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Dites-nous… Francis JEAN (Directeur régional du groupe BOLLORE pour l’Afrique de l’ouest) : ‘La démarche de l’Etat doit conduire à l’émulation, mais pas à l’élimination’

La mise en concession du terminal à conteneurs du port de Dakar, dont Dubaï ports World est l’adjudicataire provisoire, ne doit pas conduire à une suppression de l’existant. Dans la deuxième partie de l’entretien qui suit, le directeur régional du Groupe Bolloré pour l’Afrique de l’Ouest estime que la démarche de l’Etat doit être plutôt orientée vers une émulation. M. Francis Jean revient aussi sur les investissements futurs du Groupe dont la parution d’un quotidien gratuit Matin Plus.

Source : Walf Fadjri
Wal Fadjri : Après l’adjudication provisoire de la concession du terminal à conteneurs, êtes-vous prêts à collaborer avec Dubaï ports World ?

Francis Jean : Nous l’avons évoqué tantôt. Nous sommes à la recherche d’une solution. Des solutions, elles doivent être de différents types. Elles peuvent être capitalistiques. Pour autant que nous puissions trouver dans un schéma des équilibres existant aujourd’hui. Elles peuvent être aussi techniques de par la mise en place de surfaces supplémentaires qui nous permettront de continuer à travailler sur le port de Dakar.

Wal Fadjri : Vous pensez donc que vous avez toujours de la surface dans la plate-forme portuaire, après la mise en concession du terminal à conteneurs ?

Francis Jean : Les surfaces liées au périmètre concédé représentent environ 20 % de la surface totale du Port autonome de Dakar. Il reste donc une part conséquente susceptible d’être exploitée et d’être mise en valeur dans le souci et dans la recherche de l’amélioration de la compétitivité du port de Dakar. Par certains aménagements, les outils et superstructures modernes permettent de capter de nouveaux flux.

Wal Fadjri : Dans un tel cas de figure, la position du port va-t-elle se renforcer davantage ?

Francis Jean : Ce cadre d’amélioration de la compétitivité du port est d’abord et avant tout le renforcement immédiat des positions du port de Dakar. Si une solution est trouvée, nous mettrons tout en œuvre pour que, dans les délais les plus brefs, tout cela puisse être opérationnel. Et si le port de Dakar se renforce dans ses capacités d’absorption de nouveaux volumes, c’est le port mais aussi l’Etat du Sénégal qui en profitent.

Wal Fadjri : Et pourtant, M. Bernard Laffont avait déjà commencé à décliner les investissements du Groupe Bolloré au Sénégal…

Francis Jean : Non, ça n’a jamais été le cas, au contraire. M. Laffont qui est le directeur général de l’Afrique, a beaucoup d’ambitions pour le Sénégal. Raison pour laquelle il a souhaité que le Sénégal abrite la direction régionale qui couvre les territoires qui s’étendent de la Mauritanie au Liberia. Dans l’esprit du Groupe, au regard de notre historique, Dakar doit continuer à occuper une place de premier plan au sein de notre réseau africain. Et Dakar doit demeurer notre pilier en Afrique et dans le monde.

Wal Fadjri : Apparemment, vous ne comprenez pas la question. Quand je dis décliner, cela veut dire dérouler une feuille de route des investissements du Groupe.

Francis Jean : Si tel est le cas, je vous renvoie donc à la réponse que je viens de donner. En somme, notre détermination et celle de notre personnel sont proportionnelles à notre attachement au Sénégal et à notre engagement à participer activement à l’évolution des infrastructures portuaires et logistiques en droite ligne avec la vision du chef de l’Etat. C’est ce que le directeur pour la région Afrique avait souligné récemment lors de la pose de la première pierre du siège social des activités maritimes du Groupe à Dakar.

Wal Fadjri : Il y a de cela trois mois, vous avez posé la première pierre de ce qui devait abriter toutes les activités maritimes du Groupe. Avec ce qui est arrivé aujourd’hui, n’y a-t-il pas de risques que tous ces projets soient gelés ?

Francis Jean : Nous sommes confiants et nous l’avons toujours été. Et suite à cette pose de première pierre, il faut savoir que là où d’autres auraient attendu de voir un tout petit peu quelle était l’issue de tous les dossiers en cours, nous avons démarré nos travaux et nous en sommes aujourd’hui au deuxième niveau. Et cela est visible partout. Dès que vous entrez dans le port, vous voyez le bâtiment, on en est au niveau deuxième. Et nous n’arrêtons pas. Nous continuons à bâtir. Parce que nous croyons au Sénégal et nous restons confiants. Nous avons tout fait en sorte qu’au sein de notre réseau africain, Dakar occupe une place de premier rang. Et que le Sénégal soit notre pilier en Afrique et dans le monde. Et nous restons dans la même dynamique.

Wal Fadjri : Le constat, c’est que le Sénégal est en train de défendre ses intérêts en voulant diversifier son partenariat à travers une ouverture aux autres. Qu’en pensez-vous ?

Francis Jean : Nous comprenons tout à fait que le Sénégal soit à la recherche de partenaires par rapport aux investissements et aux projets qui sont les siens. Mais, il est clair que tout cela doit conduire à l’émulation et non pas à l’élimination. C’est la raison pour laquelle, il n’y a pas d’incompatibilité, mais plutôt une réelle complémentarité pour attirer de nouveaux investisseurs, tout en préservant le cadre afin que ceux déjà présents puissent continuer à opérer. C’est la logique dans laquelle nous nous inscrivons. Mais en aucun cas, nous ne sommes opposés à ce que de nouveaux opérateurs viennent s’installer sur le port de Dakar. Je rappelle qu’il y a 45 manutentionnaires sur le port de Dakar.

Wal Fadjri : Quel est le montant total de votre offre financière dans le cadre du dossier d’appel d’offres pour la mise en concession du terminal à conteneurs ?

Francis Jean : L’offre financière comporte divers volets. Il y avait un ticket d’entrée, il y avait des redevances fixes et variables, et il y avait un montant d’investissements. Et nous avons largement communiqué sur ces chiffres. A titre d’exemple, le montant global peut être estimé à 385 milliards de francs Cfa représentant le droit d’entrée et les investissements, sans compter tout ce qui concerne les redevances fixes et variables.

Wal Fadjri : Mais l’appel d’offres ne se limitait pas uniquement à une offre financière, mais il y a aussi le volet technique. Et c’est là où vous avez été battu apparemment ?

Francis Jean : Au regard de notre historique, de notre expertise, une chose est certaine : c’est que notre capacité de faire ne peut être remise en question. Nous avons la capacité de faire, nous l’avons prouvé et nous le prouverons au quotidien. Sur le plan technique, je confirme les experts qui ont travaillé sur le dossier, que l’offre telle qu’elle a été présentée comportait toutes les qualités pouvant satisfaire les autorités portuaires et l’Etat du Sénégal.

Wal Fadjri : N’avez-vous pas l’impression qu’en faisant le lien entre la mise en concession du terminal à conteneurs et la réalisation du port du futur, le gouvernement sénégalais voulait aussi faire d’une pierre deux coups ?

Francis Jean : Nous avons abordé cette question tout à l’heure. Et comme je vous l’ai dit, les équilibres, les schémas et les stratégies commerciales sont différentes en fonction de ces deux projets. C’est la raison pour laquelle, les syndicats à l’époque avaient appelé au découplage. Néanmoins, ces deux projets ne sont pas incompatibles. Ils peuvent être complémentaires. Mais ils font appel à des équilibres qui sont différents. Pourquoi est-ce que les équilibres sont différents ? Tout simplement, par rapport aux volumes. Sur la zone qui est concédée, les volumes traités représentent 110 mille conteneurs par an. Les volumes sur lesquels l’adjudicataire provisoire s’est engagé, représentent près de 2 millions de conteneurs par an. C’est-à-dire 20 fois plus de ce qui est traité aujourd’hui, et en trois ans. La stratégie commerciale est différente, et les équilibres sont aussi différents. Raison pour laquelle nous avions appelé à l’époque au découplage de ces deux projets qui sont certes complémentaires, mais qui ne s’inscrivent pas sur les mêmes équilibres.

Wal Fadjri : N’avez-vous pas le sentiment que l’Etat sénégalais a une obligation de résultat en ce qui concerne la réalisation d’un grand projet comme le port du futur aussi ?

Francis Jean : Je considère que ces points ont été largement étudiés et analysés par l’autorité portuaire, puisqu’il s’agissait de facteur déterminant dans le cadre de l’adjudication provisoire. Cependant, en tant que professionnel, je considère que ces facteurs qualifiants sont très dynamiques puisque si nous reprenons, au regard des diverses déclarations qui ont été faites, les engagements en termes de délais, les premiers portiques opérationnels sur la darse 8 début 2008 et un port du futur opérationnel début 2011, il s’agit de délais très courts, très ambitieux que nous espérons voir tenus par l’adjudicataire.

Wal Fadjri : Pour qui connaît Dubaï, de par sa renommée de grand bâtisseur dans ce domaine, ne pensez-vous pas que ces délais seront respectés ?

Francis Jean : C’est tout ce que nous pouvons souhaiter, encore une fois, dans le cadre de la stratégie du port, dans le cadre de la stratégie des autorités. Il est clair que la seule chose que nous puissions souhaiter, c’est que les délais sur lesquels l’adjudicataire s’est engagé puissent être tenus et que le dynamisme du port de Dakar puisse être boosté par ces investissements.

Wal Fadjri : Quand on parle du groupe Bolloré, on pense souvent aux activités maritimes. Y a-t-il d’autres activités connexes que vous menez ?

Francis Jean : Les filiales du Groupe Bolloré, au Sénégal, sont multiples. Certes, on parle souvent de Sdv avec son activité maritime, mais il y a aussi une activité logistique avec tous les métiers satellites. Mais ce n’est qu’une partie de ce que le Groupe Bolloré peut faire au Sénégal. Le Groupe Bolloré, c’est aussi le métier de la pêche, ce sont aussi les agences de voyage, mais c’est surtout aussi, et ça c’est une volonté profonde du président sur un secteur difficile, le tourisme. Et ça, ce sont des choses qui sont faites dans l’ombre, mais les participations du Groupe Bolloré sur ce secteur-là ont quand même contribué à faire en sorte que nous sommes toujours numéro un sur ce secteur qui est aujourd’hui un secteur délicat. Et nous sommes toujours les leaders sur cette activité et nous entendons continuer notre partenariat et renforcer notre position sur ce secteur-là. Nous rappelons qu’il s’agit là d’une grappe privilégiée dans le cadre de la Stratégie de croissance accélérée. Une grappe privilégiée qui est regardée de façon très attentive par le chef de l’Etat aussi et sur laquelle il fonde beaucoup d’espoir dans le cadre du développement général. La détermination du Groupe n’est plus à faire sur le secteur du tourisme, mais nous avons de nombreux projets en réflexion et nous entendons continuer à développer nos activités sur ce secteur-là de façon très significative.

Wal Fadjri : Quelle appréciation avez-vous de la vision du président Wade à propos de la Stratégie de croissance accélérée ?

Francis Jean : Je dirais que notre première préoccupation est de nous inscrire en droite ligne avec la vision économique du président de la République, Me Abdoulaye Wade. Vision que nous avons toujours soutenue, partagée et qui est concrétisée au quotidien par nos actions, par notre implication aussi bien au niveau des activités maritimes. Mais aussi sur des activités où nous sommes leaders, comme les agences de voyage, le tourisme, mais aussi l’hôtellerie de loisirs. Avec pour préoccupation permanente de dynamiser les programmes sociaux qui sont en cours.

Wal Fadjri : Contrairement à certaines sociétés de la place qui soutiennent des activités sportives, on ne sent pas le Groupe Bolloré sur le terrain sportif par le biais du sponsoring.

Francis Jean : Nous avons évoqué tout à l’heure notre plus grand handicap à savoir notre discrétion. Mais je puis vous assurer que nous sommes présents sur énormément de choses et sans vouloir être exhaustif, je peux vous confirmer que nous sommes présents, par exemple, sur les disciplines automobiles, sur le judo, la voile, le football féminin, le hand ball, etc. Nous appuyons de façon conséquente, dans des budgets conséquents, les activités sportives et encore bien d’autres associations et bien d’autres œuvres au Sénégal.

Wal Fadjri : Au Sénégal, on sent nettement que Bolloré n’exploite que des activités qui sont plus rentables contrairement à une activité comme la presse que le président Bolloré a pourtant commencée à explorer sous d’autres cieux.

Francis Jean : Parmi les diverses sources de diversification du Groupe, effectivement il y a des vecteurs forts comme la télévision à travers Direct 8 (Télévision numérique terrestre ou Tnt), l’Institut de sondage Csa que Bolloré a repris depuis peu, la présence forte aussi au niveau d’Havas. Mais il s’agit là d’implications récentes. Par contre, il est de la préoccupation du Groupe aussi de faire en sorte que nous puissions étendre la présence sur des territoires, et il est clair que le Sénégal fera partie des priorités d’extension. Et puisque vous me posez la question, je peux vous livrer un scoop, puisque nous réfléchissons actuellement sur des schémas logistiques qui nous permettraient de diffuser dès la rentrée prochaine, le quotidien Matin plus sur le Sénégal.

Wal Fadjri : Ce quotidien sera-t-il vendu ou distribué gratuitement ?

Francis Jean : La particularité de Matin plus, c’est qu’il s’agit d’un quotidien gratuit. (Suite et Fin)


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