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Drogue, Cocaïne : Le Sénégal est-il victime de ses voisins ?

« L’Afrique de l’Ouest est devenue une plaque tournante du trafic de cocaïne entre l’Amérique du Sud et l’Europe, à côté de la route traditionnelle des Caraïbes », a affirmé, hier, le directeur exécutif des services de police d’Interpol, Jean-Michel Louboutin à l’ouverture, à Arusha, d’une réunion interafricaine de lutte contre la drogue. Mais ce qu’il n’a pas dit, c’est qu’avec une saisie de 2454 kg de cocaïne au Sénégal, soit une valeur marchande de plus de 124 milliards de francs Cfa – si ce produit était destiné à notre pays – et dix fois plus, s’il arrivait en Europe ou aux Usa, il y a de quoi s’inquiéter. Des doigts sont pointés sur nos voisins qui semblent vouloir faire de nous, leur purgatoire.

Source : L’Actuel
Selon une de nos sources, notre pays s’est très tôt illustré dans la lutte contre la drogue en joignant la force de ses corps de police, de douanes et de gendarmerie à travers une structure dénommée office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) comprenant des officiers de liaison (douaniers et gendarmes). Selon cette même source : « Notre pays n’est pas un territoire narco-trafiquant, il est un maillon de la chaîne qui mène aux endroits narco, comme l’Europe et les Usa ». Et cela, simplement par l’argumentaire développé par le commandant Moussa Fall de la gendarmerie nationale, un des héros qui ont mis la main sur une quantité de cocaïne jamais saisie dans notre pays : 2454 kg. Il disait au cours de son point de presse : « La Colombie et le Venezuela, considérés comme les plus grands producteurs de drogue dure, ont été encerclés par un dispositif sécuritaire infranchissable de l’Europe et des Usa au point qu’ils sont obligés de contourner ce dispositif en venant en Afrique, pour ensuite tenter d’y retourner, car ce sont leurs pays de destination ». Notre autre source n’en dit pas plus, elle qui pense que : « Près de 80% de la cocaïne et environ 90% de la marijuana entrant aux Etats-Unis proviennent d’Amérique latine. Produite dans la région des Andes (Bolivie, Colombie, Pérou), la « marchandise » transite par les Caraïbes, l’Amérique centrale et le Mexique, plaques tournantes pour les mafias internationales alliées aux cartels colombiens, qui font la loi dans la région. Et récemment l’Afrique de l’Ouest ouverte sur l’Atlantique ». Toujours selon elle : « Pour lutter contre le narcotrafic, les Etats-Unis ont adopté plusieurs stratégies : la destruction des laboratoires clandestins, l’interception des passages aux frontières, et l’envoi de forces spéciales. Préparées durant les années 1980 à mener des combats anti-guérilla, ces forces américaines forment désormais des commandos armés locaux, et symbolisent le nouvel interventionnisme américain dans la région ».

2454 kg de cocaïne des 984 tonnes mondiales saisies à Mbour, récemment

Et d’ajouter que « c’est ridicule de traduire cette quantité de drogue saisie en valeur marchande parce que notre pays n’en est pas le consommateur. Il ne peut même pas en acheter les 50 kg ». Par contre, d’autres estiment que si on parle de valeur marchande en assimilant cette saisie record à plus de 124 milliards de francs Cfa, c’est que la loi contre les stupéfiants prévoit de se baser sur la valeur originale du produit qui sera multipliée par trois pour décourager le trafiquant. Partageant le raisonnement de M. Louboutin, notre source indiquera que « la situation globale du trafic des stupéfiants en Afrique s’est aggravée très fortement ces dernières années avec l’explosion notamment du trafic de cocaïne entre l’Amérique du Sud et l’Afrique ». « La production mondiale d’héroïne en 2006 a été estimée à 606 tonnes, celle de cocaïne à 984 tonnes et celle de cannabis à 42.000 tonnes », selon les chiffres rendus publics par M. Louboutin cité par Panapress. A la différence du patron d’Interpol qui pense que « l’Afrique est tout à la fois une région de production, de consommation et de transit de la drogue », ajoutant que la coopération entre Interpol et des polices nationales a permis d’effectuer le mois dernier, en Guinée Bissau et en Mauritanie « deux saisies record de cocaïne impliquant plus de 12 pays de continents différents », notre interlocuteur estime que « la drogue dure n’est pas consommée chez nous. Le Sénégal n’est pas acquéreur de cette drogue, il ne fait que servir de transit ». Et de dessiner pour nous, l’itinéraire de cette marchandise particulière.

Les routes sinueuses de la drogue dure

Convaincu que la drogue emprunte depuis longtemps des itinéraires détournés, et privilégie les zones peu fréquentées et mal contrôlées, notre source met cette saisie record de drogue dans nos eaux sur le compte de nos voisins. Lequel de nos voisins ? Il refuse de répondre clairement, préférant faire dans la devinette. « Si mes informations sont bonnes, la gendarmerie a noté des mouvements des personnes interpellées dans le cadre de ce trafic. Elles venaient d’un pays voisin au nôtre ». Il n’en dit pas plus. Une autre source sera plus « mystique » que la première qui parlait à demi-mots, tentera à sa façon de satisfaire à notre curiosité. Selon cette dernière : « L’autre caractéristique de ce voisin, c’est qu’il est tellement fouetté par la crise qu’il tient, difficilement, sur le plan économique. Sur le plan militaire, il est instable et ne semble avoir connu que la guerre au point de n’avoir même pas de prison véritable. Aujourd’hui, si on arrêtait les narcotrafiquants dans ce pays, on n’aurait même pas où les enfermer. Enfin, ce pays a un problème d’existence juridique qu’il est difficile de le considérer comme un Etat. Sur le plan physique aussi, il est une sorte d’archipel de plus de 70 îlots où la drogue est larguée par les grands lobbies qui la donnent à tour de rôle à certains hauts fonctionnaires de ce pays. Il n’y aurait que leur président de la République qui en serait une exception. Mais étant minoritaire dans son propre pays, il serait dans un étau ne lui permettant pas de réprimer ». Toujours selon notre interlocuteur : « Il y a 2 à 3 mois, c’est un officier supérieur, un colonel portant les initiales que voilà : L. N. F. qui aurait été arrêté avec une quantité de 635 kg de cocaïne. Mais tout a fini par s’arranger, car les salaires impayés dans un pays est une catastrophe capable de tout générer. Bref, la drogue, c’est une affaire des chefs militaires dans ce pays ». Revenant sur la géostratégie mondiale, notre source indiquera que : « L’objectif est de parvenir aux grands marchés de consommation en limitant les risques de saisie. Certaines régions du monde constituent depuis longtemps des lieux de transit du trafic de drogue. C’était le cas de l’ancienne route de soie et de l’opium, qui constitue, depuis l’Antiquité, un axe commercial essentiel entre l’Asie et l’Occident. Depuis les années 80, cette route qui passe par Kashi (l’ancienne Kachgar), entre le col du Pamir et les monts Tian Chan, à l’Ouest de la Chine, est redevenue une « route de la drogue », de l’aveu même du président du Kirghizstan, Askar Akaev. La côte de Makran, au Pakistan, région aride et peu fréquentée, ancien lieu de contrebande, sert encore de point de départ aux exportations d’héroïne du Croissant d’or ». Et de poursuivre, en se fondant sur ses lectures et aux nombreux séminaires auxquels il a pris part : « Avec la mondialisation, les routes de la drogue sont devenues de plus en plus complémentaires : ainsi, la route des Balkans, qui, depuis la Turquie, suit à peu près l’itinéraire des anciennes croisades, reste toujours une des voies d’accès essentielles de l’héroïne en Europe. La Turquie produit de l’opium depuis longtemps, mais la réduction de la production dans ce pays a conduit les trafiquants à se fournir en Afghanistan, au Pakistan, en Asie Centrale. Certaines filières comme celle des Balkans sont les routes empruntées par les trafiquants d’Asie Centrale, une fois arrivés aux portes de l’Europe ou en Méditerranée du Sud, alors que les filières africaines font de ce continent une voie aérienne et maritime de transit, où les opiacées convoyées par des passeurs nigérians sont reconditionnées et renvoyées vers les Etats-Unis et l’Europe. L’effondrement de l’Union Soviétique, avec ses corollaires, économie de marché non contrôlée, affaiblissement du pouvoir central (l’Ouzbékistan est comparativement moins affecté par le trafic de drogue que les Etats faibles peuvent l’être… ». Cependant, avertit-elle, « la lutte anti-drogue des autorités régionales, la corruption, la concurrence, les difficultés d’approvisionnement et le coût de la vie font que ceux qui sont appelés les circuits courts sont imbriqués dans d’autres plus longs à terme, où dominent les grandes organisations criminelles transnationales opaques et nébuleuses, qui ont fait des Républiques du Caucase et de l’Asie Centrale, leurs bases principales ou secondaires. En proie à des conflits armés durables et à des difficultés économiques considérables, ces Républiques sont devenues des plaques tournantes du trafic. Le Tadjikistan constitue actuellement la principale voie d’accès des opiacés en provenance du Croissant d’or. Et c’est ce que certains veulent faire du Sénégal, en Afrique ».


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