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Dialogue national La tournure donne raison à Gackou, Pape Diop et Idrissa Seck

Le dialogue est, au Sénégal, un signe identitaire. Il y est la semelle de la stabilité politique. Tous les chefs d’État qui se sont succédé ont eu en user par nécessité. En le convoquant, le 28 juin, Macky Sall a ainsi reçu des réponses positives de membres de la classe politique, de la Société civile et de guides religieux. Mais, le Président Pape Diop de CD/BGG, Malick Gackou du GP et Idrissa Seck de Rewmi se sont vite singularisés par un rejet de ce qu’ils ont identifié à une « comédie ». Les récents actes posés par le régime, renseigne bien que Macky Sall avait d’autres objectifs que de créer une dynamique unitaire au moyen d’un dialogue ouvert, inclusif et capillaire. C’est ce que Pape Diop, Gackou et Idy avaient dit et la tournure des événements leur donne finalement raison.

La situation politique sénégalaise est normale et ordinaire. Le pouvoir détenu par Macky Sall gouverne. L’opposition s’oppose. Seulement, les antagonismes sont étroits. Des enjeux électoraux, ceux des Législatives, pointent, à l’horizon. Or, le champ politique n’est ni bipolaire, ni tripolaire. Il est disparate et est animé par des mastodontes dotés d’un sens aigu de l’observation et de l’appréhension.

On y compte Abdoulaye Baldé, Khalifa Sall, Malick Gackou, Pape Diop et Idrissa Seck, entre autres. Et les trois derniers cités connaissent Macky Sall mieux que quiconque. Ils l’ont pratiqué. C’est naturellement qu’ils arrivent toujours à déchiffrer la géographie secrète de ses intentions.

Quand Macky Sall a fait un revirement sur sa promesse de faire un quinquennat au lieu d’un septennat, Pape Diop a réagi spontanément sans réplique : « C’est un habitué des faits ! ». Et le rétroviseur du parcours de celui-ci ne le dément pas trop.

Pape Diop a vite rejeté l’appel au dialogue, du 28 juin 2016, considérant que « c’est une farce ». La remise des cartes d’invitation a été triée. Des acteurs incontournables ont été volontairement exclus. Le format et le contenu n’ont point été définis. Alors, il en conclut : « Rien d’intéressant ne sortira de cette rencontre ». Et pour cause !
Aujourd’hui, tout pue une manipulation dont la finalité est une atténuation du problème qui oppose Macky à son ancien parti, le Pds dont l’embastillement du candidat proclamé, Karim, fils de Wade, aux généreuses largesses, fait l’objet de pressions nationales et internationales. Tous les actes immédiats posés après le 28 juin tendent à un dégel.

Idrissa Seck en rigole. « Comprendre enfin après quatre ans d’exercice du pouvoir est un mérite. Comprendre que la charge du Sénégal est trop lourde pour ses épaules est un mérite », dit-il avant d’avouer que les points du dialogue et les modalités ne sont pas à son goût.

Cette lecture du dialogue le rapproche de Malick Gackou du GP qui a considéré très tôt qu’il « ne respecte pas les formes d’une concertation inclusive et constructive (…). Il ne permet pas de discuter sans ambages de l’état de la Nation et de ses perspectives de prospérité en harmonie avec notre système de valeur ».

L’histoire donne ainsi raison à Gackou et à Pape Diop : les Sénégalais sont hébétés à la vue de la tournure que prend la suite de ce dialogue national avec les actes biscornus posés par le régime. Tout renvoie à une coterie de légitimation d’un rapprochement entre Macky Sall et Wade dans la perspective d’un apaisement de leurs relations tendues par une libération de Karim Wade.
Seulement, une importante majorité du Pds ne se retrouve pas dans cette fin de réaction qui ne dit pas son nom.

Le zigzag politique de Macky vite découvert

Macky Sall a bien calculé. Avec intelligence, il a choisi la veille de l’anniversaire de Wade pour tenir son dialogue et l’appeler le lendemain pour lui exprimer une affection, ce qu’il n’a jamais fait auparavant. En médiatisant cet insolite appel téléphonique, il œuvre à donner aux observateurs qui le prennent pour un homme rancunier l’image d’un guide de dépassement qui sait aboutir à un dégel. Et la suite de cet appel est d’abord la liberté provisoire et la liberté conditionnelle accordées à des co-accusés de Karim Wade en attendant, ensuite, son tour.

Le dialogue national n’a ainsi vécu que le temps facétie. Il a d’ailleurs peu intéressé les Sénégalais qui comprennent de plus en plus qu’ils sont pris par la classe politique, particulièrement celle qui tient le pouvoir, comme des marionnettes attachées au bout de cordes conspiratrices d’intentions sournoises.

La constance de Pape Diop

Comme Idrissa Seck, Pape Diop n’est prêt à aucun compromis avec Macky Sall. Il l’a précédé dans l’arène politique et l’a devancé dans le champ libéral. Ancien Maire de Dakar, ancien Président de l’Assemblée nationale, puis du Sénat, Pape Diop a du respect pour Macky Sall mais n’est jamais prêt à se singulariser à son égard par une logique politique de subordination. « On ne s’engage pas en politique et mener un combat pour soi ou pour une personne mais pour un idéal », ne cesse-t-il de dire.

C’est pourquoi, il refuse de participer, dit-il, à une « farce ». Pour lui, dialoguer c’est « poser sur la table tous les sujets qui cernent et concernent le Sénégal sans rien négliger et avoir le courage et l’honnêteté d’aborder même les questions qui gênent. C’est accepter une plateforme intégrale et inclusive sur tout ce qui relève directement de l’intérêt national et non de celui de groupes partisans ou de clans ». Cette position a toujours été la sienne. Un universitaire, spécialiste en Sciences politiques avoue même que sa participation à ce dialogue l’aurait d’ailleurs surpris.

En vérité, Pape Diop qui connait la nature du jeu politique et les exigences des Sénégalais refuse systématiquement de compromettre son action politique par des revirements et des vicissitudes préjudiciables à sa ligne.

Malick Gackou, tout sauf un compromis

Sa position face au dialogue est aussi sans surprise et sans équivoque. Rien ne l’a semblé convaincant pour y participer. Comme Pape Diop et Idrissa Seck, il est déterminé. Son combat est double : montrer l’extinction irréversible de la force du patriarche Niasse qui s’effrite crescendo, et mener contre Macky Sall un combat de génération et de vision politique, advienne que pourra. Non seulement il déserte son ancien parti, l’AFP, mais il élargit les bases de toute l’opposition en ébranlant les piloris de la majorité.

Sa stratégie est identique à celle de Pape Diop. Le leader de la CD/BGG n’est presque jamais à Dakar. Sa politique de terrain et de proximité prend le dessus. C’est d’ailleurs hors de la capitale qu’il a déclaré son refus de participer à une farce après avoir échangé avec les responsables de son parti emboitant le pas aux mastodontes politiques qui mettent Macky Sall en permanent état de veille.

Comme Idrissa Seck, Pape Diop n’attaque pas seulement Macky. Il le démasque et finit toujours, devant les atermoiements de celui-ci, par avoir raison. Ce qui se passe entre le dialogue dit national et les actes de dégel du conflit opposant Macky, Wade et Karim qui s’y invite inopinément en est une parfaite illustration.

Papa Ndiaye

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