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Disparition de Victor Démé Le chanteur burkinabè s’apprêtait à revenir avec un troisième album

 Secoué par de nouveaux troubles politiques, le Burkina Faso vient de perdre un de ses artistes les plus talentueux et attachants : ce lundi 21 septembre, Victor Démé a été emporté par une crise de paludisme. Auteur de deux albums, le chanteur avait prévu de remonter bientôt sur scène, en France, avec de nouvelles chansons.
 « Je ne pouvais pas me débarrasser de la musique. Vraiment pas. Et quand j’ai compris qu’en réalité Dieu aime la musique, je me suis dit que ma famille m’avait mis en retard. » C’est ainsi que Victor Démé expliquait, en 2008, son éclosion artistique tardive, alors que son premier album venait de sortir sur le marché. A 46 ans, celui qui évoquait sans détour ses années de « galérien » pouvait enfin tenir dans ses bras sa propre guitare, offerte quelques mois plus tôt. Quand il la prenait, la regardait, la touchait, on comprenait qu’il s’agissait bien plus que d’un simple instrument. Est-ce la casquette, ce visage sur lequel se devine certaines épreuves de la vie, cette simplicité qui semble être leur quotidien ? Toujours est-il qu’une forme d’analogie pouvait se faire jour avec le Malien Boubacar Traoré, auquel fut consacré le documentaire Je chanterai pour toi. Comme lui, avec pragmatisme, Victor a d’ailleurs pu vivre grâce à ses activités de tailleur pendant toutes ces années où sa carrière en tant que chanteur ne lui permettait pas d’entrevoir une meilleure fortune.

Né en 1962 dans une Haute-Volta (aujourd’hui Burkina Faso) qui avait recouvré son indépendance depuis peu, originaire de Bobo-Dioulasso située au sud-ouest du pays, il grandit entre les chants traditionnels de sa grand-mère maternelle, qui anime les cérémonies, et la musique de l’époque qu’un de ses jeunes oncles passe ses weekends à écouter, qu’elle soit cubaine, française, zaïroise… Le jeune garçon qui interprète les succès de l’époque pour quelques piécettes fait ses vrais débuts à Abidjan. Il est venu dans la Côte d’Ivoire voisine pour travailler à l’atelier de couture de son père, mais fréquente les cabarets et finit par se retrouver aux chœurs dans la formation Super Mandé d’Abdoulaye Diabaté, un des nombreux artistes maliens expatriés dans cette ville où règne alors une effervescence culturelle.

Révolution intérieure

Quand il retourne s’installer au Burkina, en 1988, la formation Echo del Africa, avec laquelle il a pris l’habitude de chanter chaque fois qu’il est de passage, n’existe plus. D’autres collaborations avec des groupes réputés à l’échelle du pays suivront. Celle avec le Suprême Kombemba lui permet de remporter un concours local avec la chanson Maga Fara. Et de repartir avec une mobylette, plutôt que le billet pour Paris auquel il pouvait prétendre. Comme s’il ne pouvait complètement se détacher de la pression exercée par une partie de son entourage paternel : « Ce sont de grands musulmans. Ils disaient : un chanteur ne verra pas le royaume de dieu. Ça me faisait peur », expliquait Victor – un prénom adopté en 2001, après savoir fait sa révolution intérieure et s’être converti au catholicisme.

L’artiste n’était pas loin d’avoir définitivement abandonné ses rêves, au moment où il a fait la connaissance d’un jeune Français, Camille Louvel, arrivé à Ouagadougou avec des projets musicaux en tête. Leur collaboration se concrétise par un premier disque sur lequel le charme opère instantanément, quelque part entre la musique mandingue, telle que la pratique Salif Keita ou Mory Kanté (des chanteurs dont il s’est beaucoup nourri), le blues et les influences latines. Le voilà catapulté dans le circuit des musiques du monde. « Ça tombe bien. Avant, je chantais mais je n’avais rien à dire. J’avais des compositions qui n’étaient pas mures », analysait-il avec sagesse. En 2010, un second album, intitulé Deli, dont la pochette le montrait d’un coté avec sa guitare et de l’autre avec sa machine à coudre, lui donnait l’occasion d’asseoir sa notoriété lors d’une tournée française d’une quarantaine de dates. Jusqu’à traverser les frontières des genres musicaux, grâce au duo électro Synapson, qui s’est emparé en 2013 de la chanson Djôn Maya, figurant sur le premier CD, pour en faire un remix largement diffusé sur les ondes. Une version au tempo plus soutenu, mais fidèle à ce que dégageait Victor Démé, avec douceur et cette douleur blues.

Rfi.fr

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