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Devoir d’excellence (Par Vieux Savané)

 A part quelque 3 ou 4 ministres connus pour leur expertise et leur engagement au service de l’Etat et des populations, que dirent des autres ? Faudrait-il encore les connaitre tellement ils sont ternes. Ne parlons pas des secrétaires d’Etat et autres…
 Personne n’a dit que le Consul de Marseille n’était pas un homme bon, serviable, affable et tutti quanti. Qu’il ait ou non toutes ces qualités ne saurait cependant éluder ce pour quoi il a été mis sur la sellette, à savoir des frasques à lui prêtées par la police française dénonçant un comportement inconvenant qu’elle n’a pu sanctionner du fait du statut diplomatique du présumé coupable. Et justement parce que leur pays a été opposé à la police, les autorités sont soumises à l‘impérieuse nécessité de s’informer et d’informer  les Sénégalais de ce qu’il s’est réellement passé.

Différentes versions ont été certes émises, aussi  nous revient-il d’attendre que les autorités nationales établissent la bonne avant de se prononcer en toute responsabilité. Il leur reviendra de fustiger la police française auprès du Quai d’Orsay en cas de racisme flagrant ou alors de sanctionner le haut fonctionnaire en cas de comportement inapproprié. En tous les cas on ne saurait faire comme si de rien n’était.

Et rien pendant ce temps ne saurait justifier la cacophonie diplomatique en cours à Marseille encore moins celle gouvernementale qui bat son plein actuellement, opposant de manière indécente le chef de la Diplomatie sénégalaise à son Secrétaire d’Etat, sans qu’on entende l’autorité suprême mettre de l’ordre, faisant plutôt mine de ne rien voir ni entendre. Une telle posture d’évitement laissera forcément des traces sur le corps social qui a besoin d’être secoué pour être rangé dans les starting-blocks de  l’émergence.

Comment en effet appeler au travail  si tout un chacun peut se permettre n’importe quoi. Comment appeler à la discipline du chauffeur du taxi ou de Ndiaga-Ndiaye prenant souvent des risques avec le code de la route dans sa quête de clientèle ? Comment appeler à la rigueur du policier, du fonctionnaire en mission de service public,  quand tous et toutes constatent qu’au plus haut sommet de l’Etat règne l’indiscipline sans aucune once de sanction ?  Ainsi un ministre des Transports avait-il retardé  le vol d’un avion de ligne kenyan parce qu’il refusait d’éteindre son portable malgré l’invite pressante du personnel de bord. Et suprême désinvolture il avait menacé de représailles cette compagnie aérienne sur le territoire national. Un autre de ses collègues s’était permis de renvoyer de son bureau comme des malpropres, des fonctionnaires de la Cour des Comptes en mission de contrôle. Et dans le saint des saints, dans les couloirs de la présidence de la République bruissent des confidences rapportant des esclandres et des batailles de positionnement parfois musclés entre proches collaborateurs.  Et l’on passe. Alors dans ces conditions quel crédit accorder à  l’appel à l’excellence lancé par le chef de l’Etat jeudi dernier lors de la distribution des prix du Concours général ?

L’excellence assurément est antinomique au laisser aller et au laisser faire. Elle ne peut se revêtir de ses beaux atours lorsqu’elle se débat dans les mailles du  filet de  l’indiscipline. On ne peut accéder à l’excellence sans la discipline,  la rigueur, l’effort sur soi même. L’excellence c’est aussi mettre l’homme et la femme qu’il faut à la place qu’il faut surtout lorsqu’on a la chance d’habiter un pays comme le Sénégal dont les ressources humaines sont appréciées un peu partout dans le monde.  Mais que nenni !  A part quelque 3 ou 4 ministres connus pour leur expertise et leur engagement au service de l’Etat et des populations, que dirent des autres ? Faudrait-il encore les connaitre tellement ils sont ternes. Ne parlons pas des secrétaires d’Etat et autres ministres conseillers nommés à tire-larigot  et rarement sollicités. Ce n’est pas s’engager dans l’excellence en empruntant un tel chemin. Paradoxalement pendant ce temps, les choses bougent et sont annonciatrices d’une aube nouvelle en Afrique.

Le nouveau président nigérian Muhammadu Buhari ne touchera que la moitié du salaire (un peu plus de 41millions FCFA y compris les indemnités) perçu par son prédécesseur Goodluck Jonathan. Cette annonce a été faite au moment la première puissance économique africaine et premier producteur de pétrole du continent, fait face à une situation très difficile en raison notamment de la chute des cours mondiaux du pétrole, principale source de revenus du gouvernement du pays. Cette initiative semble également vouloir inciter les députés, dont la rémunération a suscité l’indignation de l’opinion publique, et les gouverneurs des États à faire de même.
Près de 4 ans après la crise postélectorale d’octobre 2010 la Côte d’Ivoire a repris le chemin d’un développement durable. Amorcé en 2012, le nouvel élan économique de la Côte d’Ivoire s’est confirmé en 2014 avec un taux de croissance estimé à 8.3 % et la croissance devrait rester robuste en 2015 et 2016.

Vingt-et-un ans après le génocide de 1994, les témoins de la croissance sont au vert au Rwanda. Une inflation maîtrisée aux alentours de 5 % et des réserves financières qui permettent au pays des Mille Collines de lancer de grands projets d’infrastructures. Sur 189 pays, il est classé 46e dans le classement Doing Business 2015 établi par la Banque mondiale. C’est le second pays d’Afrique subsaharienne après l’Ile Maurice.

Au Cap Vert, au Ghana, l’ancrage démocratique est de plus en plus une réalité de même que la lutte contre la corruption  et pour la bonne gouvernance.

Ce que tous ces pays nous disent, c’est qu‘en dépit de la colonisation, de l’esclavage, des guerres civiles dont nul ne peut faire l’impasse, il demeure par conséquent nécessaire que tout en gardant sur soi les brûlures d’une histoire douloureuse que l’Afrique se recentre sur elle-même et participe au banquet des valeurs universelles en apportant la singularité et la particularité de ses manières de faire, sans ressentiment, osant panser ses plaies et  bâtir un nouvel avenir. Ce qu’ils nous disent c’est qu’il possible de transformer positivement son pays lorsqu’on s’engage dans les faits à le servir plutôt qu’à se servir.

Aussi, à quelques encablures de la prochaine élection présidentielle alors que des voix commencent à se faire entendre dans la touffeur hivernale,  urge-t-il de rappeler que rien de grand ne saurait se faire sans ce devoir d’excellence.

Sud Quotidien

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