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CONSTRUCTION DE L’AGENCE BCEAO-BISSAU

L’agence nationale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) a été inaugurée le mercredi deux mai 2007 à Bissau. Un immeuble imposant qui épouse toutes les normes d’infrastructures modernes. Un chef d’œuvre d’un coût estimé à 15 milliards de F Cfa réalisé à 90% par des entreprises sénégalaises

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La ville de Bissau a entamé un changement positif de sa physionomie. Des infrastructures modernes y poussent à l’exemple de l’agence nationale que la Bceao y a construit. Une infrastructure de taille implantée dans le quartier Bras, situé sur la route de l’aéroport et à quelque encablure du célèbre camp militaire qui porte le nom du même quartier. L’attention du passant est vite attirée par un grand mur aux allures d’une forteresse. A l’intérieur de cette grande clôture, on trouve un ensemble de bâtiments jalousement surveillés à cause de leur beauté mais également pour ce qu’elles symbolisent. L’œuvre est presque à 100% réalisée par des entreprises sénégalaises. De l’architecture à la construction en passant par la plomberie et l’adduction d’eau, le contrôle, l’électricité, le système de sécurité, la climatisation…Une infrastructure dotée des technologies adaptées et qui n’a rien à envier aux agences Bceao des autres pays de la sous-région. La fiche technique exposée par le directeur du projet, Lamine Diack, par ailleurs, directeur technique de Sa, l’entreprise général, a révélé que les travaux sont achevés depuis janvier 2007 et le projet réalisé sur une période de 24 mois. Son coût est évalué à environs 15 milliards de FCfa dont les 400 milliards de FCfa reviennent à la résidence de service du directeur national de la Bceao de Guinée Bissau.

Objectif atteint malgré l’instabilité à Bissau

Dans la mise en œuvre, l’entreprise générale du projet a sous-traité avec des entreprises sénégalaises comme celle qui s’est occupé de l’électricité, l’établissement Djibril pour la plomberie-sanitaire, S3E pour le courant faible, la climatisation, les groupes électrogènes, la sécurité pour la surveillance. Un projet qui, selon son directeur, a finalement abouti malgré la situation d’instabilité qui a régné en Guinée-Bissau. La mise en ouvre du projet s’est tenue dans une période électorale tendue. En plus de cela, trouver une main d’œuvre qualifiée a été problématique pour les entreprises. Lamine Diack en a déduit que : « La Guinée-Bissau n’a pas les même chances que le Sénégal qui dispose d’une main d’œuvre qualifiée. » A l’en croire, les entreprises engagées étaient donc obligées de faire venir les gens en masse de Dakar pour diriger les travaux. Tous les chefs d’équipe, ouvriers qualifiés et encadrement technique venaient du Sénégal. C’est le reste de la main d’œuvre notamment les manœuvres et autres ouvriers qui ont été trouvés sur place. Plus de cinq cent personnes ont ainsi été utilisées parce que dans les dix premiers mois, a précisé Lamine Diack, le chantier à tourné 24 heures sur 24. D’après lui, les manœuvres étaient constitués à 90% de guinéens qui faisaient également 30% des maçons. Au niveau de l’architecture, une joint-venture a été notée entre la cabinet Atépa Construction et un cabinet guinéen.

L’absence de matériaux en Guinée-Bissau

Les propos recueillis des techniciens ayant contribué à la mise en œuvre de ce projet permettent de déduire que réaliser un projet d’une telle envergure en Guinée-Bissau a été très difficile compte tenu de l’instabilité qui frappe ce pays. Selon Mar Thiam, directeur général de, ce projet a été réalisé en période de campagne électorale pendant laquelle les gens travaillent sous pression et le port de Bissau était classé parmi les zones à risque. Ce qui a rendu difficile l’acheminement des matériaux de construction. A cela s’ajoute le problème de disponibilité des ces mêmes matériaux au niveau local. Pour ce qui est du gravier, Lamine Diack a avancé que « la seule carrière qui existe en Guinée-Bissau et qui est capable de fournir des matériaux aptes à être utilisés dans ces genres de projet se trouvent à deux cent kilomètres de la capitale ». Ce qui a fait que tout le reste notamment le fer, le ciment et autres, est importé soit de Dakar, d’Abidjan ou d’Europe. Une situation qui a beaucoup impacté le bon déroulement du projet qui a suffisamment souffert de l’état défectueux des routes et des tracasseries douanières.

« S’exporter et non s’expatrier »

Ce projet confirme la cote qu’ont les entreprises sénégalaises dans la sous-région. L’architecte Pierre Goudiaby Atépa pense que pour ce qui est de son domaine, « l’expertise est finie depuis 30 ans quand on fait la première banque centrale. » A l’en croire, « beaucoup de gens pensaient que c’était pas possible pour une entreprise africaine, il y en a même qui riaient sous cap. » Ce qui a permis à Mar Thiam, directeur général de Sa de rebondir en avançant que : « un projet d’une telle envergure serait difficilement réalisable au Sénégal parce que les banques auraient tourné le dos. » C’est ainsi qu’il a profité de l’opportunité pour féliciter la Cbeao qui a accepté d’accompagner ce projet. Toujours selon Mar Thiam, « beaucoup d’entreprises sénégalaises seraient en mesure de réaliser ce projet mais elles seraient retenues par une absence d’accompagnement des banques ». Malgré cette situation hostile à laquelle est confrontée l’expertise nationale, Lamine, le directeur du projet de construction de l’agence national de Bissau, estime que cet état de fait ne devrait pas amener les entreprises sénégalaises à s’expatrier mais plutôt à s’exporter. Pierre Atepa pense ainsi que « le moment est venu de dire aux autorités africaines qu’ils fassent confiance à l’expertise africaine ». Au préalable, il a préconisé que les entreprises nationales s’organisent d’avantage pour aller vendre leur expertise au niveau de la sous-région « avec une politique d’exportation solide ».

Les banques font toujours le mort

Une démarche qui devra être précédée par des actions aidant à poser les jalons d’une confiance. Aussi, le postulat du directeur général de SA est que : quand il s’agit de réaliser un ouvrage de 15 milliards de FCfa, il faut que les risques soient partagées. M. Thiam s’est dit souvent « choqué » d’entendre les autorités sénégalaises parler d’ « entreprises de classe internationale ». Pour lui, il en existe au Sénégal. Tout ce dont les entreprises locales ont besoin, a t-il ajouté, c’est d’être accompagné. A son avis, « une entreprise qui fait un chiffre d’affaires tournant autour de 10 milliards de FCfa a les moyens d’aller à cinquante, à moins que les accompagnements ne soient disponibles à moyen terme ». Et une fois que l’entreprise parvient à avoir l’expertise requise, le matériel adéquat, le personnel qualifié pour faire ce travail, « les banques doivent chercher à étudier les moyens dont disposent l’entreprise et voir comment l’accompagner à réaliser un tel projet ». M. Thiam d’ajouter qu’il est grand temps que l’État réfléchisse sur des mécanismes de garanties qui permettraient aux banques de prendre un certain nombre de risques sans autant de pression. Sur la même lancée, l’architecte conseiller du président de la République, a tenu à rappeler que le Sénégal dispose de techniciens, ingénieurs, informaticiens et autres très compétents pour faire tout type de travail.

Pour lui, bien que le monde soit devenu un village planétaire, il faut faire d’abord confiance à l’expertise locale africaine. À l’en croire, « l’entreprise qui a réalisé l’agence Bceao de Bissau a été à l’origine de l’aéroport de Banjul ». Ce qui, à son avis, « montre que l’expertise sénégalaise en matière de construction dépasse bien nos frontières ».


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