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Dakar asphyxiée (Par Alymana Bathily)

La capitale du Sénégal est 3 fois au-dessus de la moyenne de pollution dans le monde – Un tel niveau de pollution engendre des maladies du système respiratoire, allergies diverses, cancers, maladies de la peau

L’organisme spécialisé a même émis des recommandations à l’endroit des populations : . « respecter scrupuleusement tout traitement médical en cours, ou l’adapter sur avis du  médecin,  consulter le médecin en cas d’aggravation de l’ état ou apparition de tout symptôme évocateur (toux, gêne respiratoire, irritation de la gorge ou des yeux, éviter (ou  limiter) toute activité physique ou sportive intense (notamment compétition) à l’extérieur augmentant de façon importante le volume d’air et de polluants inhalés, veiller à ne pas aggraver les effets de cette pollution par d’autres facteurs irritants des voies respiratoires, tels que l’usage de l’encens, de solvants et surtout la fumée de tabac  Les jeunes enfants, les asthmatiques et les personnes âgées devraient  éviter de s’exposer longuement à l’air ambiant …. »

Le CGQA a analysé  la pollution de notre ville provoquée par des « polluants primaires directement issus des sources de pollution (industrielle, automobile, surfacique). …de gaz tels que les oxydes de carbone, les oxydes de soufre, les oxydes d’azote, les hydrocarbures légers, les composés organiques volatiles et les particules contenant ou non des composes métalliques (plomb, mercure cadmium…) ou organiques. »

Selon Madame Aminata Mbow Diokahné, chef du CGQA citée par Le Soleil, « les fines particules de poussière qui peuvent pénétrer profondément les poumons » proviennent en grande partie du trafic automobile notamment le parc de véhicules diesel ».

Selon une étude récente du CCQA les émissions de CO2 proviennent par surtout des « cars rapides », des « ndiaga ndiaye » et des « tata dont certaines émettent aussi du monoxyde de carbone. Un rapport de l’OMS après avoir analysé les données sur 3.000 villes alerte sur la qualité de l’air qui est devenu un problème de santé publique dans les métropoles du monde.

Il indique qu’à Dakar, le niveau est à 34 microgrammes par mètre cube. La valeur limite établie par l’OMS se situe à 10. Cela veut dire que Dakar est trois fois au-dessus de la moyenne de pollution dans le monde. Pour apprécier cette donnée, il faut considérer qu’à Paris le niveau est de 28 microgrammes par mètre cube.

On sait qu’un tel niveau de pollution engendre toutes sortes de maladies : maladies du système respiratoire, allergies diverses, cancers, maladies de la peau notamment. D’ailleurs le rapport de l’OMS prévient que « la pollution de l’air ambiant, due à des concentrations élevées de petites particules et de particules fines, est le principal risque environnemental pour la santé; elle augmente pour les habitants le risque d’accident vasculaire cérébral, de cardiopathie, de cancer du poumon et de maladies respiratoires aiguës, notamment d’asthme …cause plus de 3 millions de décès prématurés chaque année dans le monde, ».

Baisser le niveau de pollution de Dakar est participe donc de la santé publique. Monsieur Gora Sarr, responsables des études du Conseil Exécutif des Transports Urbains de Dakar (CETUD) dont les propos sont rapportés par Le Soleil, indique bien que «qu’il est clair que la question du contrôle de la qualité de l’air est un défi que l’Etat doit relever… »

Il s’agit certes de contrôler d’abord la pollution par les transports, surtout ceux fonctionnant au diesel. D’autant que notre pays consomme un diesel particulièrement polluant ainsi que nous l’avons indiqué ici même à la suite des révélations de l’ONG suisse Public Eye.

Ne devrait-on donc pas revenir sur l’autorisation d’importation de véhicules de 8 ans d’âge que le Président Maky Sall a établie dès son arrivée au pouvoir ? Les vieux véhicules au diesel sont en effet particulièrement polluants.

Il faudrait aussi sortir de la circulation enfin les centaines de « cars rapides » et « ndiaga ndiaye » qui sont particulièrement polluants du fait de leur vétusté. C’était d’ailleurs le projet du Conseil Exécutif des Transports Urbains de Dakar (CETUD) initié des 2005 de renouveler le parc des 3000  véhicules de ce type notamment pour « améliorer la qualité environnementale de la mobilité urbaine ».

Ne faudrait-il pas aussi diminuer l’utilisation du charbon en encourageant plus agressivement le recours à des sources alternatives d’énergie et notamment du gaz pour la consommation des ménages ?  La production de gaz au Sénégal devrait faciliter cela à condition cependant qu’une politique spécifique et à long terme soit élaborée à cet effet et effectivement mise en œuvre.

Pour diminuer la pollution et d’améliorer la qualité de l’air de Dakar sur le long terme, il faudra certainement en plus de contrôler les émissions de gaz polluants, reboiser la ville, en augmentant considérablement le nombre de ses espaces verts.
En plus de résorber la pollution de l’air, les espaces verts en milieu urbain ainsi que l’établit un récent rapport de l’OMS « apportent de nombreux bienfaits à la santé publique, notamment en termes de relaxation psychologique et de réduction du stress, d’augmentation de l’activité physique et de réduction potentielle de l’exposition à la pollution de l’air, au bruit et à la chaleur excessive… »

« Le rapport conclut qu’il est nécessaire d’aménager des petits espaces verts localisés à proximité des habitations et des lieux de vie des populations, ainsi que des espaces verts plus étendus dotés d’installations publiques de loisirs (comme les terrains de jeu) et permettant d’interagir avec la nature.. »

L’OMS recommande ainsi l’aménagement de « 10 à 15 mètres carrés d’espace vert par habitant, répartis de façon équitable en fonction de la densité de population. Il est conseillé que cette proportion atteigne des valeurs de 15 à 20 mètres carrés d’espace vert utilisable ». Or notre ville ne compte qu’un seul parc, celui de Hann.

On pourrait aménager l’aéroport Léopold Sédar Senghor désormais désaffecté en un Parc  comme ceux qui caractérisent les grandes métropoles du monde : St James Park à Londres, Parc du Luxembourg à Paris, Central Park à New York ou encore Mont Royal à Montréal. On devrait aussi procéder à la  déplanification et la restructuration progressive de l’espace et de l’habitat de Dakar.

Le littoral de Dakar est accaparé par les gouvernants et aménagé de manière que l’accès des populations à la mer, à l’air marin et aux plages est restreint. C’est ce que préconisent plusieurs associations de la société civile et notamment la Plateforme pour l’Environnement et la Réappropriation du Littoral (PERL), SOS Littoral et l’Association Sénégalaise d’Escalade et de Sport (ASE-SN) qui demandent depuis plusieurs années que le Littoral de Dakar soit déclaré bien commun.

abathily@seneplus.com

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