maison-mère.

La plupart des clients ignoraient très probablement les liens capitalistiques entre Natixis, les banques populaires et les caisses d’épargne. Vendre du Natixis quand on travaille dans une caisse d’Epargne ou dans une agence Banque Populaire, c’est abuser du capital de confiance attaché jusque là à ces établissements. Employer la dénomination de «conseiller» quand on est rémunéré à la commission constitue de fait une usurpation de qualité. La qualification qui convient est celle de vendeur, voire de démarcheur.

Le cas Natixis est-il isolé?

Plus généralement, c’est tout le système bancaire qui souffre de conflits d’intérêt. Il est évident que les particuliers et les entreprises qui déposent leur argent dans la banque de détail recherchent avant tout la sécurité, tout le contraire des placements à risques effectués par les départements «banques d’investissement» des banques universelles. Et si ces placements enregistrent des pertes, ce sont les clients qui paient les pots cassés, comme ce fut le cas avec les fonds monétaires «dynamiques», dopés aux subprimes. Il faut réformer le système bancaire, notamment en séparant les différents métiers pour éviter les conflits d’intérêts.



Propos recueillis par Mathieu Bruckmülle

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