24 avril, 2014
Accueil » ECONOMIE » DOSSIER : LES VOITURES DE LUXE LE CHOIX RESTE ILLIMITE
DOSSIER : LES VOITURES DE LUXE LE CHOIX RESTE ILLIMITE

DOSSIER : LES VOITURES DE LUXE LE CHOIX RESTE ILLIMITE

Pierre Veillard l’a dit sur le ton de la boutade : «S’il y a tant d’accidents sur les routes, c’est parce que nous avons des voitures de demain, conduites par des hommes d’aujourd’hui, sur des routes d’hier». Actuellement, cette phrase peut être balayée d’un simple vrombissement des bêtes mécaniques qui affolent tout Dakar. Pratiquement, à tous les coins de rue, on trouve des points de vente, des parkings où s’alignent des merveilles de caisses rutilantes. Et cela, depuis la promulgation du nouveau code de l’environnement.
Texte stipulant que «désormais, les voitures de plus de 5 ans ne rouleront plus sur le sol sénégalais».

Au Sénégal, la voiture n’est pas toujours une nécessité, mais un luxe. Certains n’hésitent pas à débloquer des millions pour se procurer la bagnole de leur rêve. On roule en limousine. Et les Hummer hument l’air de Dakar depuis quelque temps. Avec l’entrée en vigueur du nouveau code de l’environnement, les parkings ont pris un coup de jeune. Les vielles carcasses, âgées de plus de dix ans ont disparu. En lieu et place, des bagnoles qui imposent le respect ont fait leur apparition. Le business croît. Les trafics, les entreprises délictuelles et la contrebande aussi. L’Etat du Sénégal, déterminé à barrer la route aux trafiquants, est entré dans la danse du moteur. Les contrôles, naguère effectués par la Douane, relèvent maintenant de la compétence de la Division des investigations criminelles (Dic).

Situé sur la Vdn, Mondial auto est un espace où s’alignent les belles voitures. Des demoiselles charmantes et bien habillées. Toutes les marques sont représentées. Un groupe de jeunes, richement vêtus, discutent. On dirait des stars de cinéma devant leur 4 X 4. Des voitures luxueuses partout ! Même sans strass et sans paillette, ce parking a quand même quelque chose d’hollywoodien. Une trentaine de voitures, dont des Toyota, des Mercedes, des Bmw et des Lincoln remplissent le décor. On trouve dans cette collection, des voitures impératrices de tous les continents. Il y a là les Européennes et les Asiatiques, mais aussi les nouveaux venus sur le trottoir et la chaussée sénégalaise : les Américaines. Montez et vous verrez ! Interpellé sur l’importation des voitures et sur les difficultés qu’ils rencontrent souvent, Mor Talla Ndiaye, chargé du marketing, nous explique. «Les premiers problèmes arrivent d’abord de l’Europe parce que là-bas, les prix sont chers. Par exemple pour une 406, il faut 4.600.000F. Ensuite la douane. Depuis l’instauration de la nouvelle loi interdisant les voitures de plus de 5 ans, le dédouanement est plus chère. Pour chaque voiture, on paye cinq cent mille (500.000 Franc) Cfa à la douane, 30.000 pour le transitaire, 60.000 pour les assurances, 25.000 pour le débarquement et 70.000 par jour, pour la taxe de port». D’après le chargé du marketing, après avoir payé tous ces droits, ils revendent la voiture à 8.000.000. Ce qui revient à dire que qu’il n’en bénéficie pas beaucoup. 500.000 Fcfa seulement. Selon Mor Talla Ndiaye, les voitures à essence constituent plus de la moitié de son stock. Et ce sont les 406 qui ont la côte. «C’est une voiture qui est au top». Et pour sa clientèle, il dit vendre ses bagnoles au Port et le plus souvent aux ambassades, aux G.I.E et autres exemptés des droits de Douane. Même son de cloche à Regroupement multiservice. Le gérant Brod Diop explique que les voitures qu’il expose ne lui appartiennent pas toutes. «Ici c’est un dépôt de voitures». D’après lui, son stock vient d’horizon divers. Et il ne se charge que de la revente. Le propriétaire fixe son prix, les bénéfices lui reviennent. Le problème du dédouanement n’est pas de son ressort. C’est un transitaire qui s’en charge.

Si à Mondial Auto et R.M.S (Regroupement multiservice), les propriétaires ont accepté de nous livrer quelques détails sur la provenance de leurs voitures, tel n’est pas le cas à Prestige Auto et à Nouvelle Vision de l’Automobile. Dans ces deux sociétés, les gérants ont été formels. D’après le chargé de la communication Pa, il ne veut pas faire de la publicité, sous prétexte qu’il se trouve sur la Vdn et que les passants peuvent apercevoir son parking. Sur la provenance de leurs voitures, ils n’ont pas voulu s’étaler. Le gérant de Nouvelle Vision de l’Automobile embouche la même trompette.

Hummer de Lions

Hummer ! Avant et après la célèbre équipée des Lions à la coupe du monde 2002, cette voiture de luxe ne courait pas les rues de Dakar. C’était un luxe de stars du ballon rond en particulier. Ces dernières ont été rendues immensément riches par une participation fructueuse au mondial 2002 et l’ouverture des portes du lucratif championnat anglais aux Sénégalais. Un nouveau rang, un nouveau statut et un nouveau mode de vie, acquis à la sueur de leur front et au génie de leurs pieds. Qu’ils reposent pendant les trêves par une balade dans les rues de Dakar par des coups d’accélérateur virils. Sous le regard médusé de Sénégalais, qui découvrent pour la première fois la Hummer et d’autres marques américaines de prestige. Cinq ans après le mondial 2002, c’est le «boum». On en trouve partout. La Hummer est même devenue commune. Mais son prix ne l’est pas. Cette voiture qui coûte à la sortie de l’usine 52 400 000, est vendue après usage, à 45 millions de nos pauvres francs dans les parcs d’automobile de Dakar. La Cadillac Escalade EXT conçue en 2003 par Général Motors, que seul El Hadji Diouf conduisait, est maintenant visible chez les revendeurs. Qui placent la barre très haute : «100 millions de francs Cfa» ! Et pourtant ces voitures de luxe ne sont plus la drogue des seuls Lions du football. Plus confortable, plus puissante, et plus impressionnante, la Hummer que les Sénégalais ont découvert avec Henri Camara et Aliou Cissé, drainent certes des foules, mais les hommes politiques font fort. Idrissa Seck a fait toute sa campagne électorale présidentielle à bord d’une voiture Hummer, accompagnée par des 4 x 4. Le Khalife général des Tidianes roule en Limousine. Et Wade affole ses concurrents avec des 8X8. Pour rétablir la suprématie des footballeurs, El Hadji Diouf a replacé la barre très haut. Il s’est payé récemment une DB 9 Aston Martin à 100 millions !

LA LOI IMPOSE LE LUXE

LA DIC IMPOSE LA LOI

Les Sénégalais se prennent pour des stars d’Hollywood. Hummer, Lincoln Navigator, Ford Explorer, BMW X5 entre autres marques, ce sont là les différentes bagnoles que l’on trouve dans les rues de Dakar. Même les jeunes cadres, ces nouveaux riches, ne traînent plus dans des voitures démodées. Les modestes 405 sont devenues des pièces de musée. Ce sont des 4X4 imposantes qui envahissent les routes très modestes et créent des embouteillages. M. Ndao, chef de la division régionale des transports terrestres de Dakar ne dit pas le contraire. «Depuis qu’on a instauré la loi interdisant l’entrée des voitures de plus de 5 ans, les concessionnaires ne vendent que des voitures neuves. D’ailleurs, la plupart du temps, on ne livre que des cartes grises de voitures neuves», a-t-il informé. À l’en croire, pour le processus d’immatriculation de véhicules automobiles de mutation et de duplicata de carte grise, c’est toute une procédure. «D’abord la présence du véhicule est obligatoire pour toutes les opérations. Et seul le propriétaire peut déposer son dossier au niveau des guichets», a-t-il martelé. Et de poursuivre : «Il y a aussi les papiers à fournir qui dépendent de l’état du véhicule. Cela, pour dire qu’il y a des voitures neuves à immatriculer qui ne suivront pas la même procédure pour les véhicules importés ou ceux qui sont sous un régime douanier impliquant la Brigade de Gendarmerie ou le commissariat central. Il y a également le renouvellement de la carte grise qui demande des frais de taxe selon la puissance du véhicule», a-t-il expliqué.

LA DIC S’IMPLIQUE

Depuis deux (2) ans déjà, l’entrée des voitures est sous la supervision de la Division des investigations criminelles. Tous les moyens sont bons pour rouler en voiture de luxe. Le trafic des voitures se fait à tous les niveaux. Certaines personnes roulent de métropole en métropole c’est-à-dire qu’elles passent par la voie terrestre pour faire parvenir les voitures à l’intérieur du pays. Alors, un homme averti en vaut deux. Grâce à un système informatisé, nous informe un agent de la Dic, avant l’immatriculation, le véhicule est soumis à un contrôle au niveau de la banque de données. Selon notre interlocuteur, c’est un système informatique qui répertorie les voitures volées à travers le monde. Selon ses explications, chaque voiture a un numéro de série qui permet de l’identifier : le numéro de châssis. Alors, dès qu’une voiture est volée, dit-il, c’est signalé et le numéro de châssis est communiqué à Interpol, la police des polices. «Par exemple, une voiture volée en Italie et transportée au Sénégal sera immédiatement signalée au siège central. Grâce au système informatique, si les recherches donnent un résultat positif, on en déduit que la voiture est volée. Alors les résultats indiquent la date et le lieu du vol. On alerte le pays de la provenance», a-t-il expliqué. À l’en croire, pour ceux qui font le trafic par voix terrestre, il existe une procédure, c’est-à-dire un passavant de circulation qui permet de rouler pour un temps. Le propriétaire a le droit de rouler pendant trois (3) mois avec son immatriculation. «Si après ces trois mois, la douane se rend compte que la voiture n’est pas toujours immatriculée, elle saisit la voiture», a-t-il souligné.

LE LUXE DE TRAFIQUER IMPUNÉMENT

On les indexe là où ils vivent. La plupart de ces «modou-modou» qui viennent au Sénégal et qui roulent dans ces mécaniques. Car voulant faire impression, taper dans l’œil des nanas, ramasser du fric, se la couler douce sur la Petite côte ou jouer les jet-seteurs de rêve dans les boîtes des Almadies. Au Sénégal, capitale mondiale du paraître et du tapage, le trafic de bagnoles de luxe est devenu un business pour le moins florissant. Et les nouveaux investisseurs se bousculent. Attention! La plupart de ces voitures de luxe sont entrées dans le pays en contrebande. Par la frontière avec la Mauritanie ou en provenance de la Gambie. Et dans le milieu, une sorte d’omerta mafieuse ferme les portes et lient les langues. Certains gérants sont devenus des tombes, refusant de s’expliquer sur la provenance des véhicules qui ornent les parkings si gracieusement. Le trafic a pris des proportions si inquiétantes qu’Interpol, la police des polices, s’en est mêlé. Et la Dic a été actionnée. En Europe, le vol de voitures fait fureur. Et malgré les investigations de la police internationale, ces belles caisses disparaissent, comme par enchantement, de la surface du globe. Certaines personnes indélicates ont même la manie de déclarer à l’assurance que leur voiture avait été volée pendant qu’ils étaient en vacances au Sénégal. L’assurance ne se rend même pas compte que le veinard est venu à Dakar dans son véhicule et l’a revendu sur place. Mais jusqu’à quand ? Les polices d’Europe et du Sénégal essaient de remonter les réseaux avec plus ou moins de difficultés. Les montants en jeu sont à la fois importants et dissuasifs.