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La défense de Khalifa Sall Sall tire sur le parquet «On utilise les procureurs pour invalider la candidature des adversaires politiques »

Le maître des poursuites n’a pas encore fini d’encaisser les coups des avocats de l’édile de Dakar. Depuis le début de leurs plaidoiries lundi dernier, les avocats de Khalifa Sall estiment que ce procès est politique. Et, la seule intention de l’accusation est d’invalider la candidature de l’édile de Dakar à la prochaine élection présidentielle.

Il y a beaucoup de «mensonges» dans le dossier de Khalifa Sall et Cie, selon ses avocats. Lors de leur dernier jour de plaidoiries hier, les avocats de la défense renseignent que ce dossier a été monté de toutes pièces dans le seul but d’éliminer un adversaire politique. Pour Me Ndèye Fatou Sarr, Khalifa Ababacar Sall est victime d’une orchestration. «Cette orchestration comporte plusieurs parties qui sont de nature à le renvoyer des fins de la poursuite. Aucune de ces infractions pour lesquelles il comparaît n’est établie. En réalité, c’est Khalifa qui les intéresse dans ce dossier et ils font tout pour l’incriminer », a-t-elle dit. Son confrère de la défense, Me Seydou Diagne, est allé plus loin en soutenant que le maître des poursuites et le juge d’instruction se sont empressés de boucler l’instruction. Pis, l’accusation est dans l’incapacité d’articuler des éléments de droit pour asseoir la culpabilité des mis en cause. « Que l’on ne dise pas il y a détournement sans démontrer. On connait la destination des dépenses diverses. Il y a eu l’audition des témoins et on sait que l’argent est allé aux populations. Si j’étais procureur et que je dise qu’il y a un détournement, je vais le prouver. Il n’y a pas une enquête de patrimoine. Où est cet argent ? Le détournement, c’est quand l’argent doit aller à Saint-Louis et on l’emmène à Ziguinchor », a expliqué la robe noire.

Me Seydou Diagne : « Le procureur se trompe lourdement »

Concernant l’escroquerie sur les deniers publics, l’avocat pense que c’est le véritable cheval de bataille de l’accusation. « (…). J’avais oublié de vous citer une jurisprudence rendue par votre juridiction l’année dernière, disant que les fonds ont été utilisés pour la mission de service public étant donné que la destination est les populations. Le juge d’instruction et le procureur qui nous accusent n’ont pas d’éléments sur Khalifa Sall », a-t-il dit. Me Seydou Diagne de poursuivre sur le blanchiment : « L’article 2 de la loi 2004-09 est clair sur le blanchiment. Le juge d’instruction dit que le délit de blanchiment est constitué en l’espèce par un procédé de dissimulation de  déguisement de l’argent. Quand j’ai entendu le procureur, il n’est pas sur le même registre. J’avais trouvé ça très astucieux. Il dit que ce n’est pas la conversion, ce n’est pas le déguisement,…mais c’est la détention.  Il dit que l’essentiel est qu’il poursuit d’un crime ou délit. Ce dont je suis sûr, c’est que pour un blanchiment, il faut être dans la délinquance », a-t-il soutenu. Avant de préciser : « on attendait le procureur pour nous parler des opérations de délinquance. Mais, il nous prend en contrepied et dit que la détention suffit. On ne peut pas, scientifiquement, accepter ça. Si vous détenez quelque chose qui provient d’un crime ou d’un délit, c’est du recel ». Selon lui, c’est extrêmement grave. Et le procureur se trompe lourdement. A la barre, la robe noire a également révélé que dans cette fameuse loi de 2004-2009 qu’il a citée, le parquet n’a aucun pouvoir. « La loi lui interdit de mener des investigations en matière de blanchiment. Je me suis demandé pourquoi le parquet dans cette infraction est aussi faible ? J’ai relu l’article 2. La loi dit que la Centif peut s’attacher des services de la police judiciaire. La loi a bâillonné le  procureur pour donner tout le pouvoir au juge d’instruction. Le procureur ne peut mener aucune action. La Centif envoie les faits au procureur qui saisit immédiatement le juge d’instruction », a-t-il déclaré.

Les affaires Bara Sady, Thierno Ousmane Sy et Carmelo Sagna s’invitent au procès

Par ailleurs, Me Seydou Diagne a tenté de convaincre le tribunal que ce procès est politique. Il martèle : « le ministère public est chargé de défendre la société. Si vous défendez les intérêts des populations, montrez tous les dossiers qui sont au parquet. Je sais que le procureur tient bien son parquet et qu’il a de grands dossiers qui pourraient prouver qu’il est là pour la société ». Pour étayer ses propos, la robe noire cite les affaires Bara Sady et autres. « Le procureur a dit que l’Etat a perdu 40 milliards dans l’affaire Bara Sady. On fait l’instruction et on va à la chambre qui dit que les poursuites sont fantaisistes. La Dic fait son travail et le Dg dit que nous avons des travaux sur le port. Où sont les travaux ? Il dit qu’ils sont sous l’eau. Le parquet dit que je veux une contre-expertise. La chambre dit soit sérieux, c’est l’accusation qui pose problème », a dit l’avocat. Avant de continuer : « on s’acharne sur Khalifa Sall et on laisse 40 milliards. Ça, c’est pour démontrer que ces poursuites sont politiques. L’exemple de la Sar est là aussi. On entend plus parler de ce dossier. Thierno Ousmane Sy sur le 3e opérateur de téléphonie mobile, le procureur fait des poursuites sur 10 milliards. On a même convoqué le Fbi, la chambre dit que vous ne pouvez même pas convertir les dollars en Cfa. Sur ce dossier également, j’ai écrit pour dire que je veux des ampliations, mais en vain. Mais Khalifa, en trois semaines, son dossier est enrôlé parce que Bara Sady, Carmelo Sagna, Thierno Ousmane Sy et autres ne sont pas candidats à la présidence. Le procureur qui s’acharne pour juger Khalifa Sall est assis sur des réclamations de 150 milliards de l’Etat du Sénégal. Maintenant, ce sont les procureurs qui interviennent en matière électorale pour écarter des candidats à la présidentielle. On attrait à la barre que ceux qui ont des ambitions politiques ».

Me Demba Ciré Bathily : « ça dérange quand on le dit, mais ce procès est politique »

Il sera confirmé dans sa logique par Me Demba Ciré Bathily, selon qui ce procès est politique et on n’aime pas le dire. « Ça dérange, mais ce procès est politique. Cela ne veut pas dire que votre juridiction est politique.  Ce n’est pas la première fois qu’un dossier est enrôlé avec une telle rapidité. Prenons même le contexte global de cette affaire. Je vais vous donner des explications pour vous prouver la fragilité de ce dossier. Depuis quelques années, nous avons tous découvert le délit d’association de malfaiteurs. Ce qui était exceptionnel il y a 20 ans, est devenu courant depuis ces dernières années. Chaque fois que l’on voit une instruction, on ajoute l’association de malfaiteurs comme pour corser le dossier. Avec cette manie, on peut ajouter à tous les articles du code pénal le délit d’association de malfaiteurs », a-t-il dit. Il ajoute : « cette infraction n’est qu’un cheveu dans la soupe. Une autre infraction sur laquelle je vais passer rapidement, c’est le blanchiment. Vous dites qu’il y a blanchiment, vous devez nous dire ce qui a été blanchi,  ce qui a été noir et est devenu blanc. Je n’ai même pas besoin d’aller d’un point de vue technique et matériel pour démontrer que ce délit est à écarter. L’ordonnance de renvoi ne peut pas être une reprise du réquisitoire. Mais, quand le parquet est faible dans un dossier, il double les infractions en disant : Si ce n’est pas ça, c’est ça. Comment une personne peut-elle être poursuivie pour escroquerie sur de derniers publics et détournement de deniers publics ». La robe noire renseigne que ce qui les intéresse en définitive, c’est le droit. Que le droit soit bien dit.

Me Mbaye Sène : « les percepteurs sont des prévenus privilégiés »

Au début de sa plaidoirie, Me Mbaye Sène, s’adressant au juge Lamotte, a rappelé que nous devons comprendre qu’après ce procès, le droit continuera et nous continuerons d’appliquer les textes. Le Sénégal a toujours été une locomotive en Afrique. Il ne faut pas pour les besoins d’un procès, retourner jusqu’à la dernière classe. Pour en arriver au procès, la robe noire a retracé le film qui, selon lui, a valu au député-maire de Dakar une comparution devant un tribunal. Il a rappelé le compagnonnage entre Khalifa Ababacar Sall et l’actuel Président de la République, en passant par les différentes élections. « Le régime en place, convaincu que Khalifa est le patron de Dakar, lui a dit vous restez dans la coalition, mais vous nous donnez le poste. Il a refusé et il s’est présenté. Il a remporté les élections et bonjour les problèmes. Pour l’éliminer, on utilise la justice et c’est là que l’Ige a été mise en œuvre. Ceux qui ont fait cela ne connaissent pas Khalifa Sall. Il y a 38 ans, Khalifa était le Sg du mouvement des jeunes socialistes et des fonds ont été mis à sa disposition. Tout le monde sait combien il est difficile de manager des jeunes. Pourtant, il n’a jamais eu de problème de gestion. C’est la raison pour laquelle nous qui connaissons sa relation avec l’argent, nous en sommes malades », a-t-il dit. Pour convaincre le tribunal que le faux n’existe pas dans ce dossier, Me Mbaye Sène dira : « je ne vais pas m’éloigner de notre maison pour justifier le faux dans un document administratif. Tous les jours, des personnes reçoivent le bulletin 3 du casier judiciaire. Le procureur les vise tous les jours sans vérification. Nous savons tous qu’en le visant, il n’a aucune intention de commettre du faux. Au flagrant délit, des filles qui sont poursuivies pour défaut de carnet sanitaire et condamnées à des peines légères en disposent. Même ceux qui ont des peines définitives en disposent. On donne ce document à des personnes sur la base de fausses informations. Et pourtant, le procureur n’est pas poursuivi pour faux. C’est exactement ce qui s’est passé à la ville de Dakar ». Par ailleurs, nous indique la robe noire, parmi les incohérences qui permettent de savoir que ce procès est politique, c’est que quand un fonctionnaire est poursuivi pour détournement, la première sanction c’est la suspension de ses fonctions. « Les percepteurs sont des fonctionnaires et ils ne sont pas suspendus de leurs fonctions. Bocoum a eu une promotion en étant le comptable des grands projets de l’Etat. Touré garde toujours son poste. Et c’est la police qui les surveille lorsqu’ils viennent au procès. C’est des prévenus privilégiés. Ce sont nos amis, ils n’ont rien fait. Et ces gens aussi n’ont rien fait. Pensons à la postérité parce qu’après ce procès, on sera encore là à plaider », a-t-il conclu.

Me Kanga : « Khalifa Sall est à la barre par la méchanceté d’un homme »

De leurs côtés, Mes Khassimou Touré, Ciré Clédore Ly ainsi que François Sarr, ont plaidé « le procès politique ». Ils estiment qu’aucune infraction ne peut être retenue contre les mis en cause. Et Pour terminer, l’avocat camerounais, Me Kanga, estime que le Sénégal a l’occasion d’entrer dans l’histoire. « C’est un procès africain. C’est un procès surréaliste. Depuis six semaines, les Sénégalais loquaces sont devenus silencieux. Ont-ils été tétanisés ? Ont-ils été anesthésiés ? Ont-ils été terrorisés ? Je m’interroge. Quelque chose pèse sur le Sénégal comme une chape de plomb. Heureusement que je n’étais pas contaminé par ce mutisme », a-t-il introduit. Avant de dire : « je sais pourquoi je suis ici, disait Khalifa à l’ouverture du procès. Khalifa est à la barre du tribunal à cause d’un homme. Il est ici par la volonté d’un homme. Par la déloyauté d’un homme. Il est ici par la méchanceté d’un homme. Appuyez sur les principes et ils finiront un jour par céder. Les principes qui régissent un procès équitable se sont effondrés ». Toutefois, la robe noire se dit être surpris d’entendre qu’à Dakar, un suspect a été entendu en l’absence de son avocat. « C’est incompréhensible. Dans ce dossier, la justice de droit commun n’a rien à y faire. Et les débats l’ont démontré. Ce combat exclusivement entre deux hommes politiques n’a guère de compagnon. Je prie pour que l’histoire me donne tort, mais l’objectif tel que je présume, c’est d’éliminer. Ce procès est ordinaire par l’habillage. Il est ordinaire parce qu’il se déroule dans une salle d’audience et il y a des avocats qui se sont constitués. Dans la réalité, ce procès est exceptionnel. Ce procès est exceptionnel par le déploiement des forces de l’ordre qui me donne l’impression d’une insécurité ici. Mes confrères m’ont expliqué que c’est pour maintenir l’ordre. Ce procès est exceptionnel parce qu’il s’agit du procès des fantômes. On me nomme quelqu’un qui voit tout, qui entend tout, mais qui ne décide pas de tout. Vous avez atteint l’âge où vous devez avoir le courage de dire la vérité. Monsieur le maire, je vais vous défendre contre la calomnie, contre l’injustice des hommes (…). Je rends hommage à Khalifa Sall avant son inhumation politique provisoire », a-t-il aussi dit.

Cheikh Moussa SARR

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