ECONOMIE

DEBUTS PROMETTEURS DE L’HIVERNAGE 2016-LES PIEGES, LES DOUTES ET QUELQUES BELLES PROMESSES

  • Date: 8 août 2016

Juillet 2016. Un mois d’hivernage où la pluie s’est fait attendre jusqu’au 20 dans certaines régions et un peu plus tard sur l’ensemble du territoire. A la date du 31, une lueur d’espoir a fait jour quand, même Dakar, « la rebelle » a vu s’amonceler au dessus de la ville, des nuages importants qui ont fait tomber de larges trombes d’eau sur une capitale, qui, craint souvent tout ruissellement venu du ciel. Dans un pays d’agriculture et d’élevage, voir tomber la pluie dans les campagnes est toujours synonyme d’un certain retour à la verdure et le début d’une certaine forme d’abondance pour la flore et aussi en matière de faune. Aucune région n’y échappe, de Saint-Louis à Ziguinchor et de Dakar, à Tambacounda et Bakel, l’heure de la grande saison des pluies a sonné avec ses pièges, ses doutes et quelques belles promesses de fin d’hivernage.

Un décor de verdure qui prend forme, des paysans qui s’activent pour faire le semis à temps. Voilà pour l’image de cliché. Comme pendant toutes les saisons de pluies, le vert est la couleur rêvée pendant cette période, par toutes les paysanneries sahéliennes. En ce début de mois d’août, le bonheur est nul doute dans le pré parce qu’il a plu partout et dans les campagnes. En ces moments de labour et de semis, la houe, l’hilaire, les semoirs tirés par les ânes, le cheval ou le taureau dans le Sine, le Saloum, la Casamance et le Sénégal oriental, n’arrêtent pas de remuer la terre ; au grand bonheur des paysans, jeunes et moins jeunes accompagnés de leurs femmes, leurs enfants, toute la famille et les « sourghas (1) qui espèrent à la sortie des mois de septembre et octobre, récolter tout ce que la manne venu d’en haut aura la bonté de leur donner en arachide de bouche et d’huilerie, en mil, (sorgho et souna) en pastèque, en niébé, coton, maïs, riz, sésame, bananes, gombo, bissap, fonio, manioc, fourrages…

La belle saison. Sur un coup de « folie » comme il en a l’habitude, le président Wade avait lancé la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana). Dans l’esprit, pour ce programme lancé au cours de l’année 2008, l’objectif principal de cette politique était d’augmenter la production agricole pour les principales cultures consommées au Sénégal afin d’assurer plus rapidement la sécurité alimentaire, de réduire la dépendance nationale aux importations et ainsi de garantir la souveraineté alimentaire. En ce sens, la Goana intégrait et dépassait dans ses fondements, les différents Programmes Spéciaux et le Programme d’autosuffisance en riz.

Dans le contexte nouveau d’appréciation des prix des produits agricoles liée, entre autres, à la hausse des cours du baril de pétrole et pour prévenir une pénurie alimentaire, le Président de la République vient de lancer la Grande Offensive Agricole pour la Nourriture et l’Abondance, applicable dès cette présente campagne agricole. Cette décision a été solennellement portée à la connaissance des autorités territoriales lors du Conseil Présidentiel du 18 avril 2008. De même, elle voulait s’inscrire dans la lignée de la Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale (Loasp), du Document stratégique de réduction de la pauvreté (Dsrp) et de la Stratégie de Croissance Accélérée (Sca) à travers son volet consacrée à la grappe Agriculture et Agro-industrie. Le plan Retour vers l’agriculture (Reva) ayant été utilisé pour mettre en œuvre cette stratégie

La pluie donne, semble-t-il, des ailes ; elle aiguise aussi les envies et les folies. Comme une ère d’abondance, juillet et août sont pour ces paysans, et pour le président de la République et son gouvernement, les mois les plus sensibles et le plus délicats pour faire une bonne campagne. Au moment où les premières gouttes d’eau commencent à faire sortir l’herbe de la terre, le champ résonne au rythme de passage du semoir. Tiré par un cheval, la charrue creuse le sol mouillé pour laisser la graine prendre sa place à l’intérieur pendant que l’homme pressé que l’animal, le tire vers un horizon dont lui seul a le secret du tracé. Le ciel menace, il fait chaud.

Dans les deux à trois hectares de terre qu’il projette de semer en arachide, l’obsession est aussi de pousser la graine au sol, pour commencer demain, un autre temps de semis. C’est la saison. En pleine campagne dans ces villages non loin de ville de Mbour, le parfum de cette terre baignée par l’atmosphère de saison pluviale, se sent au loin. Mboulème, Gagnabougou, Mbourokh, Mbandibougou, l’ancien village des lépreux de Mballing, plus connu sous le nom, de « Tropical », les charretiers s’affairent aussi.

C’est leur saison ; au gré de la location de l’animal ou de la machine qui permet de faire les semis en un temps plus rapide que la normale. Dans ces terroirs, le semi à la main a presque disparu de ces zones depuis l’arrivée des seccos, des coopératives agricoles, des semoirs tirés par la traction animale et la charrue. Aujourd’hui, certains sont passés même aux tracteurs et autres grosses machines pour le labour. C’est la vie. Il faut changer. Ils ont changé. En quête de résultats immédiats, l’on cherche plus de productivité même si la terre est fatiguée par la multiplication des semences traditionnelles à répétition (mil souna, arachide, niébé, manioc etc.). Et cela sans de véritables apports en engrais.

BRADAGE FONCIER, PILLAGES DES RESSOURCES, FAIBLESSE DES ECONOMIES LOCALES…Equations majeures de régions sans zones de cultures

Le Sénégal pourra-t-il aller vers la sécurité alimentaire en réduisant tous les jours, ses surfaces de cultures les plus fertiles ? La question est posée autour de toutes les grandes villes au vu du rythme d’affectation des terres aux lobbies en tout genre, pour bien peu de choses, mais aussi aux affairistes qui n’en font qu’à leur business et leur tête au détriment de l’économie réelle et du développement local et régional.

Dans les régions comme Diourbel, Thiès et Kaolack, le phénomène a pris une réelle ampleur depuis la montée de l’influence des marabouts dans les milieux politiques. Khelcom, Dolly, toute la Petite côte du coté de Keur Samba Laobé, à Mbour, des terres ont été cédées presqu’entièrement souvent à une seule et même personne au nom de sa proximité avec un marabout si ce n’est ce dernier. Résultat, des  milliers d’hectares fertiles partis pour le logement et dans la spéculation foncière. Comme le début d’une autre forme d’adaptation de système latifundiaire au Sénégal, l’on se met à imiter les affairistes de l’agriculture brésilienne du 19 ème siècle avec ses tares, son système d’esclavage maintenu jusqu’à la fin de ce siècle d’exploitation et encore.

Que cela se passe au Sénégal. Et, chaque fois qu’un régime change, les méthodes  semblent les mêmes au niveau de la gouvernance des terroirs. Du côté de ses villages anonymes ici au nord comme dans le sud dans la Casamance profonde, ce partage du territoire par des politiciens affairistes, n’a pas permis encore de lancer une véritable réforme de fond dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage, de la cueillette. Face à un tel contexte, l’élevage de transhumance et le pastoralisme semblent bien mort. Aussi avec l’appétit grandissant de l’Etat et ses hommes dont certains latifundistes, même les domaines clos de l’élevage intensif qui s’est développé grâce à l’insémination bien encouragée sous Wade président, semble subir les contrecoups de l’avancée de certains projets dits d’infrastructures autour de la presqu’île du Cap vert et dans une zone de production maraîchère comme Diamniadio.

Diamniadio, un terroir où l’on ose encore parler de développement durable. Mais qu’est que le développement durable sans une agriculture qui va dans le même sens. Dans la zone de Bargny, un homme sa bât presque seul pour sauver ses terres de cultures et d’élevage. Il s’appelle Pape Seck. Il est éleveur et grâce à ses connaissances développées dans le domaine grâce à sa collaboration avec les chercheurs, le voilà qui se bât pour augmenter son cheptel de veau et de vaches venues d’un peu partout dans le but de produire du lait en quantité suffisante et de la viande de qualité.

A coup de millions, il a su se faire une raison, sans avoir les domaines et les moyens d’un homme connu des éleveurs comme Baba Diaw. Après avoir grignoté ses espaces, c’est  le projet de Diamniadio qui menace son domaine. Et il n’est pas le seul sur cette voie.

Des communes  et conseils ruraux sans cohérence

Sous le soleil de juillet, ils sont des milliers à se battre derrière une machine à traction animale avec l’espoir de voir leurs efforts couronnés au bout. Avec toutes ces nouvelles variétés de semences introduites par la recherche,  (du riz Nerica bien loin des zones argilo-sableuses de la Casamance, du niébé, du maïs etc.), il est à parier que l’hivernage 2016, même un peu limite dans ses délais, donne des raisons d’espérer. Mais, entre les producteurs et les spéculateurs bardés de leur argent qui sera le gagnant.

Déjà, pour l’arachide et les semences, le plus fort a été le vendeur. Dans les marchés de Dakar comme sur la Petite côte, le kilo du produit traité est rarement descendu au dessous de 700 Fcfa. Il en faut 50 pour faire un champ presque correct.  A Dakar et aux alentours, il est encore cédé à 800 francs le kilogramme. Face autant de promesses, l’agriculture sénégalaise depuis la politique dite de relance introduite à l’époque de Robert Sagna, au milieu des années 1980, ne trouve pas cependant les moyens de protéger les zones d’exploitation et de production.

On brade toutes les terres au moment où l’on parle de la prochaine ouverture d’une université agricole au Saloum. Pendant ce même moment, le pays manque de stations d’essai et de démonstration même si ces structures émanant de l’Etat existe mais survivent sans moyens. On parle de milliards (1800) pour le Dakar dit émergent, mais quelle place occupe l’agriculture et l’élevage dans ce schéma dont les contours sont encore, en dehors de la réalisation du Pôle de Diamniadio, plus fictifs que réels ?

Au-delà de tous ces clichés et ces mots qu’on vend parfois pour des raisons politiciennes au peuple, quel est le budget réel des services de relais du ministère de l’agriculture, à savoir les services régionaux et départementaux. Au niveau d’une ville comme Mbour, malgré la grande volonté des spécialistes et des agents sur place, le lieu essaie de revivre avec l’introduction d’aires de démonstration pour les fruits, les légumes et d’autres espèces comme la banane, la papaye etc. Dans un parfait anonymat ce service n’est pas fréquenté par les Mbourois qui n’en connaissent pas l’utilité depuis que toutes les terres ou presque du département sont entre les mains de « trafiquants », de lobbies, ou de gens influents à la solde de familles choisies ou désignées. Ainsi émerge la nouvelle forme d’agriculture qu’on cherche à promouvoir dans les régions, seulement aux mains d’affairistes qui font leur commerce sur le dos des gens.

Que valent dans cette perspective, tous les travaux issus de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) et Centre national de recherches agronomiques (Cnra) sans ressources, malgré les discours ? Peut-on faire malgré les discours, une agriculture performante sans doter ces institutions de véritables moyens d’existence, de fonctionnement, de vulgarisation et de dissémination des résultats de la recherche. L’Isra est pauvre en ressources sans grands moyens consacrés à la recherche ; ce qui veut dire que tout ce qu’il fait est comme de l’ordre du miracle. Certains chercheurs qui sont depuis bien des années, en train d’œuvrer dans cette belle trouvaille, travaillent encore grâce à l’appui et aux besoins spécifiques des bailleurs étrangers. Ce qui n’honore pas la recherche sénégalaise à travers ses résultats dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage, de la foresterie de la gestion des sols.

L’exemple du Nerica, espèce de riz introduite depuis les années 1990 dans la sous-région grâce aux travaux menés par l’Adrao, est ainsi un moyen et une réponse pour les systèmes d’agriculture. Après la côte d’Ivoire et la Guinée, c’est au Sénégal de tenter cette saison, son introduction plus large dans des régions naguère ouvertes à la même espèce mais dans les bas-fonds et les zones inondables comme en Casamance, est une prouesse scientifique, mais la difficulté reste dans la capacité des pays du Sahel comme le Sénégal à le vulgariser et l’adapter aux zones de terroirs encore vivantes et actives.

LE PARADIS DES SEMOIRS, DU CHEVAL, DU BŒUF ET DE L’ANE : Quand la terre revient aux producteurs

Dans ces zones où la terre disponible, la seule propre aux cultures de saison et de contre-saison, cède de plus en plus, la place au logement et à l’anarchie qui y règne grâce aux efforts combinés des conseils ruraux et de l’Etat, difficile de savoir si l’agriculture, l’élevage et la cueillette tiendront le coup d’ici un quart de siècle. Pendant qu’un village comme Warang n’a plus de terre d’agriculture, Mboulème et Gagnabougou, un peu plus loin  au sud, sont encore « sauvés » par leur enclavement et le manque de voies praticables.
Comme une chance, ils vivent la préhistoire en plein 21 et unième siècle. Faire les 10 km qui les séparent à la ville de Mbour peut prendre plus d’une trentaine de minutes à cause de l’état déplorable des pistes si on peut l’appeler ainsi. Isolée dans une petite zone des terroirs, ce bout de terre de vie encore en sursis, est coupée par de petites mares d’eau presqu’infranchissables pendant les pluies. Excepté un petit radier qui a été achevé l’année dernière pour une largeur qui en dépasse guère trois mètres de large, tout est en friche. Sans un véritable dispositif pour aller dans le sens de la modernité, ces paysans et leur localité qui dépendent de la ville de Mbour, sont presque laissés à eux même sans activités pendant toute la saison sèche.

Un peu plus loin, Nianing, à seulement une dizaine de kilomètres de Mbour, est devenu une zone de résidence à ciel ouvert pour touristes et résidents d’un nouveau genre. Au mètre carré, il y a plus d’Européens que dans les zones touristiques de Saly. Sauf que là, ils sont des résidents. Du coup, Nianing comme Warang ont changé de vocation. Les jeunes préfèrent d’ailleurs travailler à garder la maison d’un homme ou d’une femme blanche plutôt que d’aller au champ. La Goana semble bien loin moins dix ans après avoir été lancée. Belle idée s’il en est…Mais, est que dans ces contrées, l’agriculture veut encore bien dire quelque chose pour certains fils de paysans ou ce qu’il en reste.

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