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De la pauvreté au…terrorisme (Par Momar Dieng)

 Notre pays a assez de défis à relever pour ne pas être la marionnette de visées politiques tracées ailleurs et dont les finalités ne concourent jamais à asseoir nos intérêts essentiels
 Le deuxième Forum économique de la Francophonie s’est tenu en fin octobre dernier à Paris, en présence de plusieurs chefs d’Etat africains et des plus hautes autorités françaises. Juste avant son départ pour New Delhi où devait avoir lieu le Sommet Inde-Afrique, le Président sénégalais Macky Sall a été doublement félicité, tour à tour par François Hollande et Barack Obama, pour le «leaders- hip» politique dont il serait désormais l’incarnation en Afrique, francophone notamment. A voir.

Dans cette même période, déci- dément chargée, des fonctionnaires du Fonds monétaire international (Fmi) faisaient fuiter un classement bien peu glorieux pour le Sénégal à travers une étude qui plaçait notre pays dans le panier à crabes des 25 pays les plus pauvres du monde.

La nouvelle secoua terriblement le sommet de l’Etat sénégalais. Le Premier ministre, le ministre de l’Economie, des finances et du plan, le porte-parole du gouverne- ment et, in fine, le président de la République lui-même montèrent au créneau pour rétablir la vérité dans un scénario digne des plus grandes scènes de panique.

Entretemps, un responsable du Fmi prit soin de dédramatiser le débat tout en se gardant bien de démentir l’information. Celle-ci, d’une certaine manière, avait des relents «subversifs», car c’est toute l’architecture conceptuelle et opérationnelle contenue dans le Plan Sénégal émergent (Pse) qui prenait subitement un gros coup au moral…

Une bonne partie de l’opinion s’empara de la thématique pour disserter sur la réalité de la «paupérisation visible» des populations ; les experts s’en mêlèrent naturellement, mais souvent pour rappeler qu’une croissance- même à deux chiffres- n’a jamais été signe d’aisance matérielle pour tout le monde…

Le malaise persista sans que les autorités et leurs services de communication ne pus- sent trouver la parade qui aurait réparé le mal ainsi fait à la poli- tique d’émergence. Plus que jamais alors, «deuk bi dafa Macky»…

Journalisme de révélations

C’est sur cette polémique désastreuse que l’Etat entreprit de lancer la traque aux «imams terroristes». Sur ces derniers, aucun journaliste et aucun média ne semblent avoir mené des investigations de nature à conforter la thèse officielle. Il est vrai également que les choses sont allées très vite. Résultat : dans la totalité des journaux qui couvrent ces «affaires», sont rapportés des contenus de procès-verbaux d’enquêtes et d’interrogatoires qui, jusqu’à preuve du contraire, ne sont étayés par aucune espèce de contradiction.

Ce journalisme de révélations- donc sans profondeur, mais avec l’objet précis de faire avaler n’importe quoi- ne fait pas honneur à la presse de notre pays. Rares sont les confrères qui se sont dit que ces imams arrêtés pour «apologie du terrorisme» ont peut-être au moins une ou deux chances d’être innocents des «charges» qui pèsent sur eux.

Des téléphones satellitaires ? Qui les a vus au domicile d’une des quatre personnes arrêtées et inculpées à part ceux qui ont «sourcé» les journalistes ? De l’argent en liquide d’une valeur de 450 millions de dollars (près de 250 milliards de francs Cfa) trouvés chez les deux dames ? Qui peut le croire ? En tout cas, la presse qui a rapporté ces deux éléments ne semble pas les avoir vus de ses yeux. L’idée n’est pas de dire que ces éléments matériels n’existent pas, mais on s’interroge…

Dans la foulée, des «intellectuels chercheurs» n’ayant jamais produit de recherches sérieuses dans leurs domaines, ainsi que des militaires qui s’ennuient dans leur retraite, tous à l’affût de quelques consultances ou prestations de services monnayées en dollars ou en euros, se sont engouffrés dans la brèche pour ressasser et copier-coller de vieilles antiennes sur le terrorisme. Pour ces gens-là, c’est une saison de traite qui s’ouvre.

A titre d’anecdote, l’un de ces intellectuels, arabisant moralisateur féru des chaînes télé, avait été convoqué par les services de sécurité il y a deux ans à la suite de ses rodomontades abracadabrantesques sur des cellules djihadistes qui somnoleraient quelque part en banlieue dakaroise. Devant les enquêteurs, il avait perdu la langue avant de disparaître pendant quelques mois… Il est de retour.

Défendre notre pays dans la vérité

Notre point de vue n’est pas de nous interroger sur l’existence ou non d’adeptes du «djihadisme» au Sénégal, ni de dire que notre pays est à l’abri de ce phénomène. Si les autorités sénégalaises estiment détenir des éléments probants et suffisants pour inculper des citoyens au nom de la lutte contre le terrorisme, il sera difficile de le leur reprocher. Par contre, si ce grand déballage public visant des citoyens s’avérait un fiasco dans quelques semaines ou quelques mois, ce serait extrêmement grave pour la crédibilité de ceux qui auront commandé ces actes.

Sans préjuger de l’avenir de ce dossier, la défense des intérêts supérieurs du Sénégal commande dans tous les cas de mettre les pieds là où il faut. Nous ne sommes pas demandeurs de l’importation dans notre pays de cette ambiance morbide de lutte contre le terrorisme qui prévaut chez nombre de voisins. Nous ne sommes pas demandeurs de voitures piégées, de bombes dissimulées, de kamikazes candidats au martyre, etc. Les Sénégalais doivent pouvoir exiger que leur pays ne soit pas «vendu» d’une manière ou d’une autre.

Défendre les intérêts de notre pays, ce n’est pas épouser l’agenda des puissances extérieures dont les «services» sont passés maîtres dans l’art de déstabiliser les zones stables avant de revenir proposer leur aide à travers des panoplies dites anti-terroristes. C’est exactement de mesurer à leur juste valeur les atouts fondamentaux qui ont jusqu’ici assuré et encadré notre vie commune : tolérance et solidarité dans la diversité.

Protéger nos libertés

Notre pays a assez de défis à relever– la pauvreté, par exemple– pour ne pas être la marionnette de visées politiques tracées ailleurs et dont les finalités ne concourent jamais à asseoir nos intérêts essentiels. Des dizaines de pays du continent africain– et d’ailleurs– ont souffert de cette stratégie consistant à les maintenir dans des combats d’arrière-garde dont les soubassements n’ont jamais été loin des préoccupations politiques et géostratégiques d’Etats qui ne leur veulent pas toujours du bien et qui manipulent leur avenir comme dans des jeux de casino.

Ce n’est pas parce que l’on est le chouchou de la France et des Etats-Unis que l’on doit tout se permettre, jusqu’à tirer vers l’abîme une partie du lien social et affectif qui a donné au Sénégal une certaine spécificité au plan international. On ne peut vouloir donner des gages à des «Etats copains» en mettant en danger un pays tout entier.

La lutte contre le terrorisme à travers le monde a montré que les Etats ne sont pas toujours loyaux avec les principes qu’ils énoncent à longueur de traque. Le summum de cette hypocrisie haut placée a été l’œuvre de l’administration Bush. Celle-ci, au nom dudit principe, s’est fait fabriquer des men- songes planétaires à partir des officines de «l’Etat profond», restreignant des années durant des libertés historiquement chères au Peuple des Etats-Unis d’Amérique, causant des drames humains par- tout où cela a été possible. De là est parti le combat de Edward Snowden.

Avec la pauvreté qui nous colle déjà si fort aux basques, sommes- nous condamnés à devoir vivre en plus dans un contexte de «lutte contre le terrorisme» pour les 5 ou 10 prochaines années ?

Momar Dieng est journaliste 

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