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Emergence et capital humain en Afrique : « Alphabétisation, structuration de l’économie informelle et renforcement de l’artisanat local au Sénégal » -Par Sidy SAME-

En Afrique subsaharienne, la croissance s’est légèrement accélérée en 2014 pour atteindre 4,5% contre 4,2% en 2013. Selon les prévisions, la croissance devrait rester quasiment inchangée en 2015 et s’établir à 4,6%, puis atteindre 5,1% en 2017 portée par les investissements dans les infrastructures, l’accroissement de la production agricole et l’expansion du secteur des services (Ticad-V, Japon, 2013).

L’investissement public dans les infrastructures, la création d’entreprises et de micro entreprises créatrices d’emplois durables, la hausse de la production agricole et l’essor soutenu du secteur informel et des services devraient à nouveau tirer la croissance de la sous région, malgré le recul des cours des produits de base et des entrées nettes d’investissement direct étranger (Ide) qui s’explique par l’affaiblissement de la demande mondiale. Dans l’ensemble, les prévisions indiquent que l’Afrique subsaharienne restera l’une des régions les plus dynamiques du monde.

Dans ce nouveau contexte de croissance, le développement des ressources humaines devient un grand défi avec un besoin de main-d’œuvre qualifiée et diversifiée à tous les niveaux.
La problématique de l’emploi des jeunes, dans cette partie de l’Afrique, est un enjeu majeur et ancien qui, notamment sous la pression des actualités démographique, sociale et politique des pays, est de plus en plus fortement pris en considération par les gouvernements, leurs partenaires techniques et financiers, les acteurs locaux impliqués et les organisations de solidarité internationale.

Ces différents acteurs testent des appuis pour accompagner les jeunes à gagner en autonomie sociale et financière dans des environnements où peu d’entre eux parviennent à accéder à l’emploi ou à y évoluer dans des conditions qui les satisfassent. Pour la majeure partie d’entre eux, ils se lancent à des activités informelles peu ou non structurées.

Dans les contextes de crise que de nombreux pays vivent actuellement, des réponses opérationnelles sont recherchées dans un climat de relative urgence. Il semble nécessaire de revenir sur les fondamentaux et de tirer des enseignements des initiatives existantes ou passées, en Afrique comme en Europe où les approches sont plus anciennes et développées, afin de partager et de mutualiser la réflexion (Gret, 2013).

Plan Sénégal émergent
Le Sénégal a décidé d’adopter un nouveau modèle de développement pour accélérer sa marche vers l’émergence. Cette stratégie, dénommée Plan Sénégal émergent (Pse), constitue le référentiel de la politique économique et sociale sur le moyen et long terme.

Le gouvernement décide d’engager des ruptures qui permettront d’inscrire le Sénégal sur une nouvelle trajectoire de développement. Ces ruptures se traduiront par des actions hardies pour relever durablement le potentiel de croissance, stimuler la créativité et l’initiative privée afin de satisfaire la forte aspiration des populations à un mieux-être.

Cette aspiration à un mieux-être se décline en une vision qui est celle d’«Un Sénégal émergent en 2035 avec une société solidaire dans un État de droit». Les orientations stratégiques qui guideront les initiatives à prendre pour traduire cette vision en actions résultats tangibles pour le bénéfice des populations, s’appuient sur trois axes visant (Pse, 2014).

• une transformation structurelle de l’économie à travers la consolidation des moteurs actuels de la croissance et le développement de nouveaux secteurs  créateurs  de richesses, d’emplois, d’inclusion sociale  et  à  forte  capacité  d’exportation  et d’attraction d’investissements. Cet axe s’inscrit dans une option de développement plus équilibré, de promotion de terroirs et des pôles économiques viables afin de stimuler le potentiel de développement sur l’ensemble du territoire ;

• une amélioration significative des conditions de vie des populations, une lutte plus soutenue contre les inégalités sociales tout en préservant la base de ressources et en favorisant l’émergence de territoires viables ;
• et le renforcement de la sécurité, de la stabilité et de la gouvernance, de la protection des droits et libertés et de la consolidation de l’État de droit afin de créer les meilleures conditions d’une paix sociale et de favoriser le plein épanouissement des potentialités.

Disposer d’un capital humain de qualité sera un des meilleurs atouts pour relever les nombreux défis dans la mise en œuvre du Pse. Il s’agira de renforcer le capital-santé des populations et de leur permettre d’acquérir les aptitudes et compétences nécessaires pour entreprendre, innover et s’insérer de manière harmonieuse dans le marché de l’emploi. Par rapport à la formation professionnelle, le Pse prévoit de :
• intégrer l’apprentissage dans le système de la formation professionnelle et technique, grâce à la formation par l’apprentissage dans les Daaras, au  renforcement  de  la formation professionnelle des femmes et à la formation des maîtres d’apprentissage et des apprentis;

• promouvoir la formation professionnelle orientée vers le marché de l’emploi, à travers le développement et la décentralisation des opportunités de formation professionnelle et continue, la validation des acquis de l’expérience, la diversification des filières de formation, la construction, la réhabilitation et l’équipement de lycées et de centres de formation professionnelle et technique, la régulation des flux de la demande et l’adaptation de l’offre de formation professionnelle;

Le secteur de l’artisanat
Au Sénégal, l’emploi demeure la première préoccupation des ménages (26,8%) devant l’approvisionnement en eau potable (18,7%) et la promotion des activités productivités (12,6%) ; il est au centre des priorités de la politique de l’État. L’emploi des jeunes est considéré comme la principale priorité de la communauté à Dakar (41,9%) et dans les autres villes (36,1%) (Pse, Ansd, 2011).

Le marché du travail se caractérise par un déséquilibre entre le secteur  formel et le secteur informel, avec un exode rural qui draine de nombreux  Sénégalais  vers la presqu’île du Cap-Vert actuellement fortement engorgée (0.28% du territoire national). La majeure partie des emplois est fournie par l’administration publique mais surtout, par le secteur informel qui se caractérise par  un niveau de rémunération souvent inférieur aux normes internationales, et une classification en artisanat de production, d’art et de service. Aujourd’hui, il est globalement accepté qu’un des leviers du développement du pays repose sur une bonne croissance des organisations professionnelles existantes et sur l’amélioration de leurs modes de gestion et de management, ce qui nécessite, une satisfaction des besoins en  ressources humaines  de qualité. Sous ce rapport, Il est important de souligner que pour rendre les produits artisanaux compétitifs sur le marché international et renforcer les stratégies de gestion  les acteurs auront besoin d’un niveau élevé de compétences.

A Dakar, les collectivités locales de la Médina, de Fass Gueule tapée-Colobane et de Dakar Plateau  regroupent de grandes populations d’artisans qui développent des activités économiques à fortes rentrées financières. Les ministères en charge de l’éducation et de la formation manifestent une réelle volonté de faire reposer la nouvelle politique d’emploi au profit des jeunes sur des secteurs stratégiques et porteurs de croissance comme l’artisanat. Cependant les enquêtes menées dans le secteur de l’artisanat et précisément dans ces trois zones ont  révélé  une double faiblesse :
–    faibles capacités techniques des chefs d’ateliers, des maitres artisans et artisans ;
– faible taux d’alphabétisme (In, rapport diagnostic artisans Dakar Plateau,  Enea/Cnre).

En dépit des efforts importants en matière d’accès, une frange importante de la population sénégalaise est encore analphabète (54%) et plus de (67%) chez les artisans en milieu urbain (Ansd, 2013).

Alphabétisation, artisanat et émergence

L’alphabétisation contribue à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, au renforcement des capacités personnelles et à l’amélioration de la productivité. A ce titre, afin de donner toutes ses chances à notre pays d’atteindre son émergence à l’horizon 2035, l’alphabétisation, articulée à la formation professionnelle et  les Tic  devient le levier indispensable pour assurer la qualification, l’employabilité et l’insertion économique des jeunes et des adultes.

En outre, pour assurer une alphabétisation durable permettant de s’inscrire dans une perspective d’apprentissage tout au long de la vie, il faudrait que le système éducatif (Education/ Formation) intègre la validation des acquis en alphabétisation par une certification des compétences instrumentales primaires (savoir lire, écrire et calculer) et/ou fonctionnelles (en rapport à l’apprentissage d’un métier ou au renforcement de capacité).

Pour l’atteinte des objectifs de développement de l’Etat du Sénégal dans le cadre du PSE et de l’Acte III de la décentralisation, l’alphabétisation et la formation doivent occuper une place transversale voir primordiale dans les plans /programmes de développement des collectivités locales.

Programme de renforcement des capacités des jeunes (Prc-J) Cnre/US Embassy
A travers ses missions de soutien au sous-secteur de l’alphabétisation et à l’apprentissage, dans la perspective de formation, de structuration et d’accompagnement des jeunes et du secteur informel, le Cnre a fini de dérouler en collaboration avec l’ambassade des États – Unis, une première phase d’appui aux jeunes et adolescents des écoles communautaires de base (Ecb) en 2013. Malgré tout, les difficultés d’insertion professionnelle pour les exclus du système restent encore importantes et elles sont principalement liées à la raréfaction des ressources financières et le déficit de compétences techniques et managériales – compétences génériques -.

En 2014, le Cnre a déroulé la seconde phase du projet pour un financement global de 54.000.000 de francs assuré à 75% par l’ambassade des Usa et à 25% par les ressources additionnelles du CNRE.

Ce second projet dénommé Programme de renforcement des capacités des jeunes (Prc-J) intervient dans un contexte de mise en œuvre du Pse et de l’Acte III de la décentralisation. En effet, il contribue à la valorisation du capital humain, mais également, il s’adapte aux réalités socio-économiques des localités ciblées suivant le principe de la territorialisation des politiques de développement du Sénégal.

Prc-J concerne 236 jeunes de 18 à 35 ans avec une forte discrimination en faveur des filles avec comme objectif général de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des jeunes exclus des zones cibles par le biais de centres d’alphabétisation articulés à des activités d’insertion économique.

Dans le processus de mise en œuvre, le projet a adopté une démarche innovante et cohérente qui a consisté à développer une offre d’alphabétisation adaptée aux besoins des bénéficiaires dans le but de les rendre le plus autonomes possible, à renforcer leurs compétences techniques et entrepreneuriales en fonction des besoins de développement local et à les équiper en matériel technique.

Le Sénégal est dans la voie de mener des réformes en profondeur dans la lutte contre l’analphabétisme et pour la promotion des langues nationales. L’éducation et la formation en général et l’alphabétisation en particulier, représentent un facteur essentiel et transversal dans nos efforts de développement.

Par Sidy SAME
Directeur, Centre National 
de Ressources Éducationnelles 
CNRE, Sénégal
Email : sidysame@gmail.com

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