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DOSSIER : TOUT CE QU’IL FAUT SAVOIR DES DINOSAURES

Depuis que j’ai vu, enfant, Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles de Don Bluth (véritable chef d’oeuvre du cinéma d’animation, produit par Steven Spielberg et George Lucas, qui m’a autant rire que pleurer quand j’étais petit), les dinosaures m’ont toujours passionné. Et le visionnage, un peu plus tard, de Jurassic Park n’a fait que confirmer mon amour pour ces bestioles d’un autre monde et aux tailles gargantuesques. Force est de constater qu’étant donné le succès de films comme Dinosaure (du studio Disney) et Le Monde d’Arlo (du studio Pixar), de séries comme Terra Nova ou Dinotopia, ou de jeux vidéos comme Ark, la dinomania est toujours présente, toujours vivante. Pourtant, nous ne connaissons que très peu ces animaux. Et ce que nous pensons savoir est bien souvent erroné. C’est pourquoi nous vous proposons un dossier complet sur les dinosaures, afin de mieux les connaître. Et pour que ce dossier soit plus efficace encore, il est complété par une interview d’un journaliste spécialisé en paléontologie : Antoine Lacroix.

dino

QU’EST-CE QU’UN DINOSAURE ?

On a tous une vague idée de ce qu’est un dinosaure. Pour nous, c’est un gros animal, qui doit peser quelques tonnes, pas très adroit, et qui vivait il y a des millions d’années. Malheureusement, on ne peut pas faire plus erronée comme définition. Dans ce cas, qu’est-ce qu’un dinosaure ? Dans son livre Les Dinosaures, publié aux édition PUF, dans la Collection « Que sais-je ? », Eric Buffetaut écrit :

« Contrairement à une opinion encore assez répandue dans le public, tous les grands reptiles mésozoïques n’étaient pas des dinosaures. Ni les formes marines (ichthyosaures, plésiosaures, mosasaures), ni les formes volantes (ptérosaures) n’appartiennent à ce groupe, qui ne comprend que des formes terrestres, dont la définition est fondée sur un certain nombre de caractères ostéologiques. »

Cette ébauche de définition nous éclaire déjà un peu plus sur la définition d’un dinosaure. Un dinosaure est donc un animal terrestre. Autrement dit, les ptérosaures qu’on voit dans Le Petit DinosaureLe Monde d’Arlo ou encore dans la volière de Jurassic World ne sont pas des dinosaures. La seconde partie de la définition nous éclaire sur un autre point : les dinosaures partagent donc certains caractères ostéologiques. Ce qui signifie que leur morphologie les distingue de certains autres animaux terrestres. Voilà qui est intéressant : il serait donc erroné de penser que les airs étaient peuplés de ptérosaures, les eaux de mosasaures et les terres de dinosaures. Ces espèces cohabitaient avec d’autres, qui ne partageaient pas leur taxon (aussi appelés « groupes taxonomiques »).

Le Monde d’Arlo

Le Monde d’Arlo

Quels sont ces caractères qui distinguaient donc les dinosaures des autres animaux qui peuplaient la terre ? Quelques pages plus loin, Eric Buffetaut les énumère :

« 1 /  Les vomers (os participant à la construction du palais) sont allongés. 2 / Le sacrum comprend comprend au moins trois vertèbres. 3 / La facette articulaire pour l’humérus, sur le scapulo-coracoïde, est dirigée tout à fait vers l’arrière. 4 / L’humérus porte une crête deltopectorale basse s’étendant sur un tiers à demi de sa longueur. 5 / Le quatrième doigt de la main possède au plus trois phalanges. 6 / L’acetabulum (cavité du bassin où vient s’articuler le fémur) est ouvert. 7 / La tête articulaire du fémur est bien différenciée et déplacée vers l’intérieur du corps de l’animal, et séparée du reste de l’os par un « col ». 8 / La fibula (péroné) est réduite. 9 / L’astragale possède un « processus ascendant » bien développé. »

Pardonnez cette liste assez technique. Elle a néanmoins le mérite de montrer que classer un animal dans le taxon des dinosaures n’est pas un jugement arbitraire, mais dépend d’un tas de facteurs biologiques.

Cependant, le travail des paléontologues n’est pas facile, du fait que les archives fossiles sont incomplètes. Ainsi, il peut arriver qu’un animal soit classé comme étant un dinosaure alors que plus tard, la communauté scientifique conclura qu’il y avait erreur, et que cet animal appartenait à un autre taxon. Le paléontologue Ronan Allain, auteur de l’ouvrage Histoire des dinosaures, prévient par ailleurs que les groupes taxonomiques n’ont pas véritablement de réalités naturelles, étant donné le fait que les animaux évoluent, alors que les taxons n’évoluent pas. Les taxons ne sont que des concepts pratiques, visant à faciliter le travail des scientifiques. C’est pourquoi, nous explique le paléontologue, la communauté scientifique semble avoir changé de technique afin d’identifier un animal comme appartenant au taxon des dinosaures. Dans le premier chapitre de son livre de vulgarisation scientifique, Allain écrit :

« La très grande majorité des paléontologues qui travaillent sur les dinosaures définissent aujourd’hui ce groupe non pas en se basant sur la possession de certains caractères diagnostiques, mais en se référant à son histoire évolutive et à sa place dans l’arbre du vivant, Un animal sera ainsi considéré comme un dinosaure s’il fait partie du groupe qui inclut le Triceratops, le moineau et tous les descendants de leur ancêtre commun. »

Cette définition de Ronan Allain est on ne peut plus explicite. Mais, pour la comprendre, il faut partir d’un postulat : les dinosaures ne sont pas les premiers animaux à avoir peuplé notre chère Planète Terre. Autrement, les dinosaures partageaient nécessairement des traits communs avec des animaux qu’on appelle proto-dinosaures. Sachant cela, la méthode de catalogage se basant sur les traits ostéologiques que nous avons cités plus haut devient plus ardue. Car les premiers dinosaures ne partageaient pas nécessairement les mêmes traits caractéristiques que les derniers dinosaures.

COMMENT LES DINOSAURES SONT-ILS CLASSÉS ?

Là encore, la question est difficile, mais la réponse est passionnante. En 1887, le paléontologue anglais Harry Govier Seeley a remarqué que les dinosaures pouvaient être divisés en deux grandes catégories : les ornithischiens et les saurischiens. Ces deux grandes familles n’ont rien à voir avec le régime alimentaire de ces animaux, mais avec l’orientation de leur bassin. En effet, ornithischia signifie « bassin d’oiseau » et saurischia signifie « bassin de lézard ». Les saurischiens ont le pubis dirigé vers l’avant, tandis que les ornithischiens ont le pubis dirigé vers l’arrière.

Brachiosaures

Brachiosaures

Parmi les saurischiens, on trouve aussi bien les sauropodes (c’est à dire les dinosaures comme les Brachiosaures et les Diplodocus) que les théropodes (les dinosaures carnivores comme les Tyrannosaures, les Vélociraptors, les Dilophosaures ou encore… les oiseaux). Chez les ornithischiens, on ne trouve que des herbivores : les thyréophores (les dinosaures qui portent des plaques, comme les stégosaures et les ankylosaures), les ornithopodes (des dinosaures bipèdes, comme les iguanodontes et les hadrosaures) et les marginocéphales (des dinosaures bipèdes ou quadrupèdes portant une collerette osseuse autour de leur crâne, et parfois pourvus de cornes, comme le Triceratops et les autres ceratopsiens).

Voilà en gros comment sont classés les dinosaures. Si nous sommes incapables aujourd’hui de connaître leur population (tous les cadavres ne se fossilisent pas, il faut pour cela un tas de conjectures exceptionnelles, permettant la fossilisation), savons-nous combien d’espèces de dinosaures existait-il ? Bien évidemment, il est impossible également de répondre à cette question. Pour la simple et bonne raison que les archives fossiles ne pourront jamais nous montrer toute la diversité des espèces animales existant pendant l’ère des dinosaures. Il est possible que des espèces n’ont jamais eu de spécimens qui se soient fossilisés. Ce qui signifie que nous ne pourrons pas les cataloguer. Néanmoins, les scientifiques en ont découvert un nombre prodigieusement élevé. En 2014, nous rapporte Ronan Allain, la communauté scientifique connaissait déjà 980 espèces de dinosaures. L’ouverture de la Chine a permis de faire un nombre de découvertes impressionnant. Et on peut parier qu’aujourd’hui, le nombre de dinosaures découverts a atteint le millier.

LES DINOSAURES ONT-ILS DISPARU ?

La réponse est simple : non. Non, les dinosaures n’ont pas tous disparu. Nous côtoyons chaque jour les derniers théropodes vivants (c’est à dire des animaux appartenant à la famille des Vélociraptors et autre Tyrannosaures) : les oiseaux. Par contre, ce qui est vrai, c’est que les gros dinosaures ont disparu. Comment se fait-il que les petits théropodes aient survécu et pas les gros dinosaures ? Large question, qui apporte avec elle tout un tas de réponses passionnantes.

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Dans une vidéo relativement récente, intitulée « Les dinosaures ont disparu ? », l’humoriste et vidéaste vulgarisateur Max Bird, créateur génial de la chaîne Les Idées Reçues (que je recommande vivement), ici accompagné du grand Jamy de l’émission C’est pas sorcier, explique :

« Dans l’imaginaire collectif, tous les dinosaures se sont éteints subitement à leur apogée, à la suite d’un cataclysme sans précédent. Alors, non, pas tous les dinosaures. Non, pas à leur apogée. Non, pas si subitement que ça. Et non, ce n’était pas sans précédent. » On ne peut que lui donner raison.

En effet, les dinosaures ne se sont pas éteins de manière « subite ». Dans l’imaginaire collectif, effectivement, on imagine leur fin suite à une météorite, quand ce n’est pas une pluie de météorites (pourquoi pas). Et Hollywood a beaucoup contribué à forger cette image. On se souvient par exemple de la pluie de météores qui met les dinosaures en danger dans le chef d’oeuvre de Disney trop sous-estimé : Dinosaure (sorti en 2000). D’ailleurs, la gigantesque éruption volcanique qui met en péril tous les dinosaures de Jurassic World : Fallen Kingdom rappelle cette image d’une fin cataclysmique (bien qu’ici, il n’est nullement question de la théorie de la météorite, mais de celle du volcan indien entré en éruption).

À la décharge de Hollywood, il faut distinguer le vrai du faux. Et, il y a du vrai dedans. Max Bird et Jamy expliquent :

« L’extinction qui concerne les dinosaures est datée de 65 millions d’années. Or, on a retrouvé à Chicxulub au Mexique un cratère dû à une météorite géante de 10 km de diamètre, qui aurait heurté la terre il y a 65 millions d’années. Ça sent la petite corrélation quand même ! En plus, on a retrouvé les traces d’une très forte activité volcanique dans les Trappes du Deccan, en Inde, durant la même période, ce qui a dû jouer aussi. Mais ces éruptions volcaniques et cette météorite n’ont pas directement éliminé les dinosaures. […] C’est juste que ces éruptions permanentes et la quantité phénoménale de poussières soulevées par la chute de cet énorme caillou, ont provoqué un bouleversement de l’atmosphère. Et comme pour les précédentes extinctions, c’est probablement ce bouleversement qui a tué les dinosaures à petit feu. »

Néanmoins, plusieurs éléments sont à prendre en compte. Tout d’abord, comme l’expliquent si bien les deux vidéastes, ces deux événements majeurs ont bien évidemment contribué à provoqué « l’extinction » des dinosaures. Mais, comme le fait remarquer un peu plus tard Max Bird dans la vidéo, de récentes études ont mis en évidence le fait que les dinosaures étaient déjà en train de décliner. Ensuite, si aucun scientifique, aucun paléontologue ne nie l’existence de ces deux événements majeurs, il n’y a aucun consensus concernant à quel point ils ont permis « l’extinction » des dinosaures.

Antoine Lacroix, grand spécialiste en paléontologie, et rédacteur en chef adjoint du magazine Dinosaures, Préhistoire & Fossiles, que nous avons interviewé nous explique :

« Je pense que ce qui a mis fin à l’ère des dinosaures c’est leur capacité évolutive. Une espèce et un écosystème vivent en symbiose. L’écosystème évolue constamment, pour diverses raisons. Les espèces qui vivent dans cet écosystème, et ce qu’importe leur position sur la planète, doivent évoluer avec leur écosystème, et aussi rapidement, si possible. Si elles n’y parviennent pas, elles vont s’éteindre. Malgré ce que l’on pense, les dinosaures avaient beaucoup de « points faibles ». Leur taille, pour commencer, pouvait poser problème. Un tyrannosaure, par exemple, ne pouvait pas couver ses œufs. On se doute bien que quand on fait six à huit tonnes, on ne s’assoie pas sur un œuf. Alors qu’un petit théropode de deux kilos, couvert de plumes, peut isoler ses œufs du refroidissement climatique. Nous savons que le climat a été refroidi. Les plus petits dinosaures ont donc pu protéger leur progéniture et évoluer. On peut aussi citer l’exemple des dents. Les dents très impressionnantes d’un Tyrannosaure se sont transformées du jour au lendemain en handicap. Quand on a des poignards plein la bouche, il est facile de croquer des dinosaures, d’arracher de la viande et de l’avaler, mais quand ces dinosaures-là n’existent plus, au bout d’un moment, ces dents autrefois efficaces deviennent inutiles.« 

Autrement dit, l’incapacité de certains dinosaures à évoluer explique leur extinction. Ne pouvant plus assurer leur descendance, ne pouvant plus protéger leurs progénitures, ne pouvant plus se nourrir, les dinosaures ont décliné, jusqu’à « s’éteindre ». Après, c’est sûr qu’une météorite et un volcan, ça doit bien aider à accélérer les choses. Mais bon.

Néanmoins, il est important de comprendre que les dinosaures ne se sont pas éteints en un claquement de doigts. Plus important encore : que la météorite et le volcan aient bouleversé l’atmosphère, empêchant la photosynthèse et privant ainsi les herbivores de nourriture, puis leurs prédateurs (comme l’expliquent Max Bird et Jamy dans leur vidéo), ou que tout se résume à une incapacité à s’adapter à leur écosystème (comme nous l’a expliqué le spécialiste Antoine Lacroix), le résultat est le même : les dinosaures qui ont réussi à survivre sont ceux qui ont réussi à s’adapter, c’est à dire les insectivores et les charognards.

C’est ce qui explique que les petits théropodes aient survécu à cette extinction de masse. Ils ont su évoluer, s’adapter, en mangeant des insectes, qui proliféraient d’ailleurs à cause du nombre important de cadavres de gros dinosaures. Et comme nous le fait remarquer Antoine Lacroix : « Et quand on se nourrit d’insectes, on peut très facilement évoluer, et se nourrir de graines. »

Donc non, les dinosaures n’ont pas disparu. Ils sont encore parmi nous. Ce sont les oiseaux, descendants des petits théropodes ayant survécu à la fin du Mésozoïque (le Mésozoïque, c’est l’ère des dinosaures).

LES DINOSAURES ÉTAIENT-ILS LES MAÎTRES ABSOLUS ?

Forcément, avec leur taille pouvant atteindre des dimensions difficilement imaginables pour nous autres humains, on imagine sans mal que les dinosaures « ont dominé le game » (dixit Max Bird) pendant le Mésozoïque. D’autant que les dents tranchantes de certains dinosaures ont sans doute contribué à installer leur suprématie.

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Pourtant, là encore, il y a un débat parmi les paléontologues. Ronan Allain nous explique qu’il y a deux écoles, qui s’affrontent au sein de la communauté scientifique. La première école est l’école dite « compétitive ». Les dinosaures auraient installé leur suprématie grâce à leur supériorité. En gros. La deuxième école est l’école « opportuniste ». Les dinosaures auraient profité des précédentes extinctions de masse pour installer leur suprématie. Comme le résume Ronan Allain :

« la victoire des dinosaures [serait] accidentelle ». « Certains paléontologues comme Benton pensent en effet que les dinosaures auraient bénéficié de deux épisodes successifs d’extinction. Le premier, survenu pendant le Trias supérieur, il y a 228 millions d’années […], aurait éradiqué bon nombre d’animaux concurrents des premiers dinosaures herbivores. Le second, situé entre le Trias et le Jurassique (200 millions d’années), aurait assis la domination des dinosaures carnivores. »

L’école « opportuniste », si elle ne fait pas l’objet d’un consensus, reste néanmoins pour beaucoup de paléontologues, l’hypothèse la plus proche de la vérité scientifique.

LES DINOSAURES PORTAIENT DES PLUMES ?

C’est là l’une des grandes découvertes de la paléontologie moderne. Les dinosaures portaient donc des plumes. Mais en portaient-ils tous ? Antoine Lacroix nous explique :

« la majorité des théropodes portait des plumes. Cette idée s’est un peu trop installée dans la communauté scientifique, si bien qu’on est allé jusqu’à s’imaginer Tyrannosaurus avec des plumes. J’en rigolais récemment avec Jean Le Loeuff, qui est un grand paléontologue du Sud de la France, qui me parlait de cette grande tendance d’emplumage excessif. Un paléontologue américain a fait une étude sur la peau des Tyrannosauridae, c’est à dire toute la classe des Tyrannosaures (Tyrannosaures c’est une espèce endémique, qu’on retrouve à un endroit spécifique, tandis que Tyrannosauridae c’est une classe qu’on retrouve dans le monde entier). En se servant d’extraits de peau de divers Tyrannosauridae, il n’a pas trouvé de traces de plumes. Par déduction, il en est arrivé à la conclusion que Tyrannosaurus n’avait pas de plumes. On sait aujourd’hui que ces animaux de grande taille avaient une peau souvent glabre pour pouvoir évacuer leur chaleur ; la présence de plumes les auraient gênés dans ce processus d’évacuation de la chaleur. »

dino plumes

Donc, inutile de jeter à la poubelle votre DVD de Jurassic Park, tous les dinosaures ne portaient pas de plumes. Seulement les petits théropodes.

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