2 octobre, 2014
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DEVALUATION DU FRANC CFA ANNONCEE SUITE A LA CRISE DE L’EURO : L’Idep repose le débat

DEVALUATION DU FRANC CFA ANNONCEE SUITE A LA CRISE DE L’EURO : L’Idep repose le débat

Le débat sur une éventuelle dévaluation du franc Cfa suite aux crises économiques et monétaires notamment celle de l’euro, se pose avec acuité. Pour apporter un éclairage, l’Institut Africain de Développement Economique et de Planification (Idep), à l’occasion de son 2ème séminaire de l’année 2012 qui se déroulera le mardi 10 avril prochain à son siège à Dakar, a convoqué la réflexion autour de l’instabilité financière internationale et le franc CFA.
« Le franc CFA court le risque d’une nouvelle dévaluation si l’euro (la monnaie ancre) devait durablement rester à son niveau actuel, d’autant qu’aucune disposition ne permet jusque-là aux pays de la zone franc africaine d’influer sur le cours de leur monnaie en fonction des performances de leurs économies. Le problème de la souveraineté monétaire des pays de la zone franc pourrait donc, dans un proche avenir, se poser concomitamment à celui de la compétitivité de leurs économies ».

C’est autour de cette problématique que l’Idep va poser le débat lors de son 2ème séminaire annuel sur l’instabilité financière internationale et le franc Cfa. Pour l’occasion, elle a commis l’expertise du Professeur Albert Ondo Ossa, Agrégé en Sciences Economiques et de Gestion. Ce Professeur à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de Libreville et Directeur du Laboratoire d’Economie Appliquée de l’Université Omar Bongo et ancien Ministre de la Recherche Scientifique et du Développement du Gabon, dans sa communication dont le résumé nous est parvenu, explique que « Dans les pays en développement plus spécifiquement, l’instabilité économique et politique, ainsi que la fragilité des systèmes bancaire et financier accroissent le risque d’y investir, en ce sens que les gains potentiels liés aux échanges intertemporels de capitaux ne se réalisent que si les prêteurs sont confiants quant aux possibilités de remboursement ». Sinon, précise t-il, « l’emprunteur court le risque d’une crise de la dette souveraine (on parle de défaut), qui intervient lorsqu’il se trouve dans l’incapacité d’honorer son contrat, en termes de paiements des intérêts ou de remboursement du principal ».

A l’en croire, le pays emprunteur perd alors tout accès aux sources de financement étrangères, ce qui conduit à une forte contraction du produit intérieur, de l’emploi et du solde courant. « Il est ainsi contraint, d’une part, à un solde courant nul car aucun prêt ne peut plus lui être accordé et, d’autre part, à accroître ses exportations nettes pour permettre le remboursement des prêts contractés auparavant ». Pour lui, « la crise de la dette peut être suivie d’une crise de la balance des paiements (en cas de parité fixe), qui survient lorsqu’un pays utilise ses réserves de change pour rembourser des prêts à court terme, et d’une crise bancaire (course aux dépôts), les trois crises pouvant être intimement liées et se renforcer mutuellement (effet boule de neige)».

Marge de manoeuvre

S’agissant précisément des pays membres de la zone franc africaine, dont la monnaie est le franc CFA, souligne M. Albert Ondo Ossa, la hausse de l’euro sur le marché des changes et particulièrement par rapport au dollar suscite des interrogations, en raison de ses effets sur la situation économique de chaque pays membre. « On relève que, depuis 2004, la valeur de la monnaie européenne n’a cessé d’augmenter face au dollar. Or, les pays de la zone franc africaine importent principalement d’Europe et exportent en Europe.

La hausse de la monnaie européenne par rapport au dollar (principale monnaie de libellé de leurs exportations) affecte donc nécessairement leurs économies, en raison de la parité fixe entre l’euro et le franc CFA ». A l’en croire, trois types de conséquences en découlent, relativement à leur compétitivité, à leur situation budgétaire et financière et à leur dette. Par rapport à la compétitivité, « la part de marché des pays de la zone franc étant faible aussi bien pour le pétrole que pour les autres produits exportés, l’effet négatif de l’instabilité financière en est nécessairement amplifié. Il en est de même pour leurs importations qui proviennent essentiellement d’Europe et sont libellées en euro ».

D’après lui, l’arrimage à une monnaie forte ne semble donc pas être de nature à favoriser le développement, comme on l’a constaté en Argentine où le peso, lié au dollar américain jusqu’à la fin des années 90, n’a pas permis de booster l’économie argentine. Par rapport aux conséquences budgétaire et financière, note le Pr, « étant donné leur structure économique, fondée essentiellement sur le commerce de matières premières et caractérisée par un faible niveau d’industrialisation et des échanges intra-africains, la forte valeur de l’euro ne permet pas d’améliorer la situation financière des pays de la zone franc qui, la plupart du temps, élaborent leurs budgets sur la base des prévisions de recettes. Dans ces conditions, l’exécution du budget devient un exercice périlleux face à la volatilité du cours de l’euro ».

Il avance en outre que « les pays de la zone franc connaissent un endettement chronique qui obère les marges de manœuvre des politiques budgétaires et donc du financement de la croissance par l’Etat, en ce sens que l’arrimage de leur monnaie (le franc CFA) à un euro fort (aujourd’hui) les prive des ressources financières nécessaires pour le remboursement de la dette, puisqu’ils sont soumis à ce que B. EICHENGREEN et R. HAUSMANN (1999, 2005) qualifient de « péché originel », autrement dit leur incapacité à emprunter dans leur propre monnaie ».



Bacary Dabo

Source Sudonline.sn