15 septembre, 2014
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EL HADJI MAMADOU DIAO, RESPONSABLE APR À KOLDA     « Macky Sall peut se départir des politiciens si… »

EL HADJI MAMADOU DIAO, RESPONSABLE APR À KOLDA « Macky Sall peut se départir des politiciens si… »

De la gestion « vertueuse » du bien public, au rapport du président Abdoulaye Wade avec l’argent, en passant par les querelles à connotation politicienne, El Hadji Mamadou Diao, familièrement appelé « Mame Boy », dit tout. Inspecteur principal des impôts et domaines, technocrate de profil, ce cadre de la haute administration publique d’envergure nationale qui se dit préoccupé par le développement du pays, s’est vite procuré la carte de l’Alliance pour la république (APR) pour aller militer à sa base de Kolda où les rivalités politiques internes font rage comme partout ailleurs.

La gestion « vertueuse » du bien public tel que prônée par le président Macky Sall est-elle selon vous en train de porter ses fruits ?

El Hadji Mamadou Diao : La restauration des valeurs de la République importe beaucoup pour le président Macky Sall. Tous les pays qui sont développés, le sont avec une très grande culture du civisme. C’est la première action qu’il faudra mettre en exergue par rapport au président Macky Sall. Nous ne croyons pas que la restauration des valeurs est un débat philosophique simple. C’est une action fondamentale dans une perspective de développement national. Maintenant, c’est important que les citoyens comprennent que le bien public n’est pas un bien personnel ; quand on comprend que le développement du Sénégal a un résultat positif pour tout le monde, ceci est un état d’esprit qui est valorisant pour les citoyens dans le cadre de la mission de service public qui part de ce niveau individuel pour pouvoir parvenir à l’émergence. Il s’y ajoute que l’une des dimensions du président Macky Sall,et qui lui a été confiée par les Sénégalais, c’est la traque des biens mal acquis. Cette traque qui, je le constate, est en train d’être menée sans passion excessive aucune, ni faiblesse. Mais ce qui importe, c’est de pouvoir faire la reddition des comptes et à ce niveau un important travail est en train d’être fait.

Que pensez-vous donc du débat soulevé par rapport à l’inéligibilité des personnes qui seraient coupables de détournement de deniers publics ?

Cette question mérite beaucoup de réflexion. En réalité, la probité morale d’un leader politique qui aspire à concourir aux suffrages des citoyens sénégalais, même au niveau local, est un élément essentiel de gouvernance pour une action citoyenne. Je conçois que même dans les démocraties avancées, en France ou ailleurs, on adjoint toujours à une peine de prison ou une peine assortie de sursis, une peine d’inéligibilité du fait de la proximité du leader avec la gestion des deniers publics ou avec les actions publiques. Il faudrait qu’on comprenne que la république est une affaire sérieuse. De ce côté-là, on doit pouvoir le faire avec toutes les diligences possibles, mais avec le respect des institutions et du patrimoine des institutions de la république. C’est pourquoi, la traque des biens mal acquis est une question qui doit être posée sans parti pris, selon qu’on est du côté du pouvoir ou de l’opposition, parce que n’oublions pas que ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui peuvent se retrouver demain dans l’opposition. Si on se base sur la théorie purement politicienne, on peut penser qu’on est en train de le faire contre certains qui étaient au pouvoir. Mais comprenons que si on le fait, il y a un risque de retour de bâton sur ceux qui exercent aujourd’hui le pouvoir. Je crois que ceux qui ont émis l’idée d’inéligibilité, notamment le président de la République et le ministre de la justice, veulent inculquer aux leaders politiques sénégalais, une approche noble dans la gestion de deniers publics de sorte que tous ceux qui exercent le pouvoir sauront faire attention. C’est une action importante dont il faut faire comprendre la portée aux populations. Comprenons que le président Macky Sall a eu beaucoup d’acquis. Je prends un exemple simple. Parfois c’est trivial. D’habitude nous qui vivons dans les régions les plus reculées du Sénégal, nous connaissons les détresses de nos populations pendant les mois de juillet, août et septembre. C’est une zone où les populations sont soutenues par l’Etat par le biais des vivres de soudure. Mais avec la réussite de la campagne arachidière de l’année dernière, on n’a pas entendu ces questions-là. La communication du gouvernement, si elle est mal faite, ne renseigne pas sur les bonnes actions. Il y a eu de bonnes actions faites par le président de la République dans le domaine de l’agriculture et qui ont permis que cette année, il y a toute la quiétude en matière de sécurité alimentaire au niveau des populations locales, surtout les paysans qui font plus de 65% de la population sénégalaise. C’est une action importante à mettre en exergue. En plus d’autres programmes qui sont en train d’être mis en place. Le chef de l’Etat a beaucoup d’idées novatrices. Il est en train de se battre pour créer une sécurité sociale à une dimension nationale qui ne se limitera plus qu’aux fonctionnaires. Cette sécurité sociale va s’arrimer sur la couverture maladie universelle et sur les bourses de sécurité familiale. Ce qui permettra à notre pays d’atteindre le niveau de solidarité sociale au même titre que les démocraties avancées.

D’aucuns ont expliqué la traque des biens mal acquis comme la volonté du pouvoir de rectifier le tir sur le rapport que le président Abdoulaye Wade avait avec l’argent public. Macky Sall son successeur pourra-t-il faire la différence du point de vue de la gestion du bien de l’Etat ?



Le rapport du président Abdoulaye Wade avec l’argent est une approche qu’il faut décrier. Il ne faudra pas que le problème d’un citoyen soit réglé par un leader politique. Ce n’est pas parce que quelqu’un a un problème d’ordonnance qu’il faut lui donner de l’argent public. Ce n’est pas normal. Maintenant, c’est pourquoi quand Macky Sall encourage une bourse de solidarité familiale et une couverture de maladie universelle, ça veut dire que cet argent que le président de la République pouvait avoir à sa disposition et qu’il distribue à gauche et à droite va aller directement à ses destinataires. A charge pour ceux-là de s’organiser et de pouvoir en faire bon usage. Et il (Macky Sall) évitera demain d’être catalogué comme quelqu’un qui a un mauvais rapport avec l’argent. C’est pourquoi, je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que “deuk bi dafa macky) (le pays va mal sous Macky Sall) pour la bonne et simple raison qu’aujourd’hui, en réalité vous ne pouvez pas me montrer un seul citoyen qui travaillait et qui a perdu de l’argent entre temps; c’est-à-dire que les salariés ont obtenu un gain dans leur pouvoir d’achat par le biais de la réduction de l’impôt sur le revenu. Naturellement, ceux qui gagnaient un montant x en 2011 ou 2013 ont vu ce montant augmenter en 2013. Autrement dit, ceux qui gagnent honnêtement leur vie continuent d’avoir de l’argent. Ceux qui souffrent, ce sont ceux-là qui voudraient avoir de l’argent ou des milliards qu’ils distribuent de gauche à droite sans qu’on comprenne par quel circuit ils se sont enrichis. Il faudrait que les gens comprennent que l’option du président Abdoulaye Wade qui consistait à distribuer de l’argent de l’Etat de gauche à droite n’est pas la bonne méthode. Et que la différence avec Macky Sall est dans l’option saine de la gestion du bien public, ce qui procède d’une gestion vertueuse. Moi naturellement, je préfère l’option du président Macky Sall. Même si les populations ne comprennent pas au départ, elles vont comprendre après.

Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’il y a manque de lisibilité dans l’exécution du Yoonu Yokkute » ?

Le programme “Yoonu Yokkute” est l’un des meilleurs programmes politiques que moi je pus lire. Si on le dit, on n’est pas en train de faire de la gloriole. Ce qui est important est qu’il s’agit d’un programme de développement. Et que le programme de développement de ce genre ne s’exécute pas sur une ou deux années. Il faudrait qu’on puisse penser que tous les résultats qu’on en attend doivent pouvoir être évalués au bout de dix ans parce qu’une vraie politique agricole qui aboutisse à une autosuffisance alimentaire ne peut pas être tenue en trois ou quatre ans. La question maintenant du développement des infrastructures surtout dans les régions périphériques de Dakar, on ne pourra pas régler au plus vite. Mais quand on tient des conseils des ministres décentralisés pour diagnostiquer les problèmes de développement au niveau local et apporter une solution, on ne pourra en juger qu’au bout de l’effort qui va être fait par le président de la République.

Des rivalités politiques fusent de partout. Comment devrait réagir le chef de l’Etat pour ramener de l’ordre aussi bien dans son camp que dans celui des alliés ?



Concernant les rapports de travail entre Macky Sall et les forces alliées, je crois qu’il a réglé le problème de la discipline interne au niveau du parti. Mais il ne s’est pas arrêté à cela. Il a pu dire à ses collaborateurs de l’Alliance pour la République qu’ils doivent pouvoir traiter avec respect les autres membres de la coalition “Benno Bok Yakaar. Maintenant Macky Sall qui est l’autorité suprême du Sénégal, s’il a pu dire qu’un doit traiter avec respect ces responsables-là, il doit pouvoir recevoir la réponse des leaders alliés. J’attends de Moustapha Niasse, Ousmane Tanor Dieng, Idrissa Seck et compagnie de dire publiquement à leurs collaborateurs politiques : « écoutez Macky Sall voudrait qu’on nous traite avec respect, arrêtons d’attaquer l’APR. Mais ce qui se passe en réalité est que les critiques les plus virulentes sur l’action gouvernementale ne sont pas tenues par le Parti démocratique sénégalais (PDS) ou Bokk Gis Gis qui sont supposés être les oppositions les plus irréductibles à Macky Sall. Elles sont plutôt tenues par les partis alliés membres de la coalition comme “Rewmi” ou le Parti socialiste (PS). Il faut savoir faire le diagnostic d’un mal pour trouver un remède au mal. En réalité, les rivalités internes qu’il y a toujours dans les partis majoritaires s’expliquent par l’histoire politique sénégalaise. Notre tradition de parti unique qu’on a hérité de Senghor après les indépendances, fait que maintenant le choc des ambitions se déroule au sein du même parti politique de celui qui est au pouvoir. Les bagarres qu’il y a au Parti socialiste qui pouvaient mener à des morts d’hommes dans les querelles de tendances ont été vécues plus haut au niveau du parti qui était précédemment au pouvoir. Il n’y a jamais eu ces bagarres au niveau du Pds quant il était dans l’opposition. Mais quand il est venu au pouvoir, on a pu constater les divisions entre les leaders qui intervenaient dans le parti. Cela veut que l’histoire politique du Sénégal est faite de sorte que tous ceux qui ont l’ambition de gérer les administrations nationales ou locales viennent adhérer au parti majoritaire pour faire face aux ambitions des autres leaders qui sont en place. Et ce sont ces ambitions qui créent des rivalités qui font désordre. Mais cela se comprend pour des leaders qui habitent la même localité. Ce que je ne peux pas comprendre, c’est qu’un leader de Thiès par exemple puisse se battre avec un leader de Ziguinchor parce qu’ils n’ont pas les mêmes bases politiques. C’est cela qui est inconvenant. Maintenant, il faut comprendre que la bagarre de positionnement n’a pas sa raison d’être parce que nous espérons tous que Macky Sall va réussir son premier mandat. D’ailleurs si on persiste dans la dynamique de rivalité, le président Macky Sall est libre de se départir des polémistes et de travailler avec des gens qui ne sont même pas politiques. Si des rivalités continuent, c’est parce que ceux qui sont responsabilisés par le président n’ont pas la même vision que lui.

B.N