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Echauffourées à Kolda : Dominique Lopy meurt en détention préventive

Accusé d’avoir volé un poste téléviseur et un matelas au domicile du président du Conseil régional, Mamadou Lamine Dramé, Dominique Lopy, âgé environ de 25ans, est mort en détention préventive dans la nuit du vendredi au samedi. A l’annonce de la mort du jeune détenu, les jeunes du quartier Doumassou ont pris d’assaut le commissariat. Très vite, ces manifestations tournèrent à l’émeute. Le bilan est lourd : le commissariat urbain attaqué et deux maisons incendiées.

Source : Le Soleil
C’est vers 10h30 que des jeunes, dans une hystérie collective, armés de pierres et de gourdins saccageant tout sur leur chemin pour, disent-ils, se faire justice après la mort subite de leur camarade et frère, Dominique Lopy.

Ces jeunes, surexcités, ont brûlé des pneus et des troncs d’arbres dans les grandes artères de la ville, entraînant un arrêt brusque de la circulation et la fermeture des boutiques et magasins situés au centre ville. Vers 11h30, les éléments de l’armée quadrillèrent le quartier escale, théâtre des opérations, et dispersèrent les manifestants. Ces derniers se redéployèrent vers leur quartier – Doumassou – pour saccager et incendier le domicile du président du Conseil régional. Là, encore, les soldats du commandement de la zone militaire n°6 ne tardèrent pas à arriver. Vers 13h, un groupe de jeunes se détachait pour aller, une fois de plus, calciner le domicile du brigadier-chef, Paul Boissy, au quartier Hillèle. C’est dans cette atmosphère de confusion qu’un détachement du Groupement mobile d’intervention (Gmi) de Ziguinchor arriva à Kolda pour neutraliser les jeunes et assurer la sécurité des populations.

Une mort controversée

Interpellé sur les mobiles du décès de Dominique Lopy, le procureur du tribunal régional, Habib Aw, explique : “ Je suis allé à l’hôpital régional où j’ai examiné le corps sans trouver de traces de sévices corporels’’, ajoutant : ’’j’ai retourné le corps sur tous les côtés mais je n’ai constaté aucune trace de sévices ”. Toutefois, note le procureur, “ j’ai ordonné au médecin de procéder à une autopsie pour déterminer les circonstances réelles du décès du jeune’’, précisant, néanmoins, que ’’force restera à la loi car personne n’a le droit de se faire justice. Je prendrai toutes les dispositions pour que la lumière soit faite sur cette affaire’’. Du côté de la police, leur porte-parole, le Colonel Aliou Diagne, corrobore cette version des faits,

Cette thèse est balayée d’un revers de main par les populations et parents de la victime. Ceux-ci sont formels : “ La mort de Dominique est imputable aux forces de police ”, soutient Bacary Lopy, père de la victime. De son côté, Augustin Lopy, frère du défunt, rappelle les circonstances de l’arrestation de son frère : “ il a été interpellé par les agents de police à la suite d’une convocation, le mercredi. A notre grande surprise, on apprend qu’il est arrêté pour avoir volé un téléviseur et un matelas au domicile du président du conseil régional de Kolda ”. Il faut préciser que la maison de ce dernier, située au quartier Doumassou, en face du camp militaire, est presque contiguë à celle de l’accusé. Il fait remarquer que la police était venue, le jeudi, pour fouiller leur domicile. En vain. Selon Augustin Lopy, il avait constaté ce jour (jeudi), que son frère souffrait, dit-il, des sévices que lui auraient fait subir les limiers. D’ailleurs, poursuit-il, lors de cette visite, le père du jeune Dominique Lopy, Bakary Lopy, n’avait pas manqué d’interpeller les forces de police sur l’état “ déplorable ” dans lequel se trouvait son fils. A la suite de cette interpellation, toujours, selon notre interlocuteur, un des policiers, en occurrence, Le brigadier-chef Paul Boissy avait clamé haut et fort ceci : “ nous le tuerons s’il ne nous montre pas le matériel volé ”. La famille de la victime, très affectée par le décès de Dominique Lopy, a affirmé ne pas récupérer son corps pour l’enterrer.

Des témoignages concordants

Par ailleurs, les populations du quartier ne tarissent pas d’éloges à l’endroit de la victime, plus connue sous le pseudonyme de “ Domeyaye ”. M. Coly, un des habitant du quartier, la trentaine sonnée, déclare que “ Domeyaye ” était un travailleur, il gagnait sa vie à la sueur de son front ; il était maçon, peintre et il creusait aussi des fosses ”

“ Ce jeune était calme et était un modèle de débrouillardise ”, renchérit une jeune femme. Malick Diao, porte-parole des jeunes, note que “ Dominique était un garçon qui avait un état d’esprit saint, on l’a jamais connu dans des histoires de vols ”. Cette appréciation semble expliquer l’ire des populations du quartier dans leur désir de se faire justice.

Vers une résolution de la crise ?

En attendant, le comité régional de protection civile, composé des services militaires et paramilitaires, est en train de mener des concertations pour déterminer les causes réelles du décès et calmer la population. Le nouveau gouverneur, Moubarack Seck, a lancé un appel, à travers un communiqué diffusé à la radio régionale, à l’apaisement et à la sérénité.

Dans ce même ordre d’idées, les jeunes de kolda et parents de la victime ont institué un comité de lutte contre les violences faites aux populations de la ville. Son porte-parole, Malick Diao, tirant les enseignements de cette affaire désormais baptisée “ affaire Dominique Lopy contre Mamadou Lamine Dramé ”, fait savoir que Kolda a été érigé en champ d’expérimentation de la violence policière. A ce sujet, il rappelle que Dominique Lopy est le quatrième cas de morts imputé aux forces de police. Selon toujours le porte-parole qui s’exprimait au cours d’un point de presse, toutes les informations indiquent que “ Domeyaye ” a été physiquement torturé par la police. Mieux, il soutient qu’aujourd’hui, une banale affaire de vol de télévision peut entraîner la mort d’un honnête citoyen. En conséquence, le collectif entend dérouler un plan d’action en initiant des rencontres avec les autorités administratives, judiciaires et politiques pour leur expliquer le sens de leur démarche. Puis, une demande de marche sera introduite pour protester légalement contre cette forme de violence. Tout en saluant l’action du gouverneur, Moubarack Seck, Malick Diao annonce qu’un mémorandum sera adressé au président de la république. Les organisations de droit de l’homme seront aussi contactées pour faire une étude des droits de l’homme dans la région, informe-t-il. Le collectif a formellement démenti la déclaration du Colonel Aliou DIAGNE, chargé de communication de la police, qui dit que Dominique Lopy n’a pas été victime de violences policières. Cette déclaration que les populations ont apprises à travers les ondes de Sud fm, a soulevé l’ire des jeunes, venus nombreux, assister à ce point de presse.


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