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Dites-nous…Saïd Raki (Ancien président d’Attijariwafa Bank Sénégal) : ‘Abdoul Mbaye a été choisi sur la base de sa compétence, et il n’y aura pas de plan social à l’ex-Bst’

Saïd Raki est ce qu’on pourrait appeler un banquier rompu. Ce Marocain a passé 30 ans de sa vie au service d’établissements financiers. Et c’est par lui que la fusion entre l’ex-Bst et Attijariwafa bank Sénégal, une filiale du Groupe marocain Attijariwafa s’est opérée. Revenant justement sur cette fusion, dans l’entretien qu’il nous a accordé, Saïd Raki explique les raisons, en même temps qu’il donne celles motivant le choix de Abdoul Mbaye, ex-Dg de la Bst, à la tête de la nouvelle banque.

Source : Walfadjri

Wal fadjri : Comment appréciez-vous la fusion entre la Bst et la banque, Attijariwafa bank Sénégal, dont vous êtiez le président ?

Saïd Raki : Il faut rappeler qu’avant de procéder à la fusion, Attijari avait lancé ses activités au Sénégal. Ce projet de s’installer au Sénégal m’avait été confié, il y a plus de deux ans. On avait le choix entre, soit créer une filiale, soit s’approcher d’une banque locale en rentrant dans le capital d’une banque qui existe. Finalement, nous avions, d’abord, opté pour la création d’une filiale et cela, pour plusieurs raisons. D’abord, la stratégie du groupe Attijariwafa bank consistait à ouvrir rapidement son accessibilité au Sénégal. De juillet 2006 à janvier 2007, nous avons pris le contrôle de la Bst. On s’est, ainsi, retrouvé avec deux banques : la filiale Attijariwafa bank et la Bst. Il était tout à fait normal et logique de rapprocher les deux entités et d’en faire une seule pour optimiser les ressources et les moyens. La fusion a été donc tout un processus et c’est une première au Sénégal. Fusionner deux banques, c’est un exercice assez complexe. Le groupe Attijariwafa bank est, lui-même, le fruit d’une fusion entre deux grandes banques privées marocaines, et le processus a duré près de deux ans. Il a fallu faire appel à plusieurs expertises pour faire aboutir le projet. Cette expérience nous a aidés et nous a permis de réaliser le rapprochement entre la Bst et Attijariwafa bank dans un délai record, en l’espace de 4 mois et demi.

Wal fadjri : En quoi consiste ce rapprochement ?

Saïd Raki : Ce rapprochement, ce n’est pas seulement adopter les mêmes couleurs, c’est dans plusieurs domaines. Il fallait d’abord obtenir l’autorisation des autorités monétaires à qui il fallait présenter un projet. Ensuite, il fallait choisir la forme juridique que la nouvelle banque devait prendre, c’est-à-dire opter pour une fusion-absorption ou un apport d’actifs. Il fallait donc choisir le mode le plus pratique et le plus facile, mais aussi rapide à réaliser. Au niveau de l’aspect, il a fallu analyser également les pratiques des deux banques, leurs différences et faire un choix sur un mode de gestion des ressources humaines sans qu’il y ait une perte quelconque ou une régression au niveau des avantages.

Wal fadjri : Autrement dit, il n’y aura pas de plan social ?

Saïd Raki : Je vous assure tout de suite qu’il n’y aura pas de compression. Le plan de développement stratégique du groupe, au Sénégal et dans la sous-région, est un plan très ambitieux. L’idée, c’est de faire partie des premières banques de la place et pour en faire partie, il faut avoir la taille critique et les moyens suffisants. La taille critique se résume en réseaux, en agences et les deux banques réunies ont quand même dix-neuf agences. C’est le troisième réseau du pays. Malgré tout, nous avons l’intention de doubler ce réseau dans un horizon de 4 à 5 ans. Quand on a l’intention de développer son réseau, c’est dire qu’on a besoin de ressources humaines. Il faut du personnel pour gérer ses agences, pour gérer le développement et la croissance. Pour me résumer, il n’y aura pas de plan social. Au contraire ! D’ailleurs, nous sommes, en ce moment, en train de recruter pour faire face aux besoins de développement du réseau. Les besoins sont également présents dans la sous-région, car nous sommes en train de nous implanter dans les pays de l’Uemoa.

Wal fadjri : Cela veut-il dire que le personnel de la Bst sera maintenu tel quel ?

Saïd Raki : Non seulement, ce personnel sera maintenu, mais des promotions sont également envisagées. Il y a, effectivement, des perspectives d’accès à des postes de responsabilité pour gérer justement ce développement. Je vous signale que le personnel marocain qui se trouve dans le nouvel ensemble est réduit à deux ou trois personnes, c’est tout. Notre objectif n’est pas de gérer directement les banques que nous contrôlons. Lorsqu’on trouve des compétences confirmées, nous leur laissons les premiers postes de responsabilité. Moi-même, ma mission consistait à faire le rapprochement des deux entités, à analyser, pendant la période que j’ai dirigé la filiale, les forces et les faiblesses de l’ex-Bst et également trouver les moyens dont elle a besoin pour se développer.



Wal fadjri : Cette volonté de faire avec l’expertise locale vous a-t-elle conduit à choisir l’ancien Dg de la Bst à la tête de Attijari bank Sénégal ?

Saïd Raki : En effet, Abdoul Mbaye a été nommé à la tête de la nouvelle banque, il est secondé par un Marocain, El Razi qui était l’ex-Dg d’Attijariwafa bank. Cette banque, aujourd’hui, répond aux critères de management d’une banque internationale c’est-à-dire qu’il y a des instances de décision sous forme de comités qui vont gérer plusieurs domaines tels que le crédit, les ressources humaines, l’audit. Ce sont donc des décisions collégiales qui seront prises, mais il y a aussi une certaine conformité par rapport aux règles de la maison-mère. Pour en revenir au choix de M. Mbaye, il faut retenir que notre objectif est de donner à cette banque tous les moyens de réussir. Et, comme je l’ai dit tout à l’heure, là où il y a des compétences confirmées, on les prend. Il n’y a pas d’a priori, il n’y a pas de préjugé favorable ou défavorable vis-à-vis de tel ou tel. Abdoul Mbaye est quelqu’un qui a fait un parcours honorable dans le secteur bancaire. Il est reconnu, ici, comme quelqu’un qui a réussi dans son domaine. Aussi, le groupe a-t-il décidé de le maintenir tout optant pour un mode de gouvernance qui est conforme au mode de gestion des banques internationales.

Wal fadjri : L’on dit que l’expertise locale, dans le domaine bancaire, vous a, aussi, beaucoup séduit pour que vous décidiez de vos choix. Vous le confirmez ?

Saïd Raki : Bien sûr, l’expertise sénégalaise est confirmée. On a trouvé de très bons éléments dans l’ex-Bst. Moi-même, j’ai participé au recrutement de ces personnes au niveau de la filiale. On a été très exigeant, mais j’avoue qu’il y avait de réelles compétences sur place. Dans l’ensemble, c’est un personnel qualifié. Le rôle de la maison-mère est d’apporter à l’ex-Bst ce dont elle a besoin, notamment en matière de conseil dans les montages financiers, du système d’information de la banque, dans les opérations internationales, etc.

Wal fadjri : Et le groupe Attijariwafa bank, quel profit tire-t-il de cette fusion ?

Saïd Raki : C’est un pas dans la volonté du groupe de s’implanter en Afrique. Le fait de rentrer dans le capital de la Bst nous a permis de gagner du temps. Après une présence de deux années, si nous avons, aujourd’hui, le troisième réseau bancaire, on ne peut que s’en réjouir. La Bst a, quand même, une offre-produit qui est étoffée, intéressante, pertinente et compétitive. Une banque, même si elle est importante, si elle n’a pas un objectif régional encore moins une présence internationale, elle ne pourrait pas se battre car nous sommes dans un monde de compétition. Nous, nous croyons vraiment à l’Afrique. Attijariwafa a des actions qui croient à l’Afrique. Nous mettons tout ce qu’il faut pour atteindre la taille critique et être parmi les grandes banques de la place.

Wal fadjri : La nouvelle banque promet de développer des approches novatrices. Plus concrètement, quelles sont les perspectives d’Attijari bank ?

Saïd Raki : D’abord, c’est avoir la taille, comme je l’ai déjà dit, avoir un réseau important qui va accompagner les clients, les opérateurs partout où ils vont. Ensuite, il y a l’offre-produit, il faut innover. Aujourd’hui, au Sénégal, on a un taux de bancarisation qui est relativement faible et qui constitue comme un potentiel de développement pour nous. Il va falloir faire preuve d’imagination pour aller vers cette population qui est non bancarisée. Nous allons nous occuper de la clientèle qui n’est pas bien servie et là, nous pensons aux Pme, aux Sénégalais de l’étranger et à d’autres segments de la société. L’investissement des grands projets nécessite l’ingénierie financière, de grands moyens ; nous allons faciliter les échanges entre les différents pays et nous sommes bien placés pour capter ces flux. Il y a aussi autre chose qui est importante pour nous, la qualité de service. Là, je vous assure que ce sera une de nos forces puisque c’est notre cheval de bataille. Nous allons offrir au client une qualité d’accueil et de service exemplaire.

Wal fadjri : Concernant les transferts d’argent, l’ex-Bst et Attijariwafa bank avaient des partenaires différents. Aujourd’hui que la fusion est faite, lequel d’entre Western union et Money gram sera choisi ?

Saïd Raki : Là, c’est très simple. Nous avons des engagements contractuels avec les uns et les autres, nous allons les respecter. Ce qu’il faut savoir, c’est la Bst qui a absorbé Attijariwafa bank, donc, juridiquement cette filiale n’existe plus. Ce qui est naturel, c’est le contrat en cours qu’avait la Bst auparavant, c’est-à-dire avec Money gram. Nous, notre partenaire c’est Western Union. La problématique qui se pose c’est l’exclusivité. Nous analysons un peu comment les choses vont évoluer, aussi bien avec l’un et l’autre. Nous suivons également les décisions des autorités monétaires en matière d’exclusivité, voir si celle-ci va rester ou pas. Mais, dans l’immédiat, nous sommes dans les dispositions de respecter nos engagements respectifs. Après, on verra bien puisqu’il y a plusieurs paramètres qui entrent en ligne de compte.

Wal fadjri : Avez-vous songé à transposer quelques concepts développés au Maroc tels que le leasing ou le fait que des filiales soient conçues pour ne s’occuper que des activités spécifiques ?

Saïd Raki : C’est une bonne réflexion. En effet, au Maroc, on a filialisé certaines activités comme le leasing, le crédit à la consommation, le crédit-habitat, la gestion de l’épargne et bien d’autres métiers. Bien entendu, comme je vous l’ai déjà dit, tous les moyens et toutes les expertises de notre groupe seront mis à contribution pour analyser le marché sénégalais et africain en vue de savoir s’il y a nécessité de créer une filiale ou pas. Si la taille et l’environnement du marché le permettent, il est fort probable qu’on en arrive à la filialisation de certaines activités. Au Maroc, ce qui a fait exploser le marché de l’immobilier, c’est le crédit-logement. L’accès à la propriété a été facilité par le crédit-logement. Nous considérons que c’est un levier important pour le Sénégal.

Wal fadjri : Avec la présence de la Banque de l’habitat (Bhs) au Sénégal, comment comptez-vous attirer la clientèle en créant une filiale dans ce domaine ?

Saïd Raki : Il y a une quinzaine d’années, on a vécu une situation similaire au Maroc où le principal opérateur en matière de financement de logement, c’était un établissement public. Je peux vous assurer que nous occupons, aujourd’hui, la deuxième place au niveau national puisqu’après, il y a eu beaucoup de banques qui se sont lancées dans ce secteur. Au Sénégal, nous n’allons pas nous comparer à la Bhs, qui est un établissement public, qui dispose d’un certain nombre d’outils ou d’avantages qui lui permettent d’aller vers certains produits à des conditions compétitives. Notre contrainte, en effet, c’est qu’il y a des garde-fous, il y a des conditions de ratio de la part des autorités monétaires qui font qu’on doit les respecter. Cependant, notre objectif c’est, qu’avec le développement de notre réseau bancaire, d’élargir notre base de refinancement et de créer des conditions suffisamment compétitives pour offrir aux clients des produits, des taux, des délais qui vont les intéresser. Il y a aussi le financement de la promotion immobilière, pourquoi pas ? Il y a tellement de déficit dans le domaine du logement au Sénégal qu’il faut accompagner les promoteurs qui veulent investir dans ce secteur.



Wal fadjri : Les artistes Sénégalais pourront-ils, un jour, jouir du mécénat d’art développé au Maroc avec la Fondation Actua ?

Saïd Raki : (Rires). Cette question m’intéresse beaucoup parce que moi-même je suis très sensible à l’art en général, à la peinture particulièrement. Les dimanches et pendant les moments de répit, il m’arrive de prendre mes pinceaux. C’est vrai qu’au Maroc, en dehors de l’activité bancaire, nous encourageons la promotion de la culture par le biais du mécénat. J’ai vu tellement de talents au Sénégal, je pense qu’il n’y a aucune raison de ne pas le faire. Nous allons certainement réserver quelques surprises dans ce sens. (Rires). Je préfère ne pas tout vous dire, mais nous avons des idées là-dessus.

Wal fadjri : Maintenant que vous avez cédé votre poste à Abdoul Mbaye, qu’est-ce que vous allez faire, une fois de retour au Maroc ?

Saïd Raki : J’ai, quand même, une trentaine d’années d’expérience bancaire après avoir occupé plusieurs postes de responsabilité. Lorsqu’on m’a parlé de création d’une nouvelle banque dans un autre pays, j’ai été, tout de suite, séduit. C’est ainsi que je suis venu au Sénégal pour le lancement de la filiale. Après, on y prend goût parce que ça finit par devenir votre projet. Je ne regrette rien du tout, c’est un passage enrichissant d’autant plus que je me suis fait de bons amis ici. Ma mission originelle étant atteinte, je retourne au pays pour prendre quelques semaines de repos. Car, il faut le dire, cette mission que j’ai eu à accepter de conduire m’a fait faire beaucoup de sacrifices au plan familial. Ma famille ne pouvait pas m’accompagner au Sénégal, vous voyez donc les sacrifices qu’une telle situation peut entraîner. C’est moi qui ai demandé à rentrer juste après la fusion.


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