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Dr Fatou Sow Sarr sur la disparition du Khalife Général des Tidjanes « Al Amine était un homme d’une sainteté extraordinaire…»

Dr Fatou Sow Sarr est revenue longuement sur le rappel à Dieu du Khalife général des Tidjanes. Sociologue et directrice du laboratoire genre de l’Ifan, elle était, ce samedi, l’invitée du Grand Oral. Sur les ondes de la 97.5 Rewmi FM, elle a aussi abordé la question genre au Sénégal. Morceaux choisis.

Rappel à Dieu du Khalife des Tidjanes

« Au lendemain de la disparation d’Al Makhtoum, j’étais l’invitée du Grand Oral. Six mois après, je suis encore l’invitée de cette même émission et ça coïncide avec le décès du Khalife générale des Tidjanes, Sérigne Abdoul Aziz Sy Al Amine. Ce dernier est qualifié de l’intellectuel organique parce que c’était l’instituteur du siècle, en ce sens qu’il avait instruit tout un peuple sur plusieurs générations. Quand nous pensons à Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine, pour moi, c’est l’architecte de la cohésion sociale. Au regard de tous les témoignages qu’on a fait sur cet homme et qu’on aurait dû faire avant qu’il ne disparaisse. C’est-à-dire on nous a montré un homme d’une sainteté extraordinaire, dans la mesure où il voulait éloigner de lui tout ce qui était illicite. Au point que quand on lui donnait des voitures, il préfère ne pas les utiliser. Donc, il redistribuait tout ce qu’il avait aux autres parce que c’est ça la tradition dans la famille. C’est ce qu’également Mame Dabakh faisait parce qu’il lui arrivait de ne pas avoir la dépense quotidienne. Pourtant, on lui offrait des enveloppes d’argent mais qu’il redistribuait aux autres ».

Quels enseignements peut-on tirer de ces hommes de Dieu ?

« Donc, pour parler de ce que nous apprenons de ces hommes, je pense qu’il serait intéressant de revenir de manière plus rapprochée sur ce qu’ils ont fait, ces hommes de Dieu de toutes les familles. Si nous avons cette stabilité au Sénégal, c’est ce que certains chercheurs appelaient le contrat social sénégalais. Cette relation dure depuis l’époque coloniale entre le pouvoir politique, la société et les marabouts qui eux, quelque part, ont joué ce rôle pour contenir la société, pour avoir cette forme de stabilité dans notre espace. En réalité, le pouvoir politique ne les intéresse pas et je crois que Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine l’avait dit. Mais, ils avaient un rôle politique. Rappelons que le rôle politique n’a rien à voir avec le pouvoir politique. Et c’est dans cette conduite de la destinée de notre nation que l’on découvre la valeur extraordinaire de ces hommes. Et moi, je peux en témoigner parce qu’au moment où on faisait le pacte républicain avec Alioune Tine, on était allé le voir. Quand on parlait de la présence des femmes dans l’espace public, il nous a dit j’accepte d’être votre « Gooru Mbotay ». Les gens n’avaient absolument rien compris et il nous avait tenu des propos d’une modernité et d’une lucidité au point que nous qui étions là-bas, nous ne pouvions pas le soupçonner (…). Nous invitons les jeunes à s’inspirer de l’exemple de nos guides religieux ».

En quoi cette perte sera-t-elle ressentie par les Sénégalais ?

« Il faisait un travail sous-terrain, un travail de conciliation parce que c’est quelqu’un qui avait une grande expérience politique. Quand nous l’avons rencontré, on a su qu’il a été confronté aux jeunesses du Parti africain de l’indépendance. Quand il a été en contact avec toute cette classe politique de départ qui a fondé le Sénégal et à travers tous les groupes politiques, les scissions qui se sont faites en tout cas, les émergences de nouveaux pôles politiques, Abdoul Aziz Sy Al Amine les connaissait tous. Il a eu la pratique. C’est quelqu’un qui avait le vécu. C’est pourquoi il lui était plus facile, à lui, vu son parcours, parce que c’est lui qui était également par rapport à son père, son répondant. Donc, il connaissait de l’intérieur le mouvement politique sénégalais, son évolution, ses transformations, ses mutations. Et c’est ça qui facilitait sa capacité à pouvoir faire le travail de médiation. Il nous donnait des cours magistraux pour nous expliquer que tel parti politique, malgré son faible poids politique, pesait de telle manière dans l’espace sociale. Il était politique sans chercher le pouvoir ».

Avançons pour parler d’actualité avec le dernier remaniement ministériel. Pourquoi avez-vous relevé des anomalies avec la dénomination de certains ministères, notamment celui de la Famille, de la Femme et du Genre ?    

 « Le remaniement au lendemain d’un scrutin, c’est tout à fait normal. C’est ce qui se fait dans toutes les grandes démocraties. Le chef de l’Etat réorganise son équipe en fonction des objectifs qu’il se fixe. Donc, pas de commentaire à faire. Par contre, le commentaire que nous avions fait c’est d’abord saluer le fait que le gouvernement du Sénégal introduise pour la première fois le concept genre dans la dénomination de ce ministère-là. Ce n’est jamais trop tard, mais c’est depuis 1995 que ce concept a été introduit (…). Certains pays l’ont compris parce que c’était une époque charnière où il fallait changer d’approche centrée sur les femmes, centrée sur les relations genres où ce sont les hommes et les femmes qui sont en perspective. Alors, il se trouve que le Sénégal, tout en étant dans la question du genre, a continué avec l’ancien paradigme. Et cet ancien paradigme a des implications, c’est-à-dire on s’adressera à ce qu’on appelle les besoins pratiques (santé, éducation,…). Mais, cette approche ne permet pas de changer totalement la situation de la femme et, c’est ce qui a amené l’utilisation du concept parité. Ce n’était pas normal qu’on continue à avoir un ministère sur les questions uniquement de femmes. Cela ne nous permettra pas d’atteindre les objectifs de développement qu’on se pose. Donc, en le faisant, il faut le saluer, mais en même temps il y a toujours les avatars des anciennes pratiques. On n’arrive pas à se départir de ce concept de femme ».

Cheikh Moussa SARR

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