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Des marabouts pour sortir les mendiants des rues au Sénégal

Les autorités sénégalaises ont sollicité l’aide des influents dignitaires religieux de ce pays musulman modéré pour renvoyer sur les bancs des écoles les milliers d’enfants des écoles coraniques qui se livrent à la mendicité dans les rues des grandes villes. De très nombreux petits Sénégalais sont scolarisés dans les « daaras » (écoles coraniques, en wolof) pour finir en guenilles, pour des milliers d’entre eux, dans les rues où ils quémandent parce que leurs parents n’ont plus les moyens de financer leurs études.

Source : Reuters

Ou, deuxième cas de figure, parce qu’ils sont exploités par des maîtres, appelés « marabouts » au Sénégal, parfois peu scrupuleux et qui voient en eux une source de revenus et une main d’oeuvre gratuite.

Mardi, responsables politiques, bailleurs de fonds étrangers et organisateurs ont rencontré dans une mosquée des dignitaires musulmans ainsi qu’El Hadj Ibrahima Diop Momar Marième, grand Serigne de Dakar et chef de la plus ancienne communauté de la capitale, les Lebou.

Cette délégation entreprendra ensuite une tournée de sensibilisation de cinq jours à travers le pays.

« Il y a des ‘daaras’ où ceux qui enseignent le Coran sont sans le sou, tout comme les parents. Les enfants n’ont alors pas d’autre choix que de se livrer à la mendicité », explique Ababacar Laye Basse, qui enseigne dans une école coranique et participe activement à cette campagne contre l’exploitation des enfants.

« Mais il existe un phénomène nouveau où des enfants, originaires parfois des pays de la sous-région, sortent pour mendier au grand jour. Ils sont exploités, ils ne reçoivent pas d’enseignement », ajoute-t-il après s’être adressé à un auditoire d’hommes en boubous blancs ou de couleurs chatoyantes.

100.000 PETITS MENDIANTS, SELON L’UNICEF

La délégation, qui va se rendre dans une dizaine de localités en province, comprend dans ses rangs des délégués de la Banque mondiale et de l’Unicef au Sénégal.

Pour le Fonds des Nations unies pour l’Enfance, le Sénégal comptait en 2004 pas moins de 100.000 petits mendiants des rues, pour la plupart dépendant de « daaras », et qui portent le nom de « talibes » – soit près d’un pour cent de la population totale.

Une étude en cours jettera vraisemblablement un nouvel éclairage sur les raisons qui poussent des milliers de petits Sénégalais en haillons, parfois âgés de seulement trois ans, à tendre la sébile en slalomant dangereusement entre les voitures dans les embouteillages monstres de la capitale.

Beaucoup sont incapables de prononcer en français autre chose que deux mots: « cent francs », soit 100 FCFA ou l’équivalent 20 cents américains, le montant de l’aumône demandée.

Les « daaras » sont une institution multiséculaire au Sénégal, où envoyer ses enfants à l’école coranique est une tradition bien enracinée chez les familles.

Selon l’islam modéré très largement pratiqué au Sénégal, la mendicité était jadis considérée comme un exercice d’humilité.

Aujourd’hui, cette pratique est parfois dévoyée, devenant pour certains une sorte de couverture pour exploiter financièrement la jeunesse déshéritée.

Ces dernières années, le problème s’est aggravé du fait de la mobilité croissante, de la rébellion séparatiste en Casamance et de l’insécurité dans les Etats voisins du Sénégal.

Le président Abdoulaye Wade, réélu en février à la faveur d’une élection jugée truquée par ses adversaires politiques, a apporté son soutien à cette campagne de sensibilisation visant à chasser les petits mendiants des rues. Il a dépêché un représentant pour soutenir les organisateurs.

Wade, un musulman formé dans les meilleures universités françaises, s’est lancé dans un vaste programme de travaux publics (routes, hôtels, nouvel aéroport) pour, notamment, donner « un coup de jeune » aux infrastructures du Sénégal avant le sommet de l’Organisation de la conférence islamique prévu en 2008 à Dakar.


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