25 octobre, 2014
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Confidence: Il ne fait pas bon être noir au Yémen

Confidence: Il ne fait pas bon être noir au Yémen

Le Yémen sert de refuge à de nombreux Somaliens et Ethiopiens en mal de bonheur dans leurs pays. Un bonheur qu’ils ne trouvent pas forcément à cause d’un obstacle : le racisme.

Un noir dans le bus. Ils lui tapent sur la tête et le poussent. Ils font des plaisanteries sur sa prononciation du nom du marché où il est en train de se rendre. Le noir ne réagit pas. Il reste tranquillement assis et attend que l’humiliation cesse. Il en a probablement connu d’autres auparavant.

Le Somalien qui est roué de coups à la gare routière parce qu’il aurait volé quelque chose ne riposte pas. Il pleure. Les passants regardent ailleurs. Quelques minutes plus tard, une femme est laissée sur le trottoir par le chauffeur de bus parce qu’il ne veut pas d’Africains dans son véhicule. Elle attend patiemment le prochain bus.

« C’est quelque chose de culturel »

Il suffit d’utiliser les transports en commun à Sanaa, la capitale du Yémen, pendant une journée ou deux pour se rendre compte qu’il ne fait pas bon être noir au Yémen. Il n’y a pas de chiffres officiels, mais le Yémen abrite des milliers d’immigrants africains (réfugiés et non-réfugiés). La plupart d’entre eux viennent de la Somalie, de l’Éthiopie et de l’Érythrée. Le racisme fait partie de leur vie quotidienne.

« C’est quelque chose de culturel dans cette région de traiter les non-citoyens qui sont pauvres comme ça. Les gens pensent qu’ils apportent la criminalité, bien que cela n’ait jamais été prouvé », explique Fouad Alalwi, chef de l’Organisation Sawa’a de lutte contre la discrimination. « Ils les considèrent comme un fardeau pour la société, et en ce qui concerne les Éthiopiens, il y a également une explication historique. »

Au début du christianisme, le Yémen a été envahi à plusieurs reprises par les Éthiopiens qui essayaient de christianiser la population yéménite. Finalement, les Yéménites chassèrent les Éthiopiens et furent parmi les premiers à devenir musulmans. Bon nombre d’Éthiopiens restèrent au Yémen et devinrent des esclaves.

Le Yémen a pourtant une attitude généreuse envers les réfugiés

Pourtant, d’une certaine manière, le Yémen est plus accueillant que d’autres pays de la région, beaucoup plus riches. Les églises sont acceptées tant qu’elles ne sont pas visibles publiquement et le Yémen a une attitude généreuse envers les réfugiés. Les réfugiés somaliens se voient automatiquement accorder le droit d’asile. Mais une fois dans le pays, ils trouvent les rues pas très accueillantes.

« Ce que vous voyez dans la rue ce sont les réactions des gens qui sont frustrés de ne pas avoir un emploi ou une maison digne de ce nom », explique Fouad Alalwi. Mais il tient à souligner : seule une petite minorité de Yéménites se comporte ainsi. « Les gens instruits ne feraient pas cela et c’est contre l’islam, qui nous enseigne que nous sommes tous égaux, noirs ou blancs », rajoute-t-il.

Le racisme n’est pas souvent au menu des discussions au Yémen. Les organisations comme Sawa’a s’occupent principalement de la discrimination des minorités par le gouvernement, mais elles ne mettent pas l’accent sur le racisme quotidien.

C’est bien connu : les immigrés voleraient les emplois des locaux

Ce n’est peut-être pas très surprenant dans un pays qui fait face à énormément de problèmes. Et ces problèmes peuvent provoquer encore plus de ressentiment envers les immigrés noirs. Le taux de chômage au Yémen est très élevé et les immigrés sont souvent accusés d’arracher aux Yéménites les rares emplois qui existent.

« Beaucoup de Yéménites disent que nos hommes arrachent leurs femmes », dit Tigist Addisi, une Ethiopienne qui vit au Yémen depuis 18 ans. Les Yéménites croient parfois que les Ethiopiens sont des vagabonds sexuels et, en plus, ont le Sida. Les Somaliens sont traités d’une manière différente parce que la plupart d’entre eux sont musulmans et parlent arabe, contrairement à la plupart des Ethiopiens, qui sont orthodoxes et ne parlent pas forcément arabe.

« En Éthiopie, nous ne traitons pas les Arabes très bien non plus »

« Ils disent que maintenant les femmes sortent, fument du narguilé et portent des pantalons à cause de nous », explique Tigist Addisi, en préparant du café éthiopien dans sa petite chambre au sous-sol d’un bâtiment de Sanaa. Les vendredis, elle s’habille en blanc pour aller à son église orthodoxe : « Je me dépêche dans les rues, quand les gens me demandent où je vais, je dis que je vais à l’école. »

« Presque tous les jours des gens disent que je suis un chien, ils me demandent ce que je fais ici et disent que nous avons changé leur pays », rajoute-t-elle.

Puis elle finit par admettre : « En Éthiopie, nous ne traitons pas les Arabes très bien non plus. »

Par Judith Spiegel, Sanaa Rédaction Afrique