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CONFLIT DES CARRIÈRES (Par Oumou Wone)

Idy inspire la peur, disons la terreur et suscite de l’autre côté des réponses et des verbiages hors-sujet. Et ça marche

Pendant que Macky Sall opère à chaud ce grand corps malade qu’est notre pays, sous l’aiguillon de l’urgence de l’arracher de la pauvreté dans laquelle il est embourbé, Idrissa Seck, lui, triture nos plaies vives à tout-va et sans gant. Le cruel !

Formules chocs et mots assassins, il arbore le sourire en coin de celui qui sait qu’il est en train d’allumer un pétard, conscient que ses mots ne vont pas manquer de semer le désordre dans nos cervelles encore convalescentes du spectacle lamentable de notre Assemblée nationale dissolue…

Alors, même si l’on ne prend pas pour argent comptant ses diagnostics, encore moins n’avons-nous guère envie de nous faire soigner par lui, nous n’en rechignons pas pour autant de nous délecter de ses sorties sanglantes et épisodiques.

Entre Idy et Macky, il faut descendre dans les profondeurs de l’histoire pour comprendre le présent et surtout envisager le futur. J’ai lu avec délectation le livre d’Alioune Fall, Macky Sall contre vents et marées et mieux compris désormais les arcanes de ce désamour profond qui ne permet aucun retour de courtoisie, encore moins d’affectation ou d’amitié entre ces deux là.

Si j’ai titré ce papier «Conflit des carrières», ce n’est nullement une métaphore. Il s’agit d’une histoire vraie. Authentique. Ce fut le premier choc des deux titans…

Fraichement nommé Premier ministre, Idy depuis l’hélico qui le menait à Thiès durant un week-end, survola la zone des carrières et décida de fermer immédiatement ces plaies béantes qui défiguraient le paysage (sic). Macky, à l’époque ministre en charge des Mines, se fit signifier oralement l’ordre de fermer ces carrières horribles, ici, maintenant et sans délai ! Il exigea cependant une demande écrite de son supérieur, ce qu’il obtint dans l’heure.

Pour arrondir les angles, il quitta Fatick ce même weekend pour aller déjeuner avec Idy à Thiès afin de le convaincre de la nécessité de bien cerner le dossier avant de prendre une décision épidermique. Ce dernier s’arcbouta mais se fit recaler au conseil des ministres suivant puisque les arguments du ministre étaient infaillibles.

Devant cette volonté du Premier ministre qui lui paraissait inouïe, Macky avait auparavant pris le soin de réunir ses cadres lors d’un séminaire dès le lundi pour bien lister les arguments qui militaient en faveur de ces carrières dont la fermeture allait générer du chômage sans parler des procédures judiciaires à l’encontre de l’État. Devant la logique de son exposé, le Président Wade ajourna la décision pour y voir plus clair. Revers donc pour Idy !

Sentant les crispations entre les deux poulains du Président, Pape Diop joua les bons offices et les invita à diner chez lui pour détendre l’atmosphère, en présence de Modou Diagne Fada et Pape Diouf. Peine perdue, le mal était déjà fait et le divorce consommé.

Beaucoup de remous au PDS aujourd’hui trouvent leur genèse dans ces 20 dernières années de guéguerre politique, de clans et de chausse-trappes… Et les récentes querelles au sujet du groupe parlementaire du PDS, Libéraux et Démocrates, et la rivalité entre Aida Mbodj et Diagne Fada ne sont que le prolongement de leurs divergences passées. Merci donc Alioune Fall de ces morceaux d’histoire qui nous éclairent si brillamment.

Enfin pour en revenir aux polémiques actuelles, bizarrement nous, Sénégalais, aimons les xassté (réprimandes) de Idy ! Dès qu’il prend la parole, exercice pour lequel il n’a aucune concurrence sérieuse à ce jour, tant il excelle dans la dialectique de nos traditions, orales ou religieuses, naviguant ainsi sans difficulté dans les arcanes de nos cerveaux, nous exultons. Oui, là, nous buvons du petit lait. Mais sans doute par défaut, puisque Macky ne nous offrira jamais ce genre de détente à l’œil. Kou amoul yaye, namp mame (quand on n’a pas ce que l’on veut, on se contente de ce que l’on a). C’est ça non ?

Malgré cela, nous n’avons pas encore décidé d’installer Idy dans notre palais puisqu’après chaque consultation électorale nous le raccompagnons gentiment chez lui. Nous entendons cependant le maintenir dans notre paysage politique, car il est celui qui nous ressemble le plus, celui qui nous égaie. Oui nous, Sénégalais, raffolons de ces ambiances de combats de coqs comme nous aimons nos séries télévisées, ça détend et ça ne mange pas de pain.

Creusons un peu cependant tant que la plaie est béante pour comprendre ce qu’Idrissa Seck a voulu dire. Il accuse Macky Sall d’avoir transformé les journalistes du pays en «dames de compagnie». Rien de détonnant. Là, je dis qu’il est bien dans son rôle d’opposant, même si nos rares penseurs et intellectuelles actifs méritent plus d’égards.

Allez, je ne m’attarderai pas là-dessus, chacun fait comme il veut et comme il peut. Nous sommes dans un pays démocratique, chacun a le droit de défendre ses idées. Pour Macky, c’est de bonne guerre cependant… Il fait avec ce qu’il a et avec ceux qui l’ont soutenu hier et soutiennent sa politique aujourd’hui. Lui suggérerait-il de se tirer une balle dans le pied, le ferait-il lui-même ?

Il a eu ses «dames de compagnie» aussi notre Idy national, que je sache. Sans intérêt cette critique donc, continuons ! «J’ai dit aux Sénégalais d’ici et de la diaspora qu’il (Macky Sall) n’était pas capable», ajoute-t-il. «Capable», c’est quoi ? Qui est «capable» ? Idy, me semble-t-il, a été le Premier ministre de notre pays avant Macky. J’ai beau gratter et fouiner, je ne trouve rien de ses œuvres à la Primature qui ait laissé des traces indélébiles.

Creusons plus loin encore, et là, nous pourrions en rire si le sujet n’était pas dramatique : sur la gestion de la menace terroriste, l’ancien Premier ministre accuse le Président Sall de surexposer notre pays à ce péril. Il dit : «L’excès dans les mesures prises surexpose inutilement notre pays aux dangers du terrorisme.»

Des mots, rien que des mots. Que savent nos services de renseignements et que nous n’avons pas à savoir ? Qu’aurait-il dit si rien n’avait été fait ? Non, sur ce sujet, moi, je dis : «courage politique !»

Burqa aussi, je dis non ! Et que tous ceux qui la veulent commencent par les membres de leur famille d’abord et après, on discute.

Alors pourquoi tant de hargne ? Non, Macky Sall n’est pas intouchable et sûrement pas irréprochable, mais qui a peur qu’il réussisse dans sa vision et son ambition pour le pays ? Tous ceux qui ne veulent pas que ça marche, que ça change et que ça bouge, ils sont nombreux dans ce cas à ne vouloir que sa place, et ça ce n’est pas drôle. Tous pareils ces politiciens ! Ils veulent le poste et dès qu’ils l’obtiennent, ils perdent la boule et c’est ripaille et bamboula à mort pour eux et les leurs, et nous, les ongles rongés par les angoisses du quotidien et la peur du lendemain.

Dernier exemple d’intox et de désinformation dans la bouche d’Idy : la critique de la diplomatie de notre pays. S’il y a un domaine où Macky nous rend fiers nous Sénégalais, du moins nous de la diaspora, c’est bien de voir notre petit pays dans toutes les télévisions du monde et même sur nos chaînes locales. Le Sénégal fait l’objet d’une couverture médiatique sans précédent et notre pays est à l’honneur et représenté dans toutes les manifestations planétaires.

Paroles, paroles là aussi, et c’est bien là que le bât blesse. À force d’hurler avec les loups, tout devient inaudible, et en premier lieu l’action politique de nos gouvernants. On ne peut pas me reprocher d’avoir toujours été tendre avec notre Président, je le cogne souvent, lui reprochant beaucoup de choses dont la lenteur du changement, mais sur ce coup là et avec ces coups bas, je ne peux que lui conseiller de se marrer un bon coup, du coup. Aller jusqu’à lui reprocher d’engueuler ses cadres sous prétexte qu’il serait «dépassé» et aurait perdu ses nerfs, mais quel capitaine n’a jamais invectivé ses coéquipiers pour les galvaniser ?

Conclusion : Idy inspire la peur, disons la terreur et suscite des réponses et des verbiages hors-sujet de la part des gens de l’autre côté. Et ça marche. En lieu et place de parler de ce que le gouvernement accomplit, de montrer et de démontrer son bilan progressif, l’APR, comme une vieille folle aux fagots sur la tête, se perd en chimères et se fait attirer dans des débats subalternes qu’elle subit en lieu et place de les initier.

Coup gagnant à chaque fois pour Idy, donc ! Pourquoi arrêter une affaire qui marche ? C’est de bonne guerre et d’ailleurs a-t-il le choix Idy ? Son excellent trio de lieutenants médiatiques, aux tirs précis et meurtriers, il lui faut bien lui montrer qu’il a un chef.

Oui, il le sait, il a les mains libres, il n’est pas aux commandes de la pétaudière Sénégal et doit garder la parole s’il veut survivre… Il fera feu de tout bois dans ce contexte de guerre de tranchées où il s’agit de manière souterraine de se partager la dépouille du PDS, ce grand radeau en perdition qu’il est interdit de secourir si l’on ne veut pas prendre une balle entre les deux yeux. Cette divagation du PDS aiguise les appétits puisque son héritier est empêché et son fondateur, même épuisé, ne le léguera pas pour des clopinettes ; il attend de le monnayer chèrement lors des marchandages de dernière minute.

Donner le PDS à Idy aujourd’hui, c’est condamner Karim à perpète puisque même avec le PDS dans la besace, le vieux n’est pas sûr qu’Idy soit capable de déboulonner Macky. D’ici là, il peut toujours s’apprêter et danser la sarabande du «tu veux ou tu ne veux pas» autour du patriarche avec ses atours clinquants pour s’emparer du morceau, mais l’ancien ne franchira pas la ligne rouge et est plus préoccupé de garder son morceau entier en attendant le jour J.

J’ai retenu deux théories chez Wade. À savoir que celui qui a le pouvoir, l’armée et les moyens financiers peut tout se permettre. Il a aussi dit que celui qui porte le collier ne peut se battre avec celui qui a le cou nu. Ceci doit être médité et gardé en mémoire surtout par Idy qui n’a pas la mémoire courte, je présume, et se souvient certainement que le vieux lui a clairement signifié qu’il l’avait créé et le détruirait ; ce qui fut fait depuis 2007. Et retenons que malgré ce qui les divise, Macky, avec un peu d’efforts, pourrait être le candidat de Wade par défaut. Realpolitik, cela s’appelle !

Que c’est épuisant tout ça ! Suis en sueur. Dire que l’on est à moins d’un an et demi des Législatives et moi j’ai déjà les oreilles qui bourdonnent. Pas vous ? Tous nos coqs politiciens sont sortis de la basse-cour. Oui, le chamboulement politique est en route et ces messieurs ne nous ménageront pas. Macky, loin d’être un saint, ses allures douces et distinguées ne tromperont que les naïfs puisque lui-même, sorti des mêmes flancs qu’Idy, a survécu à toutes les guerres et même réussi à arracher le vieux durillon comme une dent gâtée.

Ma main à couper, tous les matins en se rasant, il passe en revue son attirail, se demandant bien laquelle de ses armes sera plus expéditive et plus efficace pour chaque cas. Tout intellectuel qui se respecte, devra lui reconnaitre ce talent de tacticien inné aux gants de velours. Voici un animal à sang froid et croyez-le, cette sortie d’Idy à Touba verra sa réponse dans plusieurs semaines… Oui, sa vengeance s’opère en général entre huit et douze semaines et il tapera où cela fera le plus mal. Il a déjà introduit le ver dans le fruit de ce zombie de Rewmi qui est déjà disloqué et bouffé de l’intérieur, ce qui est récupérable sera ingurgité, le reste bon pour la casse.

Une question me turlupine cependant chez Macky ! Ne consacre-t-il pas trop de temps à la géopolitique maintenant ? Il me semble qu’il a fait le plein de ce coté et que ses programmes de développement mériteraient davantage sa présence physique et assidue. Oui, restez chez nous Monsieur le Président, pour nous rassurer et nous dorloter. Nous vous rêvons penché sur nos problèmes à nous susurrer aux oreilles des choses qui nous rassurent et nous requinquent.

Certes l’extrême pauvreté est considérée, les bourses de sécurité familiale avancent, la couverture maladie universelle, rien à dire, le PUDC, c’est une réussite- médaille d’or à son directeur si efficace. Mais le PSE, alors là c’est la cadence en panne. C’est lent, trop lent, trop long et pire qu’un jour sans pain !

Pourquoi diantre le PSE, avec ses moyens pharaoniques se retrouve-t-il ainsi pied-bot ? L’incapacité de vos directeurs chargés de ce programme ? Virez-les ! Des procédures d’appels d’offres inadaptées ? Changez-les ! Des promoteurs pas solvables ? Dépossédez-les ! Nous ne voulons pas savoir à ce stade, nous voulons voir ! Et même si pour l’instant ces actions de fond qui sont menées ne sont pas encore visibles, faites nous des dessins.

Une classe moyenne doit émerger au Sénégal, oui, nous sommes impatients ! Et ainsi, nous pourrions peut-être retrouver le sourire et l’espoir, car après tout, nous respirons mieux que les Chinois, nous sommes mieux lotis que les pauvres Syriens, plus libres que les Zimbabwéens, moins menacés que les Russes, les Français ou les Américains et notre sort sera peut-être bientôt envié par l’humanité.

Nous, les femmes, nous vous attendons pour plus de justice sociale et de parité. Pourquoi sommes-nous sous l’éteignoir ? Délit de sexe ? Les jeunes vous attendent pour pouvoir créer leurs entreprises comme ils le veulent, dans un environnement propice à l’éclosion de la créativité et de l’entreprenariat. Vous devrez donc démultiplier ces programmes sur mesure pour la jeunesse pour générer des milliers d’emplois. Des emplois et de la sécurité tout de suite et maintenant. Oui c’est cette cadence qui est à la mode. Vite fait et bien fait !

Croyez-moi ou pas, ce que Idy vous a dit en tant qu’opposant, n’est qu’un wake up call. Votre meilleur ami pourrait vous le dire. Secouez-nous ce cocotier et plantez votre tente à Diamniadio et surtout avec votre PM pour donner aux Sénégalais des raisons de retrouver le sourire. Vous êtes l’homme élu, c’est vous qui exercez le pouvoir et conduisez notre train. Ouvrez-nous juste les bonnes portes et nous nous y engouffrerons. D’ici là nous vous casserons les pieds, avec ou sans l’aide d’Idy avec ses diagnostics.

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