1454924260930

DES AVIS DU GROUPE DE TRAVAIL DES NATIONS-UNIES Le Sénégal « sauvé » par l’Angleterre et la Suède

Entre les affaires Karim Wade et Julian Assange, fondateur de Wikileaks, il n’y a apparemment aucun lien. Ils ont, cependant, la particularité d’être des cas soumis au Groupe de travail des Nations-Unies avec avis défavorable contre les États sénégalais, britanniques et suédois.

Si, en effet, au Sénégal, les autorités n’ont pas officiellement pris position pour défier les Nations-Unies, préférant laisser la voie à ses avocats dans cette affaire, ce n’est pas le cas de l’Angleterre et de la Suède sur le cas Assange.

Le parquet suédois et le Gouvernement britannique ont clairement indiqué qu’ils n’ont que faire de cet avis qui est loin d’être contraignant. Cet avis n’a « aucune incidence formelle sur l’enquête préliminaire en cours dans le cadre de la loi suédoise », a indiqué le parquet suédois, chargé de l’enquête sur des accusations de viol lancées par une Suédoise en 2010. Ils maintiennent le mandat d’arrêt européen lancé contre Assange et sont prêts même à l’arrêter. Le parquet suédois et les autorités britanniques se sont empressés d’assurer que cette décision ne changeait rien à la situation.

Elle n’a « aucune incidence formelle sur l’enquête préliminaire en cours dans le cadre de la loi suédoise », a indiqué le parquet suédois, chargé de l’enquête sur des accusations de viol lancées par une Suédoise en 2010.

Ces magistrats souhaitent entendre l’Australien à l’ambassade d’Équateur à Londres, dont il n’est pas sorti depuis juin 2012. Ils ont lancé contre lui un mandat d’arrêt européen.

Ils sont même prêts à l’entendre au sein de l’Ambassade de l’Equateur où il s’est réfugié. Ils pensent, mordicus, que cet avis ne les lie pas.

Du côté des Britanniques, ils apportent une nuance de taille dans les déclarations du Groupe de travail faisant état du fait qu’Assange n’a pas été arrêté mais qu’il a délibérément choisi de se terrer à l’Ambassade d’Equateur à Londres. Ils ne démordent pas, cependant, sur leur intention de l’arrêter contre l’Avis du Groupe de travail qui non seulement parlé de « détention arbitraire » mais aussi de réparation du préjudice ainsi occasionné.

Des actes de défiance qui, manifestement, fragilisent les institutions onusiennes qu’ils ont pourtant aidé à mettre en place. Un comportement qui ne saurait être sans conséquence pour les Nations-Unies, ses institutions et son fonctionnement car si ces grandes démocraties se font fi des règles communes ainsi établies, cela va encourager les États plus fragiles dont le respect des droits de l’homme et des libertés individuelles est une quête permanente.

Il en est ainsi du Sénégal, un pays souvent cité pour le dynamisme de sa démocratie dans une sous-région de Républiques où les violations des droits de l’homme est permanente.

Malheureusement, dans des situations presque concomitantes, le Sénégal se retrouve avec un avis défavorable du Groupe de travail sur la détention de Karim Wade, fils de l’ancien président qui est sous le coup d’une condamnation définitive de 6 ans pour enrichissement illicite.

Avec cette nuance, cependant, que le Groupe de travail ne juge pas sa détention arbitraire mais la période de détention préventive qui a précédé le procès. Les Experts des Nations-Unies parlent, cependant, de « compensation » qui peut semer la confusion dans les esprits. Car, tout le monde sait qu’en droit sénégalais, la compensation est obtenue par la soustraction de la période de détention dans le calcul de la peine principale prononcée. Mais apparemment, les experts des Nations-Unies parlent de compensation financière ou, peut-être, de la possibilité de pourvoir à sa libération par des voies légales comme la grâce. Toutefois, ils ne sont pas assez précis. Ce qui a permis aux avocats de Karim d’expliquer que l’avis concerne toute sa détention, ce qui est manifestement une manipulation à ranger dans le registre de la bataille d’opinion.

Néanmoins, l’attitude du Parquet suédois et des autorités britanniques réconfortent le Gouvernement du Sénégal dans sa logique exprimée officieusement par un certain nombre de caciques du régime comme l’ancien Premier ministre, Mimi Touré, à savoir que l’avis ne lie pas le Gouvernement et que le jugement de Karim bénéficie de l’autorité de la chose jugée. Soit. Mais, il n’est pas concevable pour le Sénégal, encore moins pour les Britanniques et les Suédois de ne pas se conformer aux Avis des Nations-Unies. Ces actes de défiance ont des effets particulièrement corrosifs dans les relations internationales et les droits reconnus à tous d’être protégés dans l’exercice de leurs libertés fondamentales instituées dans la charte des droits de l’homme.

Le désir de poursuivre une personne ne doit nullement prévaloir sur le renforcement des institutions onusiennes dont la pérennité doit garantir la plénitude de l’exercice des droits pour tous.

Si, en effet, la Suède et la Grande Bretagne se comportent ainsi, cela réconforte les pays partisans de la réforme de la Cour pénale internationale (Cpi) ou la sortie des pays africains de cette institution qui ne juge que des africains.

C’est pourquoi, le Gouvernement du Sénégal peut faire amande honorable en acceptant de déclarer la période de détention préventive de Karim Wade d’arbitraire et en décidant de lui allouer une compensation financière. Ce qui ne veut nullement dire sa libération à moins que le Groupe de travail ne clarifie davantage sa position.

Quant à Assange, s’il décidait de sortir et de se faire arrêter, il pousserait les Gouvernements britannique et suédois à se mettre la communauté internationale sur le dos.

Assane Samb

Voir aussi

telechargement-6

INSECURITE ET SERIE DE MEURTRES Oumar fait … Maal aux Sénégalais

Le sang jaillit, coule et coule encore. Les esprits et les regards des citoyens sont …