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Dr. Joachim Emmanuel SARR : ‘Keur Serigne bi est un cancer qui gangrène la santé’

Dans notre pays, le pharmacien est la plus part du temps considéré comme un boutiquier vendant des médicaments. Pour amener les populations à revoir ce cliché qu’elles ont des pharmaciens, l’Ordre des pharmaciens a entrepris une campagne de sensibilisation en organisant ‘les premières journées pharmaceutiques au Sénégal’. Venu rendre visite à notre rédaction dans le cadre de la préparation de ces journées, le Docteur Joachim Emmanuel Sarr, membre du bureau de l’Ordre et président de la commission communication de ces journées, était accompagné de Assane Touré, consultant en communication en matière de santé.

Source : Walfadjri

Pemières journées pharmaceutiques

Ces journées se dérouleront du 26 au 29 avril 2007. Le thème central de ces premières Journées pharmaceutiques sera ‘Quel avenir pour la pharmacie au Sénégal ?’ Ce thème sera traité par le Dr Cheikh Bâ qui est le directeur général de PfizerAfrique de l’Ouest.

D’autres thèmes seront également abordés au cours de ces journées, notamment le point qui concerne le partenariat voulu entre le public, le privé et l’université. Il sera également question de l’adéquation formation-emploi, de la réforme du système de l’enseignement et des cirruculae.

Aujourd’hui, on est un peu à la phase du système Lmd. La législation et les textes réglementaires ne seront pas en reste. Malheureusement, nous avons des textes qui datent d’assez longtemps et qui dans la plupart des cas sont obsolètes et ne collent plus à la réalité que nous vivons actuellement. Ce sera l’occasion de réfléchir là-dessus et de proposer des améliorations.

Ces journées seront également l’occasion d’évoquer la question de la qualité en pharmacie. Un sujet très compliqué car on parlera de la qualité dans les officines, dans les laboratoires, dans les industries.

La santé s’écrit avec grand S. Elle ne peut pas se conjuguer avec le pharmacien tout court, le médecin ou le dentiste. C’est un ensemble, et l’ensemble doit concourir à la bonne santé des populations.

Pendant ces journées, quand on parle de qualité en pharmacie, il y a cet aspect qui va être pris en compte. Dans ce panel, plusieurs spécialités seront présentes. Elles vont travailler sur la qualité des médicaments, sur le contrôle de la qualité des médicaments, sur l’observance du médicament, c’est-à-dire comment bien prendre les médicaments.

Le pharmacien dans ce pays a été toujours été considéré comme un boutiquier. On oublie que c’est quelqu’un qui a été formé pendant cinq années à la faculté et qui a eu à brasser plusieurs matières. Et quand il sort, on le cantonne à une partie de sa spécialité, c’est-à-dire la vente des médicaments. Et le rôle d’agent du système de santé est mis en veilleuse, le rôle du conseil du pharmacien est mis en veilleuse. Et tous les pharmaciens sont impliqués dans les activités d’explication de l’observance des médicaments.

Critères d’implantation des officines

Les officines ne sont pas implantées n’importe comment. Jusqu’à tout récemment les critères retenus étaient ceux de distance et de population.

Aujourd’hui, le critère retenu est de plus en plus celui de population.

D’abord on a une poussée démographique, car aujourd’hui beaucoup de pharmaciens ont été formés et on ne peut pas les laisser sur la touche. Et la taille de la population augmente également.

Mais dans une zone où la population est nombreuse, on ne peut pas se permettre de placer deux pharmacies face à face. Il faut respecter quand même une certaine confraternité et créer les conditions d’un exercice saint. On observe quand même une certaine équidistance entre les différentes officines.

C’est vrai qu’il y en a beaucoup, mais on ne peut faire autrement, car on a une poussée très forte de jeunes diplômés et qui veulent s’installer. Et malheureusement dans des pays comme le nôtre, il n’y a pas beaucoup de diversités. Les gens ne cherchent pas ailleurs que l’ouverture d’une officine. Ce qui fait qu’il y a une concentration de pharmacies. Dans d’autres pays, les pharmaciens sont un peu partout. Ils sont dans le marketing, ils sont dans l’industrie…

C’est vrai que l’offre n’est pas très importante en dehors de l’officine, mais c’est vrai aussi qu’il y a peut-être une certaine paresse qui font que les gens vont systématiquement en officine alors qu’ils auraient pu imaginer d’autres créneaux pour trouver leur compte.

Marché illicite et médicaments de la rue

C’est une menace qui pèse sur la pharmacie par le marché illicite, mais c’est surtout la santé des populations qui est menacée au Sénégal. Il y a lieu pour les populations et surtout les malades de bien faire attention. Parce que ce marché illicite qui approvisionne les médicaments de la rue est dangereux. Ces médicaments sont dangereux pour les officines, mais surtout pour la santé des populations.

On pense faire des économies en achetant des médicaments soi-disant moins chers dans la rue, mais qui peuvent créer des problèmes de santé où le malade devra casquer beaucoup plus.

L’ordre des pharmaciens travaillent à éradiquer le fléau en notre sain. C’est vrai que dans toute corporation il y a des brebis galeuses. Nous sanctionnons quand il le faut, mais il y a la mauvaise graine qui est extérieure à notre profession. Et cette mauvaise graine, il n’y a que les autorités qui peuvent nous aider à l’éradiquer. Or, il se trouve que notre collaboration avec les autorités n’est pas une collaboration continue, soutenue. Il faut les mettre sous pression. Mais si vous les chassez, ils reviennent au galop.

La population des pharmaciens est en train de croître. Et nous avons toujours parlé aux autorités en leur disant de nous aider à éradiquer ce phénomène de marché illicite des médicaments. Mais nos attentes ont toujours été en deçà de nos espérances.

Dernièrement une réunion a été tenue avec des agents qui traquent le marché illicite notamment les douaniers. Il y a une conscience qui est en train de se développer pas seulement au niveau de notre pays, mais au niveau des pays de la sous-région pour que les médicaments fassent l’objet d’une plus grande attention. Des choses sont en train de se faire, mais il leur faut du temps pour être réellement efficaces.

Problème de Keur Serigne Bi

Keur Serigne bi est un cancer qui gangrène la santé au Sénégal. Moi personnellement j’ai été à Keur Serigne Bi voir un peu comment ça fonctionnait. Mais vous n’avez même pas accès aux médicaments. On vous demande d’attendre et le bonhomme sort avec un médicament.

Vous ne savez pas d’où vient le médicament, dans quelles conditions il a été conservé ? Malhreusement nous, Ordre des pharmaciens, n’avons pas une emprise directe sur Keur Serigne Bi. On n’est pas une autorité qui peut agir sur Keur Serigne Bi.

Normalement Keur Serigne Bi n’aurait pas dû exister.

Des pharmaciens qui approvisionnent Keur Serigne Bi, on ne peut pas dire que ce n’est pas vrai. Par contre, ce dont je suis convaincu, c’est s’il y a des pharmaciens qui s’adonnent à tels actes, on les a à l’œil. Et le premier sur lequel on aura des preuves concluantes fera l’objet d’une sanction exemplaire au niveau de l’Ordre.

Mais pour le moment et depuis que je suis membre du bureau de l’Ordre, on n’a pas encore pris un pharmacien en flagrant délit en train d’approvisionner Keur Serigne Bi en médicaments.

Maintenant pour ceux qui agissent à Keur Serigne Bi et qui ne sont pas des pharmaciens, l’Ordre n’a pas un pouvoir de coercition sur eux.

Au niveau de l’ordre, nous avons entrepris beaucoup d’actions. Nous avions effectué une marche pour dénoncer le problème. En audience avec le président de la République, nous avions évoqué le problème. Nous en avons souvent parlé avec le ministre de tutelle, le ministre de la Santé et de la Prévention médicale.

En notre sein, nous avons mis la pression sur certains confrères qu’on peut considérer comme verreux. Nous avons beaucoup communiqué dessus, mais nous reconnaissons qu’il reste à améliorer cette communication.

Ceux qui veulent aller dans des chemins de travers, sont en général têtus, coriaces. Vous éradiquez une génération, une autre pousse. C’est un travail de longue haleine.

L’Initiative de Bamako

Cette initiative était à l’origine une initiative pour rendre les médicaments plus accessibles à une frange de la population qui n’avait pas beaucoup de moyens.

Mais il y a eu des dérapages. Les médicaments essentiels étaient censés être les médicaments délivrés au niveau de l’Initiatve de Bamako.

L’Initiative a dérivé et embrassé des médicaments qui étaient plutôt du domaine de la pharmacie privée.

Ce dérapage est connu, reconnu et attesté. Maintenant, le privé dans le cadre d’un partenariat public-privé a réagi d’une certaine façon. Il a accepté un certain nombre de médicaments qui étaient à peu près dans la ligne de l’Initiative de Bamako. Ceux sont des médicaments très peu chers accessibles à ces populations ciblées.

Pourquoi ce partenariat ? Parce qu’on s’est rendu compte que le privé s’est bien implanté sur tout l’étendu du territoire national. Les officines sont des lieux beaucoup plus adaptés pour la dispensation de médicaments en terme d’adaptabilité et de qualité.

C’est ainsi que les officines ont été choisies comme réceptacle de ces types de produits. Aujourd’hui, dans une pharmacie privée, vous trouverez des médicaments génériques ou pas et des médicaments de l’Initiative de Bamako.

Normalement l’assiette de médicaments pour soigner le malade s’est élargi. Le pharmacien a obligation de respecter la prescription d’un médecin. Si un malade dit qu’il n’a pas les moyens d’acheter tel ou tel autre médicament, il est du devoir du pharmacien de ne pas le laisser partir les mains vides, et de l’orienter vers les mêmes molécules en générique.

Il faut savoir faire la substitution. Et nous sommes assez outillés pour le faire. D’ailleurs, les pharmaciens ont intérêt à conseiller les malades.

D’abord ce sont des agents de santé publique, donc il n’ont pas le devoir de laisser quelqu’un partir sans se soigner et deuxièmement ce sont des chefs d’entreprises. Autant effectuer une vente ou ne pas en faire du tout.

Réforme du système de l’enseignement et des cirruculae

Avec cette réforme, les condisciples pourront choisir des filières. Parfois, certains arrivent jusqu’en quatrième année. Il faut trouver les moyens leur permettant de faire d’autres formations diplomantes. Par exemple, ils pourront aller en Fac des sciences. Cette réforme crée des passerelles entre les différentes facultés. Il faut permettre à chaque étudiant d’aller là où il se sent le mieux, après deux ou trois années de formation en pharmacie.

Gardes des officines

Ce problème des gardes est un problème douloureux dans la profession.

Douloureux, car il atteint un niveau qui n’aurait pas dû l’être. Tout professionnel de la santé doit accepter que les choses soient organisées. On constatait des ouvertures à n’importe quelle heure. Cela ne sert à rien que deux pharmacies dans le même coin ouvrent en même temps 24 h/24.

Ce problème de l’ouverture et des heures de garde est un problème douloureux qui a été à l’origine de la création d’un nouveau syndicat dans la corporation. On essaye dans chaque zone de définir un calendrier qui aille dans le sens de l’approbation du maximum. Mais dans toute profession, des gens qui rament à contre courant, il n’en manque pas. Ce sont des gens difficilement disciplinables. Aujourd’hui, on est en train de réfléchir et d’amener le maximum de confrères et de consœurs à respecter un ordre défini et toujours dans le sens de l’intérêt des populations.

Cherté des médicaments

Le Sénégal produit à peu près 5 % des médicaments qu’il consomme. Cela veut dire que nous avons une emprise très faible sur le prix des médicaments.

Heureusement il y a une diversification de la provenance.

Aujourd’hui, on a des médicaments qui viennent d’Europe, d’Asie et même de l’Afrique. Cette diversification des origines induit quelque part une diversification en terme des prix. Les médicaments, trop adaptés à des maladies, sont en général des médicaments chers. On a encore des médicaments qui sont plus anciens, moins chers et qui ont fait leur preuve. On a des médicaments de marque générique qui sont légèrement moins chers que ceux qu’on appelle les médicaments de spécialité. On a les génériques pures qui sont à la portée des faibles bourses.

Dans la santé, certains sont prêts à investir beaucoup d’argent, d’autres non. Mais le Sénégal offre à la majorité de ses populations la possibilité de se soigner. Reconnaissons qu’au Sénégal les médicaments sont moins chers que dans les autres pays de la sous-région.

Par rapport aux médicaments génériques, c’est la Pharmacie nationale d’approvisionnement qui s’occupe de cet aspect. Elle a également la charge de dresser la liste des médicaments de substitution et de les mettre à la disposition et des prescripteurs et des pharmaciens. Ce travail a été fait et il reste un travail en profondeur de communication pour qu’au niveau des prescripteurs qui, au moment d’établir l’ordonnance, peut dire aux malades que telle molécule vous pouvez l’avoir en générique.

Mais le problème qui se pose c’est qu’en quittant le médecin, il ne vous dit pas exactement que telle molécule vous l’avez en version générique au niveau de la pharmacie. Pour des raisons d’éthique, le pharmacien ne peut pas dire aux malades qui affirme qu’il n’a pas les moyens d’acheter tel médicament qu’il y a possibilité de le substituer à d’autres molécules.

Il y a une relation médecin-malade qui est quand même important, et le pharmacien ne peut intérférer dans cette relation médecin-malade sans qu’on lui donne l’alternative de pouvoir proposer un médicament de substitution.

La question d’automédication est une question de culture chez nous. Nous héritons d’une tradition d’oralité. Au Sénégal, on n’a pas malheureusement la culture de médecin de famille. On n’a pas la culture de la prévention primaire. On attend d’être malade pour aller à l’hôpital, plutôt que d’aller prendre toutes les informations nécessaires pour préserver le capital santé.

L’automédication dans notre société est un problème qui relève de la communication. Il faut qu’on explique aux populations qu’il y a un danger à s’automédiquer. Les dangers qu’il y a à prendre les médicaments en dehors de la posologie indiquée.

Taille du marché sénégalais

La taille des marchés est un aspect important dans la vente des médicaments. Pour qu’une entreprise pharmaceutique soit rentable, il lui faut une taille de marché rentable. En général, nos pays sont quand même de petits marchés. Ici, nous avons trois structures qui sont Valdafrique, Pfizer et Aventis. Pfizer a une vocation sous-régionale. Valdafrique, c’est beaucoup plus le marché local. Aventis, jusqu’à récemment était beaucoup plus aussi marché local. Qu’est-ce qu’on voit, ces deux structures qui sont beaucoup plus marché local tendent à scruter la sous-région. Ainsi, nous avons un problème de taille de marché.

N’empêche, des investissements sont en train de se faire. Une usine est actuellement en construction vers Cambérène avec des capitaux sénégalais, marocains et autres.

L’Ordre en tant que tel ne s’implique pas dans l’investissement, mais ce sont ses membres qui sont des pharmaciens qui travaillent à explorer ce créneau de l’industrie pharmaceutique. Parfois, ils sont actionnaires ou simples employés des ces structures.

Aujourd’hui pour qu’une structure soit rentable ou pérenne, il faut qu’elle ait pour objectif, peut-être, d’approvisionner le marché local, mais au moins le marché environnant.

Braquage des pharmacies

On ne peut pas donner exactement le chiffre d’affaires perdu avec ces braquages d’officines. Pour juguler ce fléau, l’Ordre a fait appel à trois sociétés de gardiennage et de télésurveillance. Les pharmaciens sont également souscrits à une police d’assurance. A défaut d’éradiquer ce fléau, des mesures ont été prises dans le sens de l’amoindrir. Le vol et le braquage sont un phénomène de société. C’est vrai que quelque temps auparavant, nous étions une cible privilégiée. Mais cela a tendance a baissé un peu. En 2006, nous avons recensés au moins une trentaine de sociétés braquées.

Ordre et syndicat des pharmaciens

Pour schématiser, l’Ordre est une institution reconnue par l’Etat et qui gère de la convivialité dans la profession. Il s’occupe plus particulièrement des aspects déontologiques de l’exercice du métier. Le syndicat s’occupe de gérer les intérêts financiers des pharmaciens. Ce n’est pas exactement le même domaine d’actions.

Complicité pharmacien, médecin et délégué médical

Le malade est quand même souverain. Quand il rentre dans une pharmacie, il est décideur. Il peut demander un produit équivalent moins cher. Partant de ce cela, disons que le malade a le levier le plus important.

Peut-être que des confrères s’adonnent à certaines pratiques, on ne peut pas l’attester présentement, mais nous pensons que l’immense majorité des confrères travaillent en toute compétence, en toute honnêteté. Mais des dérives, il y en a partout. Cette coalition au détriment du malade, nous ne croyons pas qu’elle soit quelque peu significative au Sénégal.

Certes les laboratoires qui emploient les délégués médicaux sont des partenaires. On travaille régulièrement ensemble et nous pensons qu’à ce niveau on a un degré de moralité assez élevé. Il faut jouer à renforcer cette relation de confiance entre les pharmaciens et les malades.

Cela aidera à la facilité du traitement et le malade à mieux guérir. Chaque pharmacien fonctionne selon l’état d’esprit de son propriétaire et selon la zone où elle est implantée. Aujourd’hui, la tendance en France quand vous entrez dans une pharmacie, vous ne voyez pratiquement pas les médicaments. On ne voit que ce qu’on appelle des produits de parapharmacie. C’est pour éviter aux malades de s’automédiquer en disant je veux ça. Ici, on n’est pas à l’abri de cette mutation.

Ce sera le lieu lors de ces Journées pharmaceutiques pour les pharmaciens de se prononcer sur des aspects comme l’accueil, l’explication des ordonnances.


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