Confidences

Dzodzi Tsikata, présidente du Codesria : « Nous allons entamer une politique de levée de fonds »

  • Date: 4 janvier 2016

Professeur associé à l’Institut de recherches statistiques, sociales et économiques à l’Université du Ghana, Dzodzi Tsikata a été portée récemment à la tête du Conseil pour le développement des sciences sociales en Afrique (Codesria). Durant son mandat de trois ans, elle compte, avec le comité exécutif, mettre en œuvre les réformes portant sur le système et les structures de gouvernance de l’institution, l’agenda intellectuel du Codesria ainsi que le système de management de ce « think tank ». Cette diplômée de l’Université Leiden des Pays-Bas entend aussi s’atteler à diversifier les sources de financement du Codesria afin de rendre celui-ci durable.

Vous avez été récemment portée à la tête du Codesria, pouvez-vous nous parler de cette organisation ?

Le Codesria a plus de 40 ans. Fondé en 1973, il est né de la volonté de doter le continent d’une structure panafricaine qui met en avant le devenir de l’Afrique. Aujourd’hui, c’est l’un des meilleurs « think-tank » au niveau continental et mondial. Il a été mis en place à une période particulière où il n’y avait pas d’organisation de cette nature. Il s’était fixé un programme ambitieux de promotion des sciences sociales en Afrique, avec une volonté de faire connaitre la perspective africaine. Il fallait donc s’atteler à promouvoir les sciences sociales en Afrique en s’assurant de la qualité de la production intellectuelle et de la pertinence des thèmes. Il fallait s’assurer que les thèmes développés avaient un rapport avec le vécu des Africains et qu’ils étaient au centre du développement de notre continent. Aujourd’hui, les objectifs que s’était fixé le Codesria durant les années 1970 restent plus que jamais d’actualité. La spécificité de notre organisation est qu’elle est régionale, panafricaine et panafricaniste. Donc, nous nous battons pour le développement de l’Afrique.

Vous êtes arrivée à la tête de l’organisme au moment où l’Afrique fait face à de nombreux défis. Pensez-vous que le Codesria pourra apporter des réponses adéquates ?

Je suis arrivée à la tête du Codesria à un moment où beaucoup de choses ont été réalisées par les pionniers qui avaient mis sur pied une institution de référence ayant beaucoup contribué à la formation des jeunes chercheurs de notre continent. Depuis notre élection, nous nous sommes dit que nous devons continuer dans cette lancée et ne pas dormir sur nos lauriers. Et ce, d’autant plus que le Codesria évolue dans un environnement qui fait constamment face à des défis. De nouvelles organisations naissent même si elles n’ont pas notre envergure. L’Afrique continue de faire face aux problèmes fondamentaux de développement qui ne sont toujours pas résolus. L’Afrique est un continent largement agraire. Beaucoup de pays africains n’ont pas encore réussi une transition agraire. Nous avons une industrialisation très faible, l’économie croit mais ne crée pas d’emplois. Nous avons une population largement jeune avec un énorme potentiel que l’économie n’est pas capable d’absorber.
Les types de profession qui existent en Afrique ne nous permettent pas de mener une vie décente. Nous avons beaucoup de défis à relever dans notre système de santé publique. La récente épidémie d’Ebola dans le fleuve Mano a montré que l’Afrique a des problèmes à surmonter en matière de santé publique. Nous avons un énorme déficit dans le domaine du développement social. En Afrique, les statistiques concernant les ménages qui ne disposent pas de toilettes sont très élevées ; au point que la situation est plus que préoccupante. Plus de cinquante ans après les indépendances, nous sommes confrontés encore à ce genre de problème de développement social. Notre système éducatif est en crise. Beaucoup de pays africains font face à une crise énergétique de toutes sortes. Avec tous ces problèmes auxquels l’Afrique est confronté, l’on se rend compte que la raison pour laquelle une organisation  comme le Codesria existe reste valable. Et nous avons véritablement besoin des sciences sociales pour comprendre la source du mal. Nous avons aussi compris qu’il faut préparer la relève et réfléchir sur le devenir du continent. C’est pourquoi nous suivons de près l’agenda 2063 de l’Union africaine, qui est un agenda de transformation agraire et d’industrialisation.

Quelles vont être vos priorités ?

J’ai été présidente du Codesria depuis peu de temps et je me vois comme quelqu’un qui a hérité d’une très grande organisation. J’ai un mandat de trois ans et c’est notre responsabilité d’être à la hauteur des attentes. Fondamentalement, nous avons trois axes clés sur lesquels nous allons nous focaliser. Le premier a trait au processus de réformes qui a été initié par l’ancien comité exécutif du Codesria. La présidente d’alors, le Pr Fatima Harack, avait lancé ce programme de réformes du Codesria qui tourne autour de trois domaines : le système et les structures de gouvernance du Codesria, son agenda intellectuel et son système de management. Nous avons pris la décision de mettre en œuvre ces réformes. Présentement, nous avons démarré le processus de réformes de la charte, de l’amendement de la charte qui faisait partie des recommandations concernant le système de gouvernance. Nous avons réussi à le faire. Durant ces trois années de notre mandat, nous allons continuer à implémenter les réformes portant sur le système de gouvernance. Présentement, le comité exécutif est en train de passer en revue les recommandations et, l’année prochaine, nous allons essayer de les mettre en œuvre. Dans la même lancée, nous allons passer en revue l’agenda intellectuel et mettre en œuvre ces recommandations.
Ce programme de renforcement du processus interne du Codesria, qu’il soit la gouvernance, le système de management et le programme intellectuel, a véritablement pour objectif de rendre l’institution beaucoup plus efficace dans un environnement en perpétuelle mutation, sachant qu’il y a plusieurs « think-tank » dans le continent. Le Codesria a 43 ans et dépend en grande partie de ses partenaires financiers scandinaves. En tant qu’organisation de recherche, nous avons compris que, dans le contexte actuel, nous ne pouvons plus continuer ainsi. Parce que les donateurs peuvent changer de programmes et de priorités. C’est pourquoi nous allons entamer une politique de levée de fonds pour le Codesria afin de diversifier nos sources de financement. Et nous voulons aussi mettre en place un fonds de dotation et faire en sorte qu’il soit opérationnel avant la fin de notre mandat. Aussi, les membres doivent contribuer à rendre le financement du Codesria durable. Nous allons lancer une campagne dans ce sens et espérons que les médias vont nous y aider.

Vous avez parlé de la crise dans le système éducatif africain. Etes-vous optimiste pour l’avenir de son enseignement supérieur ?

En Afrique, il y a un large segment de la population qui n’a pas accès à l’enseignement supérieur à cause des moyens très limités et des infrastructures qui ne répondent pas à l’accroissement de la population. Il y a également des problèmes liés à la qualité de l’enseignement dispensé dans certaines universités. L’enseignement supérieur en général et les conditions dans lesquelles la recherche académique est marginalisée nécessitent des réflexions apparemment muries. C’est pourquoi le Codesria avait co-organisé un sommet sur l’enseignement supérieur à Dakar, au mois de mars 2015. Cette rencontre est revenue sur les grands défis de l’enseignement supérieur en Afrique et a débouché sur une charte pour l’enseignement supérieur en Afrique. Nous faisons partie des organisations qui ont des programmes sur l’enseignement supérieur et nous allons les poursuivre. Nous continuerons à faire des recommandations importantes pour plaider en faveur de l’amélioration de l’enseignement supérieur. Mais je reste convaincue que les défis auxquels nous sommes confrontés ne doivent pas nous empêcher d’être optimistes.

Quel est l’état des relations entre le Codesria et les autres pays africains ?

Je voudrais saisir cette opportunité pour réitérer notre gratitude au gouvernement du Sénégal. Ce n’est pas une relation que nous prenons à la légère. Le gouvernement du Sénégal a accueilli le Codesria sur son sol et l’a soutenu depuis le lancement de ses activités en nous facilitant notre travail. Ensuite, récemment, le gouvernement a attribué un terrain au Codesria où nous allons construire nos bureaux. C’est ce genre de soutien que nous apprécions véritablement. Le Codesria échange aussi avec les institutions sénégalaises. Nous entretenons de bonnes relations avec l’Université Cheikh Anta Diop et l’Ugb. Certains membres de nos comités (exécutif et scientifique) sont aussi des Sénégalais. Nous prions pour que ces relations continuent et dans le bon sens.
Nous travaillons avec beaucoup d’universités africaines et nos membres appartiennent à ces institutions. Ensuite, nous entretenons des relations avec les organisations sous-régionales et régionales. Nous venons juste de signer un mémorandum d’entente avec l’Union africaine. Nous avons de bonnes relations avec certaines structures des Nations unies. A travers ces institutions régionales, le Codesria est en relation avec des gouvernements africains. Et nous espérons que, par l’intermédiaire de ces liens, beaucoup de gouvernements africains vont reconnaître et soutenir les actions du Codesria.
Nous pouvons dire qu’il y a une reconnaissance du travail que nous sommes en train de faire et nous essayons d’influer les politiques mises en œuvre par les gouvernements par le biais de la recherche et des connaissances approfondies des sujets.

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