1 septembre, 2014
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Décryptage Les tares d’une adversité mal pensée

Décryptage Les tares d’une adversité mal pensée

Estampillé, à tort ou à raison, démocratie vitale, le Sénégal vit une adversité politique qui laisse apparoir des incongruités décevantes, du fait de sa forte teneur en arguties crypto-personnelles, d’une part et en intérêts bassement électoralistes, d’autre part.
Le bavardage médiatique suscité par le récent remaniement ministériel, surtout, la nomination de Me Sidiki Kaba au département de la Justice et d’Abdoulaye Daouda Diallo, à celui de l’Intérieur, semble en être éloquent. Notre constat liminaire est issu de notre étonnement de l’indignation et autres levées de boucliers, de sabres, devrions nous dire, qui ont accueilli l’annonce de Me Sidiki Kaba au ministère de la justice, en remplacement de l’actuel premier ministre, Mme Aminata Touré.

Conflit d’intérêts

En effet, entre autres griefs à lui reprochés, l’opposition le culpabilise de conflit d’intérêts, pour avoir été avocat des victimes de Hissène Habré, l’ancien président tchadien dont le procès est en instance au Sénégal où il vit en exil, membre du pool d’avocats de Bibo Bourgui, dans le cadre de la traque aux biens mal acquis et d’avoir défendu des opinions favorables aux droits des homosexuels, entre autres.

A l’aune d’une analyse objective et impartiale, de tels reproches ne sauraient rendre inéligible le sieur Kaba au poste de ministre de la justice. Pour preuve, la justice sénégalaise ne saurait se limiter au procès de Habré, à la traque aux biens mal acquis et au problème de l’homosexualité, pour importants qu’ils puissent être. Tout comme le statut ou le métier de l’homme Sidiki Kaba et les opinions que ce statut ou ce métier lui ont fait défendre ne sauraient être les raisons pour lesquelles il a été nommé ni celles pour lesquelles ou lui dénie cette nomination. Aussi, les critiques politiques gagneraient-elles, pour être recevables et objectives, à porter sur les compétences intellectuelles du nommé à gérer le département en question. Mieux, le ministère de la justice ne saurait, dans sa configuration, être le lieu d’application ou de réalisation d’opinions personnelles, si elle est avérée, l’indépendance tant clamée de la justice et de ses acteurs. Ce qui peut ne pas être le cas du ministère de l’intérieur qui, par rapport à l’aspect organisation d’élections qui, pour être transparente, requiert de la neutralité, de l’impartialité de la part de celui qui gère ce département.

Realpolitik ?

De ce point de vue, la gène est légitime et compréhensible chez ceux qui décrient la nomination d’Abdoulaye Daouda Diallo à la tête dudit ministère. Car, pour éviter d’être sans le coup de présomption de fraudes électorales, un régime n’a meilleur moyen que de ne pas choisir un homme politique à la tête du département chargé de l’organisation de scrutins. Et, dans le contexte de la proximité des locales, remanier un gouvernement et y faire prédominer des politiques, à la place de technocrates qui ne seraient certainement coupables que de leur non-militantisme, a quelque chose de nauséeux. Mais, le débat suscité par ces deux nominations est poreux d’un enseignement d’une richesse incommensurable sur la versatilité de nos hommes politiques dont la malhonnêteté intellectuelle n’a d’égal que le matérialisme de leur intérêt du moment, dicté par leur posture. Ainsi, et c’est là que c’est cocasse, lit-on les mêmes critiques chez les opposants d’aujourd’hui et que ce qu’on lisait chez les opposants d’hier et les mêmes mots de satisfactions chez les tenants du pouvoir actuel que chez ceux d’avant la présente alternance. Et tout se passe au Sénégal comme si la posture du moment faisait avaler leur chapeau de vomissures à des leaders qui aimaient à plastronner dans des habits de probité morale qui, aujourd’hui, semblent trop grands ou trop étroits pour eux. Dans cet état de fait, la maturité politique ne se retrouve que chez le peuple constant dans ses choix électoraux. Aussi, appert-il que tant que chez nos hommes politiques les vérités d’hier deviennent les mensonges d’aujourd’hui, l’adversité politique restera grosse de ces critiques crypto-personnelles et satisfécits partisans et accouchera d’incongruités bestiales.

Amadou Makhtar SAMB