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DES CANDIDATURES INDÉPENDANTES À TOUTES LES ÉLECTIONS Les partis politiques ont-ils failli à leurs missions ?

  • Date: 5 janvier 2016

Le projet de réforme proposé par le président de la République tendant à faire admettre les candidatures indépendantes à toutes les élections est salué par nombre de citoyens. Il cache cependant un malaise lié notamment à la nécessité de la rupture de l’hégémonie des partis politiques par rapport à l’investiture des différents candidats aux élections.
Le monopole qu’exerce les partis politiques en matière d’élections a poussé nombre de candidats aux locales de 2014 par exemple à chercher la tutelle de leaders politiques avec lesquelles ils n’ont pas forcément des affinités. Le jeu a été tellement incohérent, qu’il suffisait de convaincre le détenteur d’un récépissé d’un parti de se le faire prêter pour pouvoir présenter des listes majoritaires et proportionnelles dans la zone visée.
Une situation qui va changer avec l’admission des candidatures indépendantes à toutes les élections si jamais la réforme était adoptée.
Car, faudrait-il le préciser, ils sont nombreux les Sénégalais à ne pas se reconnaitre dans la manière de fonctionner des partis politiques. Au point d’ailleurs de voir naitre des partis politiques qui se disent d’abord mouvement citoyen. Autrement, avec une telle réforme, les mouvements citoyens déjà très nombreux, pourraient présenter leurs candidats sans devoir passer par la bénédiction d’un parti politique. Il en est de même de tout citoyen qui en ressent le besoin.
Une situation qui dénote d’un malaise créé par les partis qui semblent avoir, à bien des égards, failli à leurs missions.
Du fait de la loi, un parti politique est une association dont l’objectif est la conquête du pouvoir. Il a aussi un rôle très important d’encadrement et de formation de ses militants d’où la mission de service public des partis qui sont pourtant des associations de Droit privé.
Toutefois, à la pratique, il est aisé de se rendre compte que ces formations politiques assument mal leurs rôles. Pour multiple raisons dont l’abandon des idéologies de référence, l’absence de démocratie interne, le culte de la personnalité des leaders, le rôle de bon Samaritain de ce dernier à l’égard des militants, le manque de formation, la culture de la politique-spectacle et d’intérêts personnels des dirigeants et militants, la diabolisation systématique de l’adversaire, le manque de débat d’idées, les injures publiques, etc.
La politique est devenue, aujourd’hui, un moyen d’ascension sociale très rapide d’où la situation très convoitée des partis. On y entre et y ressort sans conviction aucune. Encore moins de scrupule. Cette race de politiciens dits « professionnels » fait légion. Aucun parti n’est à l’abri. Tous, y compris les plus faibles, connaissent des phénomènes de départs et même de scissions en interne du fait de calculs liés aux intérêts des uns et des autres.
On parle de transhumance quand l’attrait du parti est lié à l’exercice du pouvoir par ce dernier. Là, le phénomène connait des proportions exacerbées. Les gens arrivent pour diverses raisons comme l’acquisition d’un poste, de marchés, la peur de poursuites, etc.
Du coup, nombre de Sénégalais ressentent une forme d’aversion à l’égard de la politique et des politiciens. Ils se tiennent à l’écart de telles batailles de clochers a objectivement bassement matériels faisant perdre au Sénégal des compétences importantes dans tous les domaines. Ces derniers aimeraient, de ce fait, pouvoir participer à la vie politique de la Nation sans passer par les partis. Se rendre utiles aux temps des élections et retourner tranquillement à leurs occupations quotidiennes sans être estampillés du sobriquet de « politiciens ». Les journalistes qui, par exemple, ont eu à présenter des listes en 2014 ont vite été catalogués « politiciens » sans qu’ils ne soient forcément de cette corporation.
Eh bien, les candidatures indépendantes pourraient être la solution, une aubaine pour ces citoyens déçus.
Mais la consécration de celles-ci ne sera pas sans risque. Il est notamment lié au trop grand nombre de candidatures indépendantes qui pourraient être enregistrées. Si les vannes sont ainsi ouvertes, même ceux qui n’étaient pas intéressés pourraient s’impliquer. D’où la nécessite de garde-fous. Ces derniers pourraient épouser deux formes : Le nombre de signatures à exiger et la caution.
Si la première exigence s’impose pour écarter les candidatures fantaisistes, la seconde n’est pas sans danger. En effet, après le trop grand nombre de candidatures aux locales, le ministre de l’Intérieur, Abdoulaye Daouda Diallo, sans doute exaspéré par les frais occasionnés pour ses services, avait agité l’idée de caution pour les prochaines locales. Or, la caution pour la présidentielle est déjà fixée à 65 millions F Cfa non remboursable si le candidat n’atteint pas les 5%. Ce qui est pourrait être très dissuasif mais porte le risque du règne de l’argent. En clair, ce seront ceux qui auront les moyens et pas forcément les compétences qui verront leurs candidatures retenues. Or, avec l’affaire Lamine Diack, les Sénégalais sont davantage édifiés sur les origines parfois douteuses des fonds de la politique. Il s’y ajoute la prise en otage possible de notre démocratie par des lobbys et même par des forces obscurantistes. Déjà, on a du mal à connaitre l’origine de l’argent des partis politiques malgré les exigences de la loi sur la transparence des entrées de fonds. Eh bien, il sera beaucoup compliqué de contrôler les fonds d’un simple citoyen à qui la loi donnerait le droit de se présenter à des élections. Mais surtout de savoir pour qui il travaille. On l’a vu avec la lutte sénégalaise où les cachets sont allés jusqu’à 500 millions sans attirer l’attention des services compétents. Aujourd’hui, les promoteurs de lutte ont du mal à payer 50 millions…
On peut aussi se demander si avec une telle réforme, les partis politiques sont menacés de disparition. Pas forcément. Cependant, ils seront en perte de vitesse dans un contexte de rationalisation et de modernisation comme le recommande le président de la République et le ministre de l’Intérieur. Il est préférable que seuls les partis politiques dignes de ce nom soient maintenus. Ces derniers sont d’autant plus importants qu’ils jouissent d’une expertise en matière d’élections que n’ont pas les candidats indépendants. Les « Monsieur Élections » des partis politiques aident les différents candidats à confectionner des listes et à déposer les dossiers, dans les délais, sans être forclos. Rappelez-vous que durant les locales 2014, la liste Apr de Guinaw Rail avait été rejetée pour forclusion. C’est dire que l’entreprise n’est pas facile et que les partis politiques, quels que soient leurs défauts, sont mieux préparés que les citoyens « apolitiques ». Même si, par ailleurs, la compétence s’acquiert à la pratique et que cela ne saurait être un obstacle à une reforme souhaitée par tous.

Abdoulaye Diop

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