Accueil / Confidences / DR ABDOURAHMANE SARR, ECONOMISTE ET PRESIDENT DU CENTRE D’ETUDE POUR LE FINANCEMENT DU DEVELOPPEMENT LOCAL « Les acteurs qui doivent prendre cette décision sur la monnaie commune n’y croient pas véritablement »

DR ABDOURAHMANE SARR, ECONOMISTE ET PRESIDENT DU CENTRE D’ETUDE POUR LE FINANCEMENT DU DEVELOPPEMENT LOCAL « Les acteurs qui doivent prendre cette décision sur la monnaie commune n’y croient pas véritablement »

Venu participer à la 3éme édition des rencontres perspectives africaines, organisée par LEGS-Africa sur le Thème « Quelles  alternatives crédibles au franc CFA ? », le Dr Abdourahmane Sarr nous a livré ses impressions sur la fiabilité ou non du projet de mise en place d’une monnaie commune de la Cedeao.

 Quels sont les facteurs de blocage pour qu’on ait notre monnaie  commune ou unique ?

 Pour que les pays puissent avoir une même monnaie, il faut qu’il y ait les mêmes structures, non seulement sur le plan économique, mais  aussi sur le plan des agrégats macroéconomiques. Il y a un processus sur le plan purement technique de convergence de certains agrégats qu’il faut assurer avant de pouvoir aller à une monnaie unique. De ce point de vue là, les préalables ne sont pas encore réunis au niveau de nos différents Etats pour avoir cette monnaie unique. Ce qui fait que peut-être, il est beaucoup  plus facile d’avoir une monnaie commune,  et non unique, parce qu’une monnaie commune peut s’accommoder de monnaies nationales sans que cette monnaie ne soit unique. On aurait pu parler du fait qu’on peut aussi avoir à côté d’une monnaie commune UEMOA, des monnaies nationales complémentaires pour réaliser l’inclusion financière des populations et des entreprises. C’est ce que nous proposons. C’est-à-dire à côté d’une monnaie commune UEMOA ou CEDEAO, des monnaies nationales citoyennes et complémentaires.

Est-ce qu’il y a une pression de la France sur l’installation de cette monnaie ?

Je ne pense pas que la France représente un obstacle. Comme je le dis toujours, il est de notre responsabilité de décider de ce que nous voulons faire. Nous avons déjà une monnaie commune qui est le franc CFA que nous voulons reformer. Nous devons prendre notre responsabilité pour le reformer, il faut en avoir le courage. On ne peut pas utiliser la monnaie commune de la Cedeao pour sortir du Franc CFA. On doit réfléchir sur le Franc Cfa et décider de ce qu’on veut  exactement reformer. On comprend mieux pourquoi cette date butoir de la mise en œuvre de cette monnaie commune est reportée.  C’est parce que les  acteurs qui doivent prendre cette  décision n’y croient pas véritablement. Ce Franc Cfa à reformer fonctionne selon un certain nombre de principes. Nous avons des réserves de change  qui sont centralisées au niveau du trésor français. Elles sont  suffisantes pour nous permettre de défendre la parité de notre monnaie. On peut prendre ces réserves et les garder ailleurs qu’au trésor français. On peut également décider de changer le régime de change du Franc CFA, de transférabilité des capitaux au niveau de la zone CFA. Tout cela pour dire que nous pouvons décider du type de monnaie que nous voulons pour  l’Uemoa. Nous pouvons également  décider de prendre le bloc de l’Uemoa et d’aller vers une monnaie  commune au  niveau de la Cedeao. Nous avons beaucoup de choses  ensemble qui nous permettent d’aller très rapidement vers une plus grande flexibilité dans la gestion monétaire d’un franc CFA reformé.

Y a-t-il des risques sur la mise en place ?

 Vous savez, la gestion d’une monnaie est technique. Ce n’est pas simple. Avant d’avoir cette monnaie unique, il faut que les préalables soient en place sur le plan de la structure des différents pays et de  leurs différents agrégats macroéconomiques.  Ce qui peut influencer  le comportement  de cette monnaie si elle devait être unique. C’est la raison pour laquelle on parle de convergence. Pour l’instant, à mon avis, les préalables ne sont pas encore en place. Mais, à mon avis, nous avons encore une fois dans l’Uemoa ou même dans la CEMAC, des préalables qui nous permettent de faire évoluer notre système vers quelque chose qui ne serait plus fixe, mais beaucoup plus modulable pour mieux accompagner le développement de nos pays. Nous n’avons pas encore réalisé toutes les convergences qu’on voudrait avoir un niveau de l’Uemoa. Il nous est possible de faire évoluer le régime du franc CFA vers une flexibilité beaucoup plus grande.

Est-ce que  les  problèmes  de convertibilité du Franc CFA ne sont pas liés à un souci de bloquer les échanges commerciaux avec les  autres pays développés ?

 Non. On n’a pas besoin de la France pour garantir sa convertibilité. Nous avons les réserves de change nécessaires qui nous permettent d’assurer la parité du Franc CFA par rapport à l’Euro. Vous savez, la convertibilité, c’est juste une garantie que nous donne la France par rapport à notre monnaie pour que les utilisateurs puissent avoir confiance. En pratique, la question de la transférabilité des capitaux  n’est pas totalement libre.

En principe, nous sommes tout à fait en mesure de garantir la parité  du Franc CFA reformé. Ça sera choisi par nous-mêmes car le Franc CFA est notre monnaie. Est-ce qu’il est toujours nécessaire  de garder  ces réserves que nous avons pour pouvoir garantir cette monnaie au trésor français ? Si on a le leadership, la gouvernance et la responsabilité qu’il faut, on devait prendre ces  réserves et les garder là où tout le monde garde ses réserves.

Interview réalisée par Zachari Badji

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3 Commentaires

  1. ibrahima khalil

    ils sont des poltrons et traitres indignes de la confiance de leurs peuples.Ils ont peur d’être défenestrés par la France à la gbagbo comme exemple.

  2. ibrahima khalil

    Ils sont des poltrons et traitres indignes de la confiance et du mandat de leurs peuples.

  3. Le message est clair. Nos chefs d’état doivent prendre leurs responsabilités.