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Docteur Louis Hyacinthe Zouby (coordonnateur du programme national d’élimination de la lèpre)- CERTAINS AGENTS DE SANTÉ NE SAVENT PAS RECONNAÎTRE LA LÈPRE

Contagieuse, la lèpre ne tue pas, mais cause des infirmités. Dans cet entretien, Docteur Zouby explique le mode de transmission de la maladie, ses complications, la situation dans laquelle se trouve le pays, et les différentes stratégies de lutte.

Qu’est-ce que la lèpre ?

La lèpre est une maladie infectieuse. L’agent infectieux responsable de la lèpre est la bactérie Mycobacterium leprae  découverte par un chercheur norvégien. C’est une maladie qui touche essentiellement les nerfs et la peau du patient. Elle est due à un manque d’hygiène des personnes qui logent dans de petites pièces et à la mauvaise alimentation.

Comment se manifeste-t-elle ?

La lèpre débute par une « lépride » indifférenciée.  Il s’agit de lésions cutanées, non spécifiques, sèches (anhidrose) bien limitées et planes. Elles peuvent être précédées de sensations de picotements. Au niveau des lésions de la peau, le patient présente une anesthésie cutanée : il ne sent ni la douleur ni la chaleur. Ce sont des taches banales insensibles au toucher. Le bacille de la lèpre se multiplie très lentement. La période d’incubation de la maladie est de 5 ans en moyenne.

Mais les symptômes peuvent parfois n’apparaître qu’au bout de 20 ans. La maladie provoque des lésions cutanées et nerveuses. Sans traitement, ces lésions progressent et deviennent permanentes, touchant la peau, les nerfs, les membres et les yeux.

On distingue deux types de lèpre : paucibacillaire (une à cinq lésions cutanées insensibles) et multibacillaire (plus de cinq lésions cutanées insensibles). Donc, quand on voit des taches insensibles sur la peau, il faut se rendre à l’hôpital, parce que beaucoup de gens les assimilent à des taches dermatologiques.

On la considère souvent comme une maladie des pauvres. Est-ce que c’est vrai ?

Oui. C’est une maladie des pauvres, parce que la bactérie circule en milieu défavorisé. Ce sont les personnes qui vivent dans des conditions difficiles qui ont généralement cette maladie. C’est pourquoi on ne trouve pratiquement pas de lèpre en Europe.

Comment est-ce qu’elle se transmet ?

La lèpre se transmet par des gouttelettes d’origine nasale, de salive et par le mucus nasal, lors de contacts étroits et fréquents avec des personnes infectées et non traitées. Mais il faut savoir que cette maladie se guérit depuis que l’Organisation mondiale de la Santé a mis à la disposition des pays endémiques la biochimie thérapie qui est composée de trois molécules. Le malade qui est multibacillaire, quand il est notifié et suit le traitement, n’est plus contagieux.

C’est cette forme qui est contagieuse et son traitement, c’est pour une période de 12 mois. Pour la paucibacillaire, le traitement est pour 6 mois. Le traitement est gratuit. Mais parfois, on a des cas de rechute. Compte tenu de la durée du traitement, certains abandonnent ou ne respectent pas l’observance des traitements.

Maintenant, en ce qui concerne la mutilation, ce sont des malades qui sont restés longtemps sans se rendre dans une structure de santé pour se prendre en charge. La maladie atteint la peau et les nerfs, quand vous restez chez vous, pensant que c’est une infection banale. Avec l’évolution, vous présentez des mutilations. Donc, elles sont dues à l’atteinte des nerfs par la bactérie.

16 nouveaux cas sont dépistés dans la région de Diourbel, plus particulièrement à Touba. Quels sont les moyens déployés à votre niveau ?

Touba nous cause d’énormes problèmes. Nous avons un plan de communication, parce que les populations ignorent que la maladie est réellement présente. Il y a même certaines personnes qui sont dans le système de santé qui ne savent pas reconnaître la maladie.

Donc, imaginez-vous que ces gens qui sont censés dépister la maladie ne savent pas reconnaître la lèpre ! C’est sûr qu’il y a des malades qui vont leur échapper. C’est pour cette raison que plusieurs stratégies sont mises en place. Il s’agit du renforcement de capacités des agents de santé et des relais communautaires, de faire des visites à domicile pour discuter avec les chefs de ménage.

Cette maladie est aussi stigmatisée, des malades se cachent chez eux. Donc, les relais communautaires jouent un rôle important dans ce dépistage. Ils vont discuter avec les malades pour les convaincre de se faire soigner, avant qu’ils ne développent des signes de mutilation.

Et que comptez-vous faire pour rompre la chaîne de transmission ?

Ce sont les malades qui ont la forme MB qui sont contagieux. Donc, tous les nouveaux cas dépistés et qui sont des MB, nous allons faire une enquête sur le taux de ces malades. C’est-à-dire faire des descentes au domicile de ces malades pour essayer d’examiner leur entourage.

C’est ainsi que nous comptons pouvoir  rompre la chaîne de transmission. Toutes les personnes qui seront contaminées seront directement mises sous ACP. Parce qu’une fois que le malade est sous ACP, il ne peut plus développer des invalidités.

Est-ce que ces nouveaux cas ne remettent pas en cause le fait que le pays ait déjà éliminé la maladie ?

Quand on parle d’élimination, c’est selon une norme. L’Organisation Mondiale de la Santé (Oms) dit que tout pays qui fait moins d’un cas pour 10 000 habitants a éliminé la lèpre. Le Sénégal, depuis 1995, fait moins d’un cas pour 10 000 habitants. Tout dernièrement, elle a revu cette norme, avec le taux d’accroissement de la population. Maintenant, c’est moins d’un cas pour 100 000 habitants.

Y a-t-il de nouveaux cas détectés au Sénégal ?

Depuis 1995, date à laquelle le Sénégal a éliminé la lèpre, il y a eu toujours de nouveaux cas. Il faut savoir que le pays a éliminé la lèpre, selon les normes de l’Organisation Mondiale de la Santé. Mais depuis lors, on notifie de nouveaux cas qui varient entre 200 et 250 cas. Pour 2013, nous avons notifié 247 nouveaux cas ; 2014, 240 nouveaux cas et pour 2015 on a détecté 248.

Quelles sont les complications de cette maladie ?

Ce sont les mutilations. Les malades qui se présentent de façon tardive avec des doigts sous forme de griffe. Ces complications sont irréversibles. C’est pour cette raison que le programme préconise le dépistage précoce. Parce que si les malades sont dépistés précocement, ils peuvent être guéris sans trace de mutilation. Les médicaments sont disponibles et gratuits. Donc, c’est facile de guérir.

Ne pensez-vous pas qu’il est temps d’éliminer les villages de reclassement ?

Il y a un projet de loi pour abroger la loi 76-03 du 25 mars 1976 qui régit les villages de reclassement social, afin de faciliter l’intégration des personnes qui y vivent, au sein de leur collectivité locale. La Direction générale de l’Action Sociale s’en occupe. Dans un délai proche, le dossier sera à l’Assemblée nationale.

Il n’y a plus de malades de lèpre dans les villages de reclassement. La loi 76-03 du 25 mars 1976 portant création des villages de reclassement social (Vrs) est une politique de prise en charge que l’Etat avait déroulée au lendemain de l’Indépendance, en remplacement des méthodes isolationnistes consistant à incarcérer en léproserie des malades dans les lazarets de Saint-Louis et Dakar, entre 1878 et 1888, qui a abouti à l’implantation au Sénégal de neuf villages de reclassement social (Vrs): Mballing, Peycouk, Koutal, Sowane, Kolda, Fadiga, Diambo, Djibélor, Teubi et Darou Salam.

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