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Doudou Wade : ‘Le problème au Pds, c’est que tout le monde veut être aux premières loges et en premier lieu ‘

Le patron du groupe parlementaire de la Coalition Sopi, M. Doudou Wade est connu pour son franc-parler. À travers la première partie de cet entretien qu’il nous a accordé, il a sans détour donné son point de vue sur les questions brûlantes de l’heure qui intéressent le Parlement mais aussi le Pds et le pays. Dans cette première partie de ce jeu de questions-réponses, il lève un coin du voile sur le fonctionnement de la nouvelle législature, ses ambitions, ses difficultés. Il n’a pas également manquer de diagnostiquer le mal dont souffre son parti: le choc des ambitions personnelles.

Source : Le Matin

M. Doudou Wade, vous êtes le président du Groupe Parlementaire libéral, quel regard jetez-vous sur la nouvelle législature que votre parti veut différente des autres ?

Je vous remercie pour cette opportunité que vous me donnez pour permettre aux citoyens sénégalais, aux populations, à nos amis de l’extérieur de pouvoir analyser et juger la marche de notre pays. Cette onzième législature, sortie des élections de juin dernier se sont déroulées d’une excellente manière. Et les observateurs sénégalais et internationaux, la presse, ont pu juger de la crédibilité de notre système électoral.

Après la présidentielle où le Président de la République Me Abdoulaye Wade a eu son programme agréé par les populations avec un pourcentage extrêmement important du point de vue de la participation, sa proposition de confier : « Construisons ensemble le Sénégal  » a eu l’adhésion de la population avec 56 % des voix. Jamais dans l’histoire du Sénégal, dans un système pluraliste, un président de la République n’a été si bien élu. Avec les élections législatives de juin dernier est apparue une recomposition politique avec une large majorité de la Coalition Sopi 2007, mais avec un éventail de nouveaux partis politiques présents à l’Assemblée Nationale. Jamais aussi dans l’histoire de notre pays, on n’a eu autant de partis dans leur diversité au sein de l’Hémicycle. Ces élections se sont aussi déroulées dans la plus grande transparence et nous avons une Assemblée Nationale qui est en train de dérouler un programme de rupture.

La majorité de la dixième législature est sortie renforcée pour un effectif de 99 députés au départ sur 120 avec la situation qui a prévalu avec la Ld/Mpt et la fronde au niveau du Parti démocratique sénégalais, nous en étions à 73 députés. Et de ce nombre, nous sommes aujourd’hui à 131, donc l’effectif de la dernière législature plus 11. Il y a plusieurs partis politiques qui sont présents et qui ont pu se constituer dans le groupe parlementaire « Démocratie et progrès » dirigé par le président Modou Diagne Fada. Aussi, les non-inscrits conduits par le député Ndèye Fatou Touré, se sont organisés pour une période, je pense de deux mois. Notre intention est dictée par la profession de foi que M. Macky Sall, aujourd’hui président de l’Assemblée Nationale, tête de liste de la coalition Sopi, a eu à poser avant les élections pour dire que cette année nous allons accentuer les ruptures qui ont été annoncées et commencées dans la dixième législature. Ainsi, nous allons vers un système beaucoup plus net dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale.

Dans cette profession de foi, il est apparu que la tête de liste de notre coalition Sopi avait déjà annoncé que nous allons vers la présence fréquente du gouvernement à l’Assemblée Nationale à travers des questions posées. Cela veut dire que nous allons encore faire des choses inédites qui ne se sont pas déroulées au Sénégal depuis 1959.

À part les questions orales, quelles sont les autres innovations que vous envisagez apporter ?

La première rupture annoncée dans la dixième législature, était d’abord de mettre les députés dans des meilleures conditions de travail. Et cela a été aussi une revendication collective qui a été posée par les collègues députés et prise en charge par les présidents des autres groupes notamment les présidents Ousmane Tanor Dieng et Madieyna Diouf, accompagnés par le président de l’Assemblée Nationale de l’époque Pape Diop. Nous nous en sommes ouverts à Monsieur le Président de la République, après une étude, pour lui montrer dans le cadre de la sous-région et principalement de la Cedeao, que le Sénégal était classé parmi les bons derniers dans la prise en charge des problèmes des parlementaires. Ainsi, nous sommes allés vers une revalorisation de la situation salariale et la mise en place de moyens comme les bureaux.

Pour la première fois dans l’histoire du Sénégal, les députés peuvent au moins se dire : « Nous partageons les bureaux à deux, trois ou quatre ». Quand des parlementaires travaillent de cette manière dans un bureau, cela veut dire qu’on ne s’est jamais soucié auparavant de mettre les parlementaires dans de bonnes conditions de travail dans notre pays. Dès l’instant que nous avons d’abord posé le problème de la mobilité des parlementaires, nous avons mis en place un système qui permet à chaque début de législature aux parlementaires après l’ouverture des sessions d’avoir le règlement intérieur du Parlement entre les mains, le médaillon, la banderole, le bureau, l’ordinateur et le véhicule.

Il est apparu à travers les résultats des élections législatives, un comportement des citoyens sénégalais qui se sont exprimés pour dire au Président de la République : « Nous sommes d’accord sur votre programme et nous vous élisons à 56 %, mais nous n’avons pas été totalement en phase avec vos parlementaires dans le cadre de leur manière de faire, de ce qui a été fait au niveau de l’Assemblée Nationale, une mauvaise image de la représentation parlementaire ». Par conséquent, pour qu’on puisse avoir ce va-et-vient entre le parlementaire, la prise en charge des préoccupations et les compte-rendus, il était important que les parlementaires disposent d’une mobilité. Nous avons annoncé la nouvelle Assemblée sur ces principes.

Une présence sur le plan international, donc les mesures prises par le président Pape Diop qui a fait une excellente législature sans compter maintenant les problèmes politiques que l’Assemblée Nationale a connus dans la dernière législature, les moments les plus forts et les plus intenses de la situation politique. Jamais un groupe parlementaire n’a été aussi secoué dans l’histoire du Sénégal que le groupe que nous avons eu dans la dixième législature avec des propositions de lois extrêmement importantes, des modifications de la Constitution, des motions de censure et avec la résolution d’accusation. Par conséquent, le président Macky Sall est venu pour améliorer avec beaucoup d’efficacité et d’une manière plus opérationnelle le travail parlementaire. Nous sommes aujourd’hui engagés de fort belle manière à la séance des questions orales avec le gouvernement. Avec le passage de cinq ministres par semaine devant les députés, je pense que c’est vraiment important. Il y a également la présence de notre Parlement dans les instances internationales.

Après la longue absence des députés sénégalais au Parlement de la Francophonie, le retour du Sénégal a été fortement apprécié. Cela a obligé la structure francophone à prévoir à côté de la commission politique qui a toujours été dirigée par la France de mettre en place un poste de vice-président pour le confier à notre pays. Quand le Sénégal revient après une absence sur la scène internationale parlementaire et obtient un poste de vice-président après la France, cela veut dire que notre retour sur la scène internationale parlementaire a été remarqué et remarquable.

Ensuite, nous allons vers une modification de notre règlement intérieur pour permettre à l’Assemblée d’être beaucoup plus opérationnelle sur les commissions d’information, de contrôle et d’enquêtes parlementaires. Mais surtout, de la présence du gouvernement tous les mercredis et des questions, qui ne sont pas préparées c’est-à-dire différentes des questions orales. Cette navette d’informations est très utile ; ensuite sur les visites et les travaux d’études, nous avons engagé une mission sur le coût du loyer à Dakar. Nous avons constaté qu’on parle très souvent du pouvoir d’achat alors que le gouvernement du Sénégal a beaucoup fait entre le 19 mars 2000 et aujourd’hui. Les Sénégalais ont connu des augmentations substantielles dans certains corps de métier. Les salaires ont été pratiquement multipliés par deux. Nous avons décidé de regarder les choses en aval pour voir comment agir sur les produits de consommation courante.

À ce niveau, il y a des choses à faire. Je pense que si nous réussissons cette mission d’information sur les coûts du loyer pour arriver à des techniques réglementées, nous aurons amélioré très sensiblement le pouvoir d’achat des Sénégalais. Voilà comment se présente cette nouvelle législature. La majorité dont nous disposons n’est pas une majorité qui vise à affaiblir l’opposition. C’est pour cette raison que nous avons commencé dans le cadre de l’organisation du travail après avoir arrêté le principe, à donner un certain nombre de choses, des avantages à l’opposition parlementaire non organisée. En guise d’exemple, je peux vous citer le cas des questions orales. Si nous appliquons les règles démocratiques de la représentation en fonction des effectifs, le groupe des non-inscrits devait disposer de 2,5 minutes de temps de parole.

Pourtant ce groupe se retrouve avec un temps de parole entre 8 à 10 minutes. Nous avons essayé de mettre l’opposition dans une meilleure posture pour lui permettre de participer au débat parlementaire. Il appartient à cette dernière de savoir tirer les avantages qui sont dans notre règlement intérieur et à ne pas faire comme l’ancienne opposition qui s’est noyée dans certaines contradictions jusqu’à ne pas pouvoir choisir le chef de l’opposition parlementaire.

On parle d’une fronde des députés simples qui seraient frustrés par l’inégalité des traitements entre eux, les membres et les présidents des commissions. Estimez-vous ces revendications fondées ?

Ces revendications non seulement elles sont non fondées, mais elles sont illégitimes et ridicules. En plus, elles ont été faites dans des conditions qui n’honorent pas un parlementaire. Je ne pense pas qu’un parlementaire qui appartient à une Assemblée, qui a une liberté de parole, qui est protégé par la loi de par son immunité parlementaire devrait être disposé à se cacher dans quelque hameau ou dans quelque baraque pour procéder de la sorte. La onzième législature fera face, notre groupe parlementaire fera face. Les députés ont la liberté de pouvoir venir à l’Assemblée Nationale et de dire ce qu’ils pensent. Et je dis encore à nos concitoyens que tout député, toute personne investie d’un suffrage notamment le suffrage universel, et qui n’est pas capable de se dévoiler pour porter ses propres revendications mêmes égoïstes ne mérite pas la confiance de la Nation.

Nous n’interdisons pas de poser des revendications, mais il y a des lieux pour le faire. Le Parlement est le lieu privilégié pour ces derniers de le faire. Ensuite, c’est ridicule car dans aucun pays au monde, dans aucune organisation hiérarchisée, on ne trouve des individus qui ont les mêmes avantages. Il y a toujours eu des différences de traitement entre le président de l’Assemblée Nationale et les autres députés. C’est pour cette raison d’ailleurs que le règlement intérieur et la Constitution ne disposent que le président de l’Assemblée Nationale qui est élu au suffrage universel avec ses collègues soit élu pour cinq ans alors que les autres membres du bureau le sont pour un an.

Par conséquent, toute personne qui occupe une fonction au nom du bureau est susceptible d’être changée chaque année. Il n’y a pas de raison à mener des combats qui sont d’abord voués à l’échec. Ensuite, je ne pense pas que les populations méritent cela. Il appartient aux citoyens de pouvoir identifier les auteurs de ces frondes et nous les aiderons dans ce sens pour fustiger ces attitudes qui n’honorent pas notre Parlement. Pour une Assemblée qui de 1960 à maintenant n’a jamais pu bénéficier des conditions actuelles, il est inadmissible qu’entre le 20 juin et la date d’aujourd’hui que des députés puissent encore se cacher et ourdir des complots à l’encontre du pays et des Sénégalais. Je suis désolée de le dire crûment avec mon sens de la mesure et de la responsabilité, je peux ne pas avoir raison mais c’est ma vérité : c’est indigne d’un député.

Ce que nous avons fait depuis le début de cette onzième législature jusqu’à maintenant est considérée par certains parlementaires qui ont fait trois voire quatre législatures comme quelque chose d’inestimable. Pour la première fois, je suis dans ma troisième législature, en moins de deux mois le président de l’Assemblée Nationale, M. Sall a pu réunir toutes les commissions techniques et rencontrer tous les députés dans des séances qui tournaient autour de trente à quarante personnes. Nous avons ainsi pu fixer des objectifs et évaluer les moyens et mis des dispositions de contrôle. C’est dire donc que nous sommes en train de réaliser nos objectifs de rupture pour une autre Assemblée Nationale. Et forcément il y a des gens qui vont suivre et d’autres qui sont à la traîne, on va essayer de les tirer. Mais, s’ils ne suivent pas le cordon ombilical sera coupé sans regret.

Est-il opportun selon vous présentement comme le propose Me Abdoulaye Wade, de reconstituer le Pds ? Pensez-vous que l’œuvre soit réalisable ?

Le rassemblement des libéraux, des militants ou de ceux qui ont été nourris par la sève du Pds et notamment celle du Président Abdoulaye Wade, est possible. Ce dernier depuis qu’il est arrivé au pouvoir a toujours prôné le rassemblement des Sénégalais dans un grand programme et un grand parti politique. Je rappelle qu’en 2004 nous avions parlé de la nouvelle majorité. Certains partis comme la Ld/Mpt avaient contesté. Aux résultats, les Sénégalais ont adhéré à la vision de Me Wade. Quand nous appelons vers nous des partis de gauche, de centre ou de droite, il est inopportun de laisser en rade les membres de notre famille quels que soient les problèmes.

Il y a eu de grands problèmes au sein de la famille libérale d’ordre organisationnel, de positionnement parce que tout le monde veut être aux premières loges et en premier lieu. Il y a eu également des difficultés liées à des trahisons. Au niveau de notre groupe parlementaire à certains moments nous avons eu à faire face à une situation qui ne ressemblait pas à celle d’un parti bien organisé. Mais nous avons fait face et dépassé cela. Nous avons fait face à la trahison, à nos ennemis. Mais une fois ces problèmes réglés, il est possible et il doit l’être que la famille libérale soit réunie. Et c’est à cela qu’appelle Me Abdoulaye Wade.


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