Confidences

Cri du cœur de Baba Counta Diouf, chef d’entreprise : «Je crains de subir le même sort que Bara Sow»

  • Date: 30 novembre 2016

L’Observateur- Le feu couve à Djanatoul Mahwa à Touba. Dans ce quartier qui abrite une majorité de «thiantacones», Baba Counta Diouf a construit, à coups de millions Cfa, sa première maison. Avec le temps, il a jugé utile d’ériger à l’intérieur de la concession une mosquée où il pourrait accomplir avec les musulmans l’un des piliers fondamentaux de l’Islam, la prière. L’enfant de Lambaye accuse Cheikh Béthio de vouloir démolir le lieu de culte qui, selon lui, a été inauguré par un émissaire de Serigne Mountakha Bassirou. Dans cet entretien, il dit craindre pour sa vie.

Pouvez-vous revenir sur votre différend avec Cheikh Béthio Thioune ?

Dans la nuit du 23 au 24 novembre, des individus ont violemment tapé à la porte de ma maison. Quand je me suis levé, j’ai ouvert ma fenêtre et j’ai reconnu deux proches de Cheikh Béthio. Il s’agit de Babacar Mbaye, qui fait office de chef de quartier à Djanatoul Mahwa et un de ses bras droits. Ils m’ont intimé l’ordre de venir répondre à Cheikh Béthio. Je leur ai demandé s’il était à son domicile. Ils ont répondu qu’il (Cheikh Béthio) était venu avec eux. J’ai voulu alors m’habiller et faire mes ablutions. J’avais prévu de lui réserver un accueil digne de son rang. Car c’est un honneur de recevoir la visite du Cheikh. Mais ses collaborateurs ont insisté. Ils tapaient encore à la porte et me demandaient de faire plus vite, parce que je ne devais pas faire attendre leur guide. Je me suis alors précipité et j’ai réveillé mon épouse, un de mes employés et mon enfant. Je suis sorti et me suis dirigé vers lui pour le saluer. Mais dès qu’il m’a vu, il a haussé le ton. Il m’a dit : «C’est toi qui a fait ça ? Il faut le démolir immédiatement» (il imite la voix du Cheikh : Ndlr). Comme je ne voulais pas d’histoires, je lui ai dit : demain, on le fera. Il m’a alors dit de le faire sur le champ. Ce qui était impossible parce que ni lui ni moi n’avions les outils pour le faire. Il est descendu de sa voiture et est venu m’attaquer. J’ai alors levé mes bras et j’ai reculé. A ce moment, j’ai essayé de rentrer dans la maison. Mais ses talibés m’ont stoppé net. Ils ont bloqué la porte. Je leur ai demandé de me permettre d’entrer chercher un marteau à l’intérieur pour m’exécuter. C’est alors qu’ils m’ont cédé le passage. Une fois à l’intérieur, j’ai tout verrouillé. Par la suite, j’ai appelé la Police. Mais ils ont quitté les lieux avant l’arrivée des forces de l’ordre. C’était vers 2 heures du matin. Au réveil, je me suis rendu au Commissariat pour déposer ma plainte. On m’a entendu entre 9H et 15H. Lui aussi a été entendu dans l’après-midi.

Pourquoi Cheikh Béthio vous a-t-il demandé de démolir votre maison ?

Il n’a rien à me reprocher de sérieux. Pourquoi ont-ils attendu tout ce temps avant de venir m’interpeller ? On ne construit pas une mosquée en un jour. Il y a des non-dits dans cette affaire. Son représentant dans le quartier était même à l’inauguration, dirigée par un émissaire de mon guide, Serigne Mountakha Bassirou. Avant de construire la mosquée, j’ai eu la bénédiction de ce dernier. Plus tard, j’ai entendu Cheikh Béthio dire dans les médias, que j’avais construit sur la voie publique. Le Commissaire est venu sur les lieux. Après vérification, il a dit que la mosquée est à l’intérieur de ma maison, mais c’est le minbar qui empiète de 60 cm. Est-ce que cela vaut la peine de faire tout ce tollé ?

Est-ce que vous vous êtes rapproché des autorités religieuses pour leur expliquer la situation ?

Les autorités sont en train de mener une médiation. Je suis allé voir Serigne Cheikh Saliou. Il m’a dit qu’il ne pouvait rien avoir contre une mosquée qui a été bénie par Serigne Mountakha Bassirou. Quand j’ai expliqué la situation à Serigne Mountakha, mon guide, il m’a demandé de rester serein. Les responsables sont en train de gérer la situation. J’ai aussi informé Serigne Bass Abdou Khadre. Actuellement, des gens sont en train de me demander de retirer ma plainte, mais je ne l’ai pas encore fait. D’ailleurs, il a été entendu. Par la suite, j’ai entendu qu’il a déposé, à son tour, une plainte dans laquelle il me reproche de lui avoir manqué de respect. Sur les raisons de sa visite nocturne, il dit qu’il était venu rendre visite à son talibé. Pour la mosquée, il dit que j’ai empiété sur la voie publique. Maintenant, je lance un appel au président de la République et au ministre de l’Intérieur. J’ai affaire à des gens dangereux et je crains pour ma vie. Je crains de subir le même sort que Bara Sow (Cheikh Béthio est le principal accusé du meurtre de Bara Sow et de son ami, tués et enterrés à Médinatoul Salam). J’ai d’autant plus peur que dans ce quartier, il y a beaucoup de ses disciples.

Comment avez-vous acquis le terrain et quels sont vos rapports avec Cheikh Béthio?

Il faut remonter au 11 janvier 1990. Ce jour-là, Serigne Abdou Khadre, père de l’actuel porte-parole du khalife général des mourides (Serigne Bass), est venu à Diourbel rendre visite à Serigne Saliou, qui était mon guide. Je faisais partie de ceux qui ont servi le repas lors de cette visite. Le même jour, je me suis rendu à Dakar car je devais partir en Europe. Là-bas, je me suis marié à une Danoise. A mon retour en 1996, j’avais deux millions de FCfa. Des membres de ma famille m’ont conseillé de trouver une maison à Fadia à Dakar, mais je voulais construire ma première demeure à Touba. Quand je l’ai dit à Serigne Saliou, il m’a mis en rapport avec un de ses proches. Ce dernier m’a emmené voir Cheikh Béthio pour matérialiser la volonté de Serigne Saliou. Car c’est lui qui était chargé du morcellement des terres de Djantoul Mahwa. A partir de ce moment, j’en ai fait mon «dieuwrigne». On partait ensemble pour faire le ziar au khalife. Mais mon marabout, je le précise, c’était Serigne Saliou. Auparavant, j’ai connu Cheikh Béthio en assistant à ses cérémonies. J’avais l’habitude de transporter ses talibés, depuis 1984. A l’époque, j’étais taximan. En 1987, il m’a engagé dans une caravane pour divulguer l’information selon laquelle il était devenu Cheikh. Je me rendais à ses cérémonies dans le cadre de mon travail. Donc notre relation date de très longtemps. Mais je tiens à préciser qu’il n’a jamais été mon guide. Moi je suis né et j’ai grandi dans le mouridisme.

Mais vous reconnaissez tout de même que vous avez eu de bons rapports dans le passé. Qu’est-ce qui est à l’origine de la dégradation de vos relations ?

Quand le temps me le permettait, j’allais lui rendre visite pour faire mon ziar. Mais quand les jeunes qui l’entourent ont commencé à faire du zèle, je me suis abstenu car je ne suis pas n’importe qui. Je suis un responsable et j’ai une famille. Son geste m’a beaucoup surpris. J’ai vraiment honte. S’il m’avait appelé, j’allais lui répondre. Ce serait même un honneur, comme je l’ai dit tantôt. Mais au nom de quoi peut-il venir chez moi à 2 heures du matin pour m’attaquer ? Si ce n’était pas mon sixième sens, qui m’a poussé à les planter en me retranchant à l’intérieur de la maison, les talibés auraient pu me blesser, ou même me tuer. Alors que ça n’en valait pas la peine. Comme je l’ai dit, j’étais même prêt à démolir la mosquée pour éviter des querelles. Je lui avais juste demandé d’attendre le lendemain. Ce qu’il n’a pas voulu entendre. C’est tout ce qui me dérange. Mais après tout ce qui s’est passé, je me réfère maintenant à la volonté des autorités religieuses et administratives de la ville.

MOR AMAR (STAGIAIRE)

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