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DECLOISONNER L’AMENAGEMENT DU TERRITOIRE AU SENEGAL (Par Daouda Thiandoum)

  • Date: 4 juin 2015

Pour beaucoup, l’Aménagement du Territoire est ce grand inconnu ou encore le parent pauvre de nos politiques publiques. Pourtant, ces mêmes individus souvent profanes de cette discipline en deviennent les premiers supporters lorsque l’on s’attarde à leur expliquer l’importance et la pertinence d’un tel instrument dans le développement d’un pays.

Notre pays a très tôt compris son importance. En effet, dès le lendemain de notre indépendance, une réelle volonté est affichée pour donner aux politiques économiques et sociales un cachet spatial. La création en 1961 du BATV (Bureau d’Aménagement des Terroirs et des Villages) qui est transformé par la suite en SAT (Service de l’Aménagement du Territoire) en 1962 viennent prouver la place et le rôle de l’Aménagement du Territoire dans les politiques publiques.  Ce dernier acte est tellement révolutionnaire dans le sens qu’il a montré l’apparition première du terme Aménagement du Territoire dans notre pays.
C’est dans ce sillage qu’il a été traduit à nouveau en Direction de l’Aménagement du Territoire (DAT) en 1967. En résumé, nous pouvons retenir que pour une durée de sept ans (1960-1967), l’Aménagement du Territoire a migré du bureau à la direction. Et depuis cette date, il a fallu attendre 42 ans (2009) pour qu’il se transforme cette fois-ci en ANAT (Agence Nationale de l’Aménagement du Territoire). Il a fallu également s’armer de patience pour voir l’adoption du premier et dernier Plan National de l’Aménagement du Territoire (PNAT) 20 ans (1997) après le lancement de son élaboration en 1977, 37 ans après notre indépendance.
Aujourd’hui, le pays dispose d’un outil de pilotage spatial caduc et obsolète qui n’est pas en phase avec les nouveaux paradigmes de développement survenus depuis l’avènement du Président Macky Sall en 2012. Il est heureux de souligner les énormes efforts réalisés par l’ANAT pour la révision de ce puissant outil en adéquation avec les préoccupations actuelles (territorialisation des politiques publiques, développement territorial, PSE…). Là encore, nous pouvons souligner le manque de moyens de cette structure dans la mobilisation complète de l’enveloppe appropriée.
Sur le plan juridique, le Sénégal ne dispose pas de Loi d’orientation sur l’Aménagement du Territoire et le VISA de localisation qui existait dans les années 70 est resté aux oubliettes. Le fond d’impulsion à l’Aménagement du Territoire n’est pas opérationnel et les commissions nationales de pilotage sont en léthargie. Voilà un zoom de la situation actuelle de l’Aménagement du Territoire dans notre pays.

Au juste de quoi s’agit-il ?

En termes de genèse, le concept de l’Aménagement du Territoire est une pratique aussi vieille que les premières formes d’organisation sociale.
En effet, depuis que les premiers hommes ont commencé à se fixer ou à se sédentariser sur un espace défini comme étant le lieu de leur reproduction et de leur espace de production, des problèmes d’organisation de cet espace se sont posés à eux. A travers le temps, des formes de réponses plus ou moins heureuses ont été trouvées face à ces problèmes.
A l’origine, tant  que le rapport Populations/Espace permettait au groupe de se reproduire sans contraintes majeures, l’équilibre était sauvegardé.
Aujourd’hui, nous assistons à une rupture progressive de cet équilibre avec comme causes principales :

  • La croissance très rapide de la population qui a pour conséquences une réduction des espaces cultivables liée à l’agrandissement des grandes agglomérations ;
  • La progression d’accentuation de calamités telles que : désertification, désertisation, déforestation…qui diminue aussi le disponible utile en espace ;
  • Les changements climatiques

Les immenses progrès réalisés au niveau scientifique et technologique réduisant ainsi de plus en plus le disponible utile en espace : épuisement progressif des gisements de charbon, de pétrole, de gaz…, conduira à des processus énergétiques nouveaux, eux-mêmes générateurs d’industries nouvelles dans les implantations nouvelles.
C’est d’ailleurs, à partir du développement de la science et de la technologie surtout au lendemain de la deuxième guerre mondiale que l’Aménagement du Territoire en tant que discipline ou science socio-économique s’est affirmée.

Comment s’est-il affirmé en tant que science sociale ?

C’est en se plaçant dans une dynamique évolutive ou comme disait le Père Lebret : en se plaçant dans une dynamique perspective, d’une société qui vitse transformese développe et avance vers l’optimum. Ainsi sans vouloir prétendre définir le concept d’Aménagement du Territoire, nous allons plutôt essayer de circonscrire son contenu actuel en ces termes : « En tant que science sociale, il se préoccupe d’assurer un développement équilibré des régions d’un pays, de lutter contre les tendances à la concentration géographique des activités mais aussi contre toutes formes d’exploitation irrationnel du Territoire »

La politique d’Aménagement du Territoire implique alors un objectif de progrès cohérent et harmonieux sur les plans techniques, économiques et humains. Elle implique aussi une mise en valeur rationnelle de l’espace et l’utilisation optimale des ressources naturelles.
C’est dans ce sillage qu’au niveau national, l’Agence Nationale de l’Aménagement du Territoire (ANAT) définit le concept en ces termes :
« L’aménagement du territoire a pour finalité, à la fois, de promouvoir la mise en valeur des ressources régionales et d’améliorer le cadre de vie et les conditions d’existence des habitants, en atténuant les disparités régionales de développement économique et social par une organisation prospective de l’espace, reposant sur une orientation volontariste et concertée des équipements et des activités ». C’est dire donc que  la vocation de l’aménagement du territoire est d’organiser l’espace territorial du pays pour assurer sa cohésion, son attractivité et sa compétitivité. Ainsi toute politique d’aménagement du territoire a besoin  à la fois de durée pour infléchir sur les dynamiques  territoriales, d’opérationnalité et de proximité pour coller à  l’action régionale ou locale et de prospective pour anticiper sur les évolutions à venir.

Qu’est-ce qui explique cette instabilité institutionnelle de l’Aménagement du Territoire ?

Nous sommes tentés de dire que l’on connait son importance au vu du contenu développé plus haut, on ne veut pas le supprimer purement et simplement (un pays a plus que besoin d’un outil de pilotage spatial à côté de celui économique et social) mais on ne sait pas où le mettre. Dans quelle institution ? Dans un ministère ? A la Primature ou encore à la Présidence ?
Affirmative sur la pertinence et l’importance de l’Aménagement du Territoire car aucun pays au monde ne s’est développé sans maîtriser son espace. Tous les codes ayant une incidence spatiale relèvent et doivent relever des Plans Nationaux d’Aménagement du Territoire. Celui-ci fait la photographie de l’espace et constitue un puissant outil d’aide à la décision pour les décideurs. C’est ainsi que des propositions de loi allant dans une perspective de protéger, de gérer un espace spécifique en découlent (code de l’urbanisme, de l’environnement, minier, forestier, pêche, littoral, collectivités locales….). L’organisation de l’espace ou la maîtrise spatiale constitue un fort levier du développement harmonieux et durable car l’anarchie encourage la détérioration de notre environnement, de notre cadre de vie, de nos rares et précieuses ressources. La forte concentration des activités et des hommes sur un espace peut créer des disparités intra et inter territoriales. C’est dire donc que le développement soit on le SUBIT soit on le CONTROLE et c’est dans ce dernier champ qu’il faudrait rechercher l’Aménagement du Territoire. La continuité territoriale, la cohésion des interventions dans l’espace communautaire nous amènent également à anticiper nos interventions sur nos territoires.

Dans quelle institution doit-il être logé ?

Retenons toute de suite que l’Aménagement du Territoire se trouve aux antipodes du sectoriel. Il se veut transversal. Il devient alors très simple de comprendre que sa place reste à côté des instances de décisions  transversales. Dans la plupart des pays développés et même dans certains pays en Afrique, il est sous la tutelle de la primature. Au Sénégal, il valse d’un ministère à l’autre (économie, plan, décentralisation, intérieur, collectivités locales…). Toutefois, il faut relever que depuis quelques années, nous notons une certaine stabilité.
Celle-ci ne voudrait pas dire qu’il ne rencontre pas d’énormes  difficultés notamment en termes de moyens (humains, financiers, logistiques…).  Nous défendons l’idée selon laquelle la place de l’Aménagement du Territoire EST A LA PRIMATURE.
En étant cloisonné dans un ministère, il ne peut pas jouer pleinement son rôle d’aide à la décision. En revanche être à côté du Premier ministre lui permettrait d’étudier tous les projets et programmes des ministères et des partenaires pour un meilleur arbitrage des politiques publiques.

Daouda Thiandoum
Aménagiste, Urbaniste et Géomarketeur

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