Sidiki Kaba Ministre de la justice
Sidiki Kaba Ministre de la justice

CREI : NI VAINQUEUR, NI VAINCU

Karim Wade ne va pas purger toute la peine requise contre lui par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei). Il ne pouvait en être autrement car jamais procès n’a été aussi controversé. Pour certains, « c’est un prédateur qui doit payer ». Mais pour une écrasante majorité, il n’est qu’objet de règlement de compte politique, extirpé d’un lot de rapaces,  eux impunis parce qu’ayant intégré le régime. De pressions en compressions, de combines en combinaisons, cette traque de biens supposés mal acquis ne se termine finalement pas en apothéose. Karim Wade retrouve sa liberté et Macky n’atteint pas son objectif pionnier. Le dénouement ne désigne ni un vainqueur, ni un vaincu.

Wade n’a pas perdu le pouvoir pour défaut de résultats. Au contraire. Jamais un chef d’État élu n’a à son œuvre et en un temps record un bilan de bâtisseur si élogieux.  Seulement, les délices du pouvoir ont fini par le mener sur l’orbite irrationnelle d’un sceptre royal dépassé et déphasé. La Nation s’alarmait conséquemment de sa gouvernance si politico-familiale et de la « dévolution monarchique » qui menaçait la démocratie et la République.

Dans l’esprit public, la famille présidentielle et particulièrement le fils Karim Meissa Wade étaient intouchables. Il est « le fils biologique », dit Idy, première victime de sa gloutonnerie soutenue par son père avec qui il a ainsi gouverné l’État dont il tient les principaux leviers et les sources financières. Mieux ou pire, Karim fut placé par le père au-dessus de tout et de tous. Même le neveu avait l’Assemblée nationale dont il fut le redoutable Président du Groupe majoritaire libéral. Et viennent les Sakho.

Ainsi, la gouvernance Wade agaçait. Elle irritait par une gestion prédatrice et monarchiste de l’État. Elle exaspérait surtout par une permanente manipulation des textes et de la Loi fondamentale. Cette exaspération a provoqué cette historique dynamique de rejet du 23 juin 2011 qui assena les premiers coups de dégringolade de l’édifice libéral.

Idrissa Seck a posé le premier acte de refus et a subi une infernale manipulation politique de la justice et de l’appareil d’État. Il n’a pas fléchi et n’a guère rompu. Souleymane Ndéné Ndiaye jurait de ne « jamais se mettre derrière ce gosse » Karim. Les observateurs eurent peur pour lui. Mais sa folle témérité lui ouvrit plutôt les portes de la Primature pour le caser dans le camp de ceux qui mèneront la guerre fratricide à son ami Macky Sall, une guerre qui a porté des fruits historiques en faisant de lui le 4ème président de la République que personne n’attendait.

Haro sur l’argent !

La reddition des comptes a toujours été au cœur des préoccupations nationales. L’image d’un régime ayant des rapports délicats avec l’argent n’a jamais été du goût des Sénégalais qui ont ovationné la mise en scelle de la CREI. Wade et son régime en faisaient trop et agaçaient. Il fallait rendre compte.

Que n’a-t-on d’ailleurs dit sur une immense fortune indéchiffrable et incommensurable que posséderait Karim Wade ? Amath Dansokho, incendiaire par nature,  a même évoqué des milliers de milliards. Chaque jour, des paradis fiscaux, des banques insulaires, des noms complices et autres bien immobiliers sont allégués.

Une liste est présentée à la Nation. Mais seul Karim Wade finit à la barre face à des magistrats qui semblent éprouver une sorte de délectation à le voir aux arrêts. Seulement, les images de Bourgi mourant sur son civière, de Karim Wade menotté, les moyens financiers colossaux mis à la disposition de la CREI, les agressions physiques dont le principal accusé serait victime, la spirale de tergiversions dans le labyrinthe des textes, et l’impunité dont jouissent d’autres anciens Ministres d’État de Wade ont fini par faire perdre au procès tout le halo qu’il charriait en lui et par décevoir les Sénégalais.

Sur le sol sénégalais comme en dehors du pays, Macky Sall commet une série de gaffes sur la traque des biens supposés mal acquis. Les citoyens comprennent en conséquence la mission essentiellement politique de la CREI. Le désenchantement est général. Des preuves convaincantes manquent de sorte que guides religieux, autorités morales, organismes internationaux et personnalités de l’Internationale Libérale intercèdent et demandent son élargissement.

Les Sénégalais ont voulu que cette immense fortune attribuée à Karim Wade soit déposée sur la table de la République et restituée au Trésor public. Mais la tournure de cette traque de biens supposés mal acquis donne plus de raison à ceux qui en trouvent une grosse comédie qu’à ceux qui cherchent encore laborieusement à en donner une explication.

Ex aequo : personne ne gagne, personne ne perd

La CREI ne renvoie qu’à un nom, Karim Wade. Pourtant, dès novembre 2012, le Procureur annonçait les noms de Karim Meissa Wade, Awa Ndiaye, Oumar Sarr, Pape Diop, Abdoulaye Baldé, Doudou Diagne, ancien Directeur de l’Urbanisme, Samuel Sarr, Bailla Wane, etc. Mais tout semble renvoyer aux calendes grecques.

La traque des biens supposés mal acquis a ainsi connu trop de tergiversations, de zigzags et de circonvolutions qui ont lourdement pesé sur l’image  que les Sénégalais ont de la CREI. Cette image est négative  car la partialité et l’impunité leur sont inacceptables et indigestes.

Aujourd’hui, la libération de Karim Wade est largement bien accueillie non parce qu’il n’est coupable de rien, mais parce que les citoyens considèrent qu’il est injuste qu’il soit le seul à subir la CREI surtout quand les regards se tournent vers…. Awa Ndiaye et Ousmane Ngom.

La CREI n’a donc pas vaincu. Elle n’a pas suivi sa logique initiale et n’est pas suivie dans son verdict. Karim Wade ne purgera pas sa peine. Macky Sall est obligé de céder à des pressions et des intercessions sur le plan national comme international pour sa libération sous quelle que forme que ce soit. Amnistie ? Liberté conditionnelle ? Grace ? Qu’il soit libre : c’est la nouvelle demande sociale et l’exigence de la communauté internationale. Abdoulaye Wade n’a pas croisé les bras.

L’une des plus grandes erreurs de la CREI fut la communication excessive  et jubilatoire mettant en scène des magistrats qui sans s’en rendre compte semblaient violer le droit des prévenus à la confidentialité en affaiblissement le principe de la présomption d’innocence.

Et voilà que le principal prévenu condamné à une peine lourde retrouve sa liberté, une finalité de dénouement et dans une perspective de retrouvailles libérales. Il n’a rien gagné et n’a rien perdu. Macky non plus ne fourvoie rien et n’empoche rien. Ce n’était que de la politique politicienne !

Pape Ndiaye

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3 comments

  1. Vous pourrez écrire ce que vous voulez mais il y a bien un vainqueur: la non reddition des comptes et le copinage. Il y a un vaincu: le peuple sénégalais et la justice. et on retiendra que Macky est entré dans les caniveaux de l’Histoire.

  2. le gouvernement senegalais a consenti beaucoup d efforts pour assainir l environnement politique senegalais. des mesures idoines ont été prise afin de lutter contre la corruption et les détournement de deniers publics. a travers les reformes constitutionnelles du 20 mars derniers , notre démocratie s est vu fortement consolider et l état de droit renforcer. nous sommes dans ce contexte international où les pessimistes et autres personnes antidémocratiques n ont point de place. les performances de L Etat sénégalais en matière démocratique sont encourageante et nous promettent un avenir meilleur.

    • Oui Mr, Vos performances en matiere democratique consisten a mettre en prison ceux qui sont contre vous meme si vous n’avez pas assez de preuves de leur culpabilite, mais de laisser tranqille ceux qui sont avec vous meme si vous savez et avez des preuves qu’ils ont detourne des deniers publiques. C’est cela votre democratie que vous pensez aidera a developper ce pays. Vous emprisonnez Karim Wade sans preuve jusqu’a present et vous ne prenez meme pas la peine d’entendre ceux qui se sentant menaces sont venus rejoindre votre camp. C’est cela que les Senegalais n’aiment et ce sera la racine de votre chute en 2019.