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DR Momar Thiam expert en communication politique sur le réferendum ….

  • Date: 24 février 2016
Je pense que le Président gagnerait, sur des questions de ce type qui engagent quand même la parole politique, sa parole, la crédibilité de l’institution présidentielle, à organiser un débat avec la presse et l’affronter sur cette question ». C’est le conseil que Dr Momar Thiam, expert en communication politique, donne au Président Macky Sall qui fait l’objet de toutes sortes d’attaques depuis sa décision de respecter l’avis du Conseil constitutionnel lui demandant d’aller jusqu’au terme de son mandat de sept ans. Pour lui, c’est la meilleure façon de riposter face à ceux qui s’attaquent à ses réalisations et à ses choix politiques, en prenant à témoin, par le canal des médias, l’opinion. Le patron du cabinet Conseil en communication, WellCom’In, a aussi parlé de l’effet boomerang de la communication des membres du gouvernement qui envahissent les plateaux de télévisions et les studios de radios, à force de répéter le même discours.
Quelle analyse faites-vous de la déclaration du chef de l’État, du mardi 16 février dernier  relativement aux réformes constitutionnelles ?
Permettez d’abord de faire un éclairage sous le registre de la communication par rapport à la déclaration du chef de l’État. En 2012, le candidat Macky Sall, lors de la campagne présidentielle, avait pris la ferme décision de ramener la durée de son mandat de 7 à 5 ans. C’était une décision applaudie par l’ensemble du peuple sénégalais et notamment des citoyens sénégalais qui sont en âge de voter. Cela dit, on a l’habitude de dire dans le landernau politique que la parole des hommes politiques n’engage que les politiques. Ou que la politique est faite parfois de soubresauts, compte tenu des circonstances et des conjonctures.
Ce qui s’est passé, évidemment, c’est que ce débat, pendant tout le début du septennat de Macky Sall, a pris place autant dans le landernau politique que dans le landernau médiatique, parce que tout simplement les Sénégalais s’étaient passionnés pour une chose qui était très simple : pour une fois, un homme politique a pris une ferme décision qui l’engageait et qui engageait son mandat. Et les Sénégalais s’attendaient à ce que cette décision soit respectée. Maintenant, ce qu’il faut savoir, c’est qu’un Etat normalement constitué, est fait de lois et de règlements. La juridiction suprême qui est le Conseil constitutionnel, garant des lois, a émis un avis que le président de la République a voulu suivre à la lettre.
-Peut-on donc dire que le chef de l’État a touché sa cible du point de vue de la communication ?
Sous le registre de la communication, le Président, à mon sens, s’est adressé à trois types de cibles. La première est d’abord les hommes politiques, parce que, après tout, il est le président de la République, mais c’est aussi un homme politique, chef de parti. La seconde cible est ce que j’appelle l’opinion au plus bas niveau : c’est-à-dire, cette forme d’opinion disparate qui écoute la radio, qui lit les journaux, qui s’informe et qui a une opinion sur des sujets politiques. La troisième cible est ceux qui sont imbus de la chose juridique c’est-à-dire les juristes, qui comprennent un peu les techniques juridiques. Et donc, ces trois formes de cibles ont une perception différente du message du chef de l’Etat.
Les politiques d’abord, surtout quand ils sont de l’opposition, leur rôle est de s’opposer et quelquefois d’être dans une opposition constructive allant même jusqu’à dénoncer quelque part la décision du chef de l’Etat. Parce que tout simplement, il avait pris une décision, il faut qu’il la respecte. Là, ç’est compréhensible, légitimement, ils sont dans leur droit.
La seconde cible qui est concernée est ce que j’appelle l’opinion au plus bas niveau qui, à mon sens, s’attendait à ce que le Président respecte sa parole. Cette cible n’est nullement dans des considérations juridiques, elle ne maîtrise pas les techniques du droit tout comme l’avis du Conseil constitutionnel. Tout ce qui l’intéresse, c’est le respect de la parole donnée. D’autant plus qu’on est dans un pays où l’opinion, dans sa grande majorité, et compte tenu de considérations socio- culturelles, fait de la parole donnée, fût-elle celle du candidat Macky devenu président de la République, une parole d’évangile. Quand on ne la respecte pas, on a quelque part trahi. C’est donc cette cible, aujourd’hui, qui est dans une forme d’incompréhension de la position du chef de l’Etat et qui peut, demain, le sanctionner.
La troisième cible qui est ce que j’appelle les juristes, l’inteligencia, les hommes politiques qui connaissent un peu comment fonctionne le Conseil constitutionnel, la chose juridique, est tout à fait, dans la position de compréhension de l’avis du Conseil constitutionnel, mais aussi de la décision du chef de l’Etat. Ces trois cibles réunies, en termes de communication, il faut se demander qui peut l’emporter. Je pense fondamentalement, ce que j’appelle l’opinion au plus bas niveau, est souvent majoritaire.
Et, cette opinion-là n’est pas dans des partis politiques, elle n’est pas non plus forcément dans des considérations idéologiques. Mais plutôt une cible qui part d’un constat très simple : le chef de l’État avait promis de réduire son mandat une fois qu’il est élu et dit qu’il allait respecter cette décision. À partir du moment où il ne respecte pas cette décision-là, cette cible, quelles qu’en soient les raisons, peut demain le sanctionner. Et c’est cette cible qui est majoritaire et qui fait que le bruit médiatique autour de ce sujet prend de l’ampleur.
Et les sorties des membres du gouvernement depuis cette affaire, comment les analysez-vous ?   
Pour ce qui concerne la communication des membres du gouvernement, il faut savoir que la solidarité gouvernementale existe. Donc, même si on n’est pas tout à fait en phase avec la décision du chef de l’État, on est presque obligé de le suivre. En bons républicains, les membres du gouvernement vont dire que le Président a respecté l’orthodoxie juridique comme l’a rappelé un député. Forcement, ils prennent le train en marche pour dire que le Président a pris la bonne décision parce qu’il a respecté l’orthodoxie juridique qui émane de l’avis du Conseil constitutionnel. La communication à ce niveau-là, ne pose pas de problème.
Par contre, pour moi, là où ça pose problème, c’est que le gouvernement était scindé en deux : entre les partisans de la réduction de la durée  du mandat de 7 à 5 ans, qui voulaient que le Président respecte sa décision ; et les opposants à cette mesure. Ces derniers estiment que le Président était élu pour un mandat de sept ans, il n’est même pas envisageable de parler d’une réduction de ce mandat, même si la décision était prise par le chef et n’engageait que lui. Il y a fausse note pour la simple raison qu’on avait d’un côté ceux qui étaient pour la réduction du mandat et de l’autre ceux qui étaient contre. Cette situation décrédibilise un tout petit peu la parole politique. Forcement, ce que j’appelle l’opinion au plus bas niveau, constituée par ces cibles-là qui ne maitrisent pas la chose juridique et rejettent même les appareils politiques, va grossir davantage pour l’emporter sur les membres du gouvernement et c’est là, où il y a l’enjeu pour le président de la République.
-Selon vous, le pouvoir a-t-il bien communiqué dans cette affaire ?
Depuis mercredi dernier, on a l’impression qu’il y a une communication organisée autour d’éléments de langage pour répondre justement aux interpellations de la presse, mais aussi de l’opposition qui dénonce justement la décision du chef de l’État de maintenir les 7 ans. Cependant, ce qu’il y a lieu de souligner, c’est que cette démarche n’est pas forcément une très bonne chose en ce sens que si on passe par une répétition, même si elle est pédagogique, en un moment, cela va lasser l’opinion. Car on aura l’impression qu’ils cherchent à se justifier. La parole présidentielle suffit largement
Du point de vue de la communication, je pense qu’il y a peut-être une stratégie pour dire : il faut envahir les plateaux de télévision, les stations de radio et expliquer pourquoi le Président a pris la bonne décision, en respectant l’avis du Conseil constitutionnel. Mais, en même temps, si tout le monde se met à rabâcher les mêmes paroles, c’est comme en publicité, le trop de publicité tue la publicité. Donc, cette surcharge de parole va tuer la parole politique. L’opinion peut légitimement penser qu’ils cherchent tous à se justifier.
Dans cette situation, que doit faire le président de la République ?  
En tant que professionnel de la communication politique, je pense que le Président gagnerait, sur des questions de ce type qui engagent quand même la parole politique, sa parole, la crédibilité de l’institution même présidentielle, à organiser un débat avec la presse et l’affronter sur cette question. Parce qu’aujourd’hui, quand des problèmes se posent autant sur ses réalisations que sur des questions purement politiques sur lesquelles on l’attaque davantage, la riposte, en termes de communication, serait aussi qu’il se mette en face de la presse pour parler à l’opinion. Quitte à donner la parole à l’opinion par une sorte d’interactivité pour que cette opinion puisse poser directement des questions et qu’il les affronte.
Tout simplement, nous sommes dans un pays où la proximité relationnelle est sublimée et le dialogue et le partage sont nécessaires devant des questions majeures.
Le Sénégalais est une espèce humaine qui sublime les gens qui sont reconnaissants envers lui. En lui donnant l’occasion de vous interpeller sur certains sujets, notamment par l’intermédiaire de la presse qui va poser les questions que la majorité des Sénégalais se pose, le Président de la République s’installe davantage dans leur entourage et façonne son image.  En apportant des réponses à ces questions-là, cela peut contribuer à décompresser cette tension médiatique et politique qui fait qu’on vous écoute sans vous entendre et on  vous regarde sans vous voir.
En outre, j’ai constaté que le président de la République privilégie les sorties à l’extérieur avec la presse étrangère et que la presse sénégalaise se contente de reprendre à son compte. Quelque part, cela peut être bien, comme cela peut être contre productif. Tout simplement, on a un président de la République qui est dans une forme de communication où le silence est un message. Mais, on est dans un pays aussi avec une tradition orale. Donc, il faut parler aux gens. Il faut aussi leur donner l’impression qu’on les écoute et qu’on a compris ce qu’ils vivent.
En vous écoutant, on a l’impression que vous n’êtes pas satisfait du niveau de la communication du pouvoir, n’est-ce pas ? 
Le Sénégal est le seul pays – à part la grande Bretagne, qui avait tenté de légiférer sur les loyers – qui a réussi à voter une loi pour diminuer le loyer. Ce qui était une avancée extraordinaire, un acquis considérable pour les populations, mais également une promesse que le Président a tenue. Mais, aujourd’hui, on a l’impression que cet acquis est rangé aux oubliettes, tout simplement par manque de communication.
Si le président de la République lui-même faisait le constat, c’est-à-dire, qu’il se déplace lui-même vers les populations, notamment dans la banlieue pour constater que cette mesure a été appliquée, mais que les propriétaires ont trouvé d’autres subterfuges pour contrer cette baisse-là, il peut prendre des correctifs avec les membres du gouvernement. Mais, s’il ne le fait pas, cette mesure devient du néant, tout simplement, parce que les propriétaires ont contourné cette baisse et que demain, il (Président) ne pourra pas se prévaloir de cette baisse. Le Président gagnerait à se rapprocher davantage des populations sur des questions urgentes et qui interpellent le quotidien des populations. Il doit aussi, par l’intermédiaire de la presse, mettre en place des formats d’échanges avec les populations pour une communication mieux maîtrisée.
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