23 octobre, 2014
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Confidence El Hadj Malick Ba comédien  » Les artistes meurent comme des mouches  »

Confidence El Hadj Malick Ba comédien  » Les artistes meurent comme des mouches  »

Artiste-comédien de talent, El Hadji Bâ a su se faire une identité dans la sphère théâtrale sénégalaise avec une présence charismatique pour ses différents rôles. L’acteur principal de la vidéo du titre  »Maam Booy », dans le rôle du président Wade, retrace son parcours avec EnQuête.
Qui est El Hadji Bâ ?

El Hadji Bâ est un artiste-comédien et acteur de cinéma qui réside à Guédiawaye. J’ai débuté ma carrière d’artiste par le ballet et la danse que j’ai pratiqués durant six longues années au Centre de sauvegarde de Guédiawaye. C’était à la fin des années soixante. Par la suite, j’ai abandonné la danse pour me consacrer à la maçonnerie que je pratiquais comme métier. C’est avec le théâtre que l’on organisait au niveau des quartiers que j’ai commencé à faire les planches avant de me rendre à Louga pour parfaire ma formation de comédien. Je suis rentré à Guédiawaye avec une expérience riche en technique artistique. Et j’avais l’habitude de dire à mes amis de Guédiawaye que j’irai plus loin dans le théâtre que les comédiens qui m’ont devancé. Connaissant bien mes qualités, ils étaient d’accord avec moi. Aujourd’hui, je me suis fait un nom dans le monde du théâtre avec cette conviction dont j’ai toujours été nourri.

Qui sont ces comédiens auxquels vous faites allusion ?

Il y a mon ami Moustapha Diop, Ibou Laye, Massamba Guèye. Ils étaient tous des références qui abattaient un travail colossal pour le théâtre sénégalais. Mon ambition était de marcher sur leurs pas. Je n’ai jamais regretté cela dans ma carrière d’artiste-comédien.

En quelle année avez-vous intégré la troupe Daaray Kocc?

Je suis rentré de Louga en 1998 et la même année, j’ai intégré la troupe Daaray Kocc par le biais de feu Ibrahima Gningue et Mor Diagne. Ils sont venus me trouver chez moi à Guédiawaye pour me dire que Cheikh Tidiane Diop avait besoin de moi. Lorsqu’ils lui ont parlé de moi, Cheikh Tidiane Diop me connaissait déjà depuis la France où il avait regardé la plupart de mes films. La première fois qu’on s’est vus, il a dit :  »Je connais très bien ce comédien. Il n’est pas un novice. Il nous apporte son expérience. » Par la suite, il m’a mis en rapport avec Pape Demba Ndiaye. Après ma première audition, tout le monde était d’accord. J’ai été bien accueilli dans la famille avec des comédiens comme Mandione Laye Sarr, Mamadou Diack, Guizlo Diallo, Marième Niang, etc. Ils m’ont toujours assisté et encouragé à croire en mon talent d’artiste-comédien. C’est leur motivation qui m’a permis d’être connu aujourd’hui au Sénégal et à l’étranger.

Est-ce que vous gardez en souvenir votre premier rôle avec Daaray Kocc ?



C’est le film Ndeketeyo que j’ai tourné en compagnie de Mansour Mbaye Madiaga. Il y a eu ensuite un film où Rapatia jouait le rôle d’un ivrogne, Deguene, Axx ak yeleef, Aay gaaf, etc. En tout, j’ai fait huit à neuf films avec Cheikh Tidiane Diop et Pape Demba Ndiaye. Il faut aussi prendre en compte les films que j’ai faits avec d’autres troupes en dehors de Daaray Kocc. J’ai une carrière auréolée de quatre vingt-dix-huit films en wolof, vingt-huit en pulaar, onze en français dont une série que j’ai tournée avec Lamine Ndiaye et Awa J. Kamil. J’ai tourné pour seize spots publicitaires.

On vous voit aussi dans les vidéos clips des artistes-musiciens…

C’est parce que je suis un artiste-comédien, humoriste et dramaturge. J’ai toujours cette aisance artistique pour imiter un personnage. La preuve est que j’ai bien joué le rôle du président Abdoulaye Wade dans la vidéo de la chanson  »Maam booy » de Didier Awadi.

Étiez-vous contre le président Wade en faisant cette vidéo ?

Pas pour autant. A l’occasion de la venue de Karim Wade à Guédiawaye, Bachir Diawara (alors chef de cabinet) m’avait demandé d’aller le voir au ministère des Infrastructures et des Transports. Quand je suis allé le voir, il m’a demandé de les soutenir en politique. Après, je me suis rendu compte qu’il n’était pas sincère avec moi. Parce qu’il était plus généreux avec d’autres comédiens qu’il gratifiait de toutes sortes de largesses. Et moi, je n’avais rien reçu de sa part. Et comme je me suis fatigué vainement pour le PDS (Parti démocratique sénégalais) sans rien recevoir en retour, j’ai décidé de les combattre. Je suis allé le voir pour lui dire que le règne du PDS était fini dans ce pays. C’est par la suite que Didier Awadi m’a contacté pour faire ce vidéo-clip. Rien qu’avec cette vidéo, El Hadji Bâ mérite une grande récompense de la part du président Macky Sall. Parce que je me suis battu contre le PDS pour le propulser au pouvoir.

Est-ce à dire que vous ne vivez pas bien de votre art ?

Je n’ai pas encore gagné avec le théâtre ce que je mérite. Je suis mondialement connu. En me voyant, les gens pensent que j’ai amassé une fortune dans le théâtre mais ce n’est pas le cas. Au contraire, je conjugue la misère au quotidien. Récemment, j’étais tombé malade et on m’a interné pendant vingt-cinq jours à l’hôpital. Je m’en suis sorti avec le soutien de Mme Youma Fall, l’ancienne directrice du Grand théâtre de Dakar. L’État ne nous soutient pas. Mais vous n’êtes pas sans savoir que personne n’est plus organisé que les artistes pour organiser des marches de protestation. Mais nous n’avons pas ce temps. Nous ne sommes pas comme les lutteurs. En toute modestie, nous savons prendre de la hauteur. On prendra tout ce l’on nous donnera. Il faut dire que si les artistes sont fatigués dans ce pays, c’est la faute au ministre de la Culture. Le Sénégal n’a pas encore trouvé le bon ministre de la Culture. Il faut faire quelque chose pour les artistes, ils meurent comme des mouches.

Comment voyez-vous l’avenir du théâtre au Sénégal ?

L’avenir du théâtre sénégalais augure de belles moissons. On constate que les gens s’intéressent de plus en plus à cet art et chaque année, il y a une nouvelle génération de comédiens qui sort de l’ombre. En ce qui concerne les gens de ma génération, nous avons déjà fait notre temps. On se bat pour les jeunes générations qui vont suivre. Mais un comédien n’a pas de retraite. Quel que soit votre âge, il y a un film qui a besoin de votre expérience. J’ai eu la chance d’avoir pris en main la formation de la plupart des comédiens de Guédiawaye dont Tan Bombé. En outre, mon ami Charles Foster et moi avions été sollicités par Abdoulaye Diouf Sarr, le directeur du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD), pour encadrer et former une troupe composés d’étudiants. C’est un travail en prélude à un téléfilm qui doit être tourné sur l’université, ses alentours et tout ce qui la concerne. C’est une série qui passera à la télévision pour renforcer l’éducation de nos enfants. Par ailleurs, je veux former une nouvelle troupe de théâtre. Il y a déjà une personne de bonne volonté qui est prête à m’aider.

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