Confidences

EN PRIVE AVEC AMINATA SOW FALL – ECRIVAINE ‘’L’argent et les promoteurs ont dénaturé la lutte’’ 

  • Date: 6 juillet 2015
 Un prix de plus dans sa carrière de femme littéraire. Aminata Sow Fall est distinguée cette année grand prix de la francophonie de l’Académie française. Dans un entretien avec EnQuête, elle revient sur l’importance que revêt cette énième distinction. Elle parle aussi de l’état de la littérature, de pourquoi les gens ne lisent plus, de la violence dans l’arène ainsi que de l’immigration clandestine. Sur le choc des cultures, elle a aussi  son idée. Et n’hésite pas à la partager.

Vous êtes récipiendaire du grand prix de la Francophonie de l’académie française, comment avez-vous accueilli la nouvelle ?

J’ai accueilli la nouvelle avec une grande surprise parce que je n’étais pas au courant quand le matin de bonne heure j’ai reçu un Sms (Short message service) d’un de vos confrères. Je l’ai appris comme ça et j’étais très heureuse d’une telle distinction.

Que représente ce prix pour vous ?

Il représente pour moi le sentiment qu’on n’est jamais seul là où on est. Et que quelles que soient notre culture, notre origine, nous pouvons toujours communiquer nos expériences, nos émotions. On peut tout communiquer avec le reste du monde parce que nous sommes des êtres humains. Et notre condition est de souhaiter toujours le meilleur, de répondre de manière adéquate dans la mesure de ce que nous pouvons contrôler de notre destin et de réfléchir. De nous poser des questions essentielles : Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Est-ce qu’on peut agir sur notre destin ? Est-ce qu’on peut dompter la mort ? etc. Chaque peuple construit sa culture, sa civilisation, ses us et coutumes dans le but de se sauver, de se protéger. Aujourd’hui, dans le monde entier, on parle de ‘’La grève des Bàttu’’ (Ndlr son deuxième roman). Il a été traduit dans de multiples langues. Ce qui veut dire que ce lieu unique où nos destins se croisent peut être perçu par tout le monde même si les contextes diffèrent.

Dans le contexte actuel, où tout le monde se plaint du trop-plein de mendiants à Dakar. Une grève des ‘’Bàttu’’  ne serait-elle- pas salutaire ?

En réalité, je crois même que j’avais écrit la lettre pour dire que ce sont les gens qui ont besoin de ces mendiants pour des raisons culturelles, psychologiques. Par exemple, quand quelqu’un fait un cauchemar sur le plan traditionnel ou religieux, on lui dira de donner de la cola en aumône. Moi j’écoute les radios et j’entends ces genres d’histoire. Je n’écoute pas de manière continue mais je tombe sur des émissions de voyance et même si je passe très vite, j’ai le temps d’entendre ces choses-là. Les gens qui veulent des promotions vont voir des marabouts. Quand je dis marabout, c’est au sens large. Parce qu’on confond souvent marabout et islam. Ici  dans notre  société, on peut dire de quelqu’un qui excelle dans les pratiques mystiques qui n’ont rien à voir avec l’islam qu’il est un ‘’Serigne’’ (ndlr marabout en langue française). C’est un besoin que les gens créent. A travers  cette fiction, j’ai voulu dire  aux gens qu’ils ont  besoin des mendiants et toute l’aventure de Mour Ndiaye se trouve là.

‘’Le revenant’’ et ‘’La grève des bàttu’’ ont été adaptés au cinéma.  Etes-vous satisfaite des adaptations ?

Je ne fais pas de jugement parce que j’ai étudié le théâtre à la Sorbonne avec le Pr Cherer. J’ai tout de suite compris que le metteur en scène, son métier n’est pas de faire la copie du texte original. C’est de l’art sur l’art. C’est pourquoi moi, lorsque j’ai vu ‘’La grève des bàttu’’, c’était à Paris, ma réaction était celle d’une personne qui n’a rien à voir avec le scenario. Une personne qui ne revendique pas la propriété du texte parce qu’il y a quelque chose de plus. Je vous assure que quand j’ai vu la scène de l’enterrement du mendiant, décédé suite à des actes de tortures, j’ai pleuré. Je ne peux pas pleurer sur mon texte. Donc, je ne juge pas. Cela appartient aux autres. On ne peut pas demander à un vrai metteur en scène de copier votre texte parce que cela ne servirait à rien. C’est un texte ‘’sur un texte’’.

Parmi les thèmes développés dans vos divers ouvrages figure celui de l’immigration. Aujourd’hui la clandestinité a donné des proportions inimaginables à ce phénomène. Comment appréciez-vous tout ce flux vers l’Europe ?

Avec ‘’Douceur du bercail’’, ce n’est pas le problème de l’immigration qui me tentait. Je ne voulais pas faire de théories sur l’immigration ou l’émigration parce que quand j’ai commencé à écrire ce livre, on n’en parlait pas tellement. En ce moment, j’étais directrice des Lettres et de la propriété intellectuelle et du centre d’études des civilisations et j’entendais des étudiants qui disaient : ici on ne peut pas réussir, que cela n’était pas possible. Au moment où moi je disais à mes enfants nés en France de fréquenter l’université jusqu’à la maîtrise au moins. Après ils peuvent aller approfondir leurs connaissances parce que c’est toujours bon et moi-même je l’ai fait. Je l’avais dit lors d’une réunion de coordination des directeurs. J’ai dit qu’il faut qu’on cherche à faire de sorte que les jeunes aient confiance en leur pays mais aussi qu’ils travaillent parce que rien ne se fait sans travail.

En 1982, il y a eu deux numéros de ‘’Notre librairie’’, c’était une revue de la coopération française qui analysait des textes de toute l’Afrique francophone. J’avais été interviewée par Mme Françoise qui était professeur à Washington. Quand elle m’a demandé le sujet de mon prochain roman à l’époque, je lui ai dit que c’est sur ce problème de l’immigration alors qu’on n’en parlait pas. Je pense qu’on peut toujours élargir ses horizons et c’est mieux parce que l’être humain a besoin de vivre l’expérience des autres pour savoir ce que représente la vie. Mais de là à dire que je ne peux rien faire dans mon pays, je pense que cela traduit un manque d’éducation chez les jeunes. En réalité,  on n’a pas assez éduqué les jeunes, on ne les a pas encouragés. Et mieux, on ne leur a pas toujours dit la vérité parce que  dans le cadre de l’immigration, il y a certainement des personnes qui vont et qui reviennent. Il y en a d’autres qui ne reviennent jamais.

Il y a un d’entre eux que j’ai rencontré aux USA dans le Connecticut qui m’a dit : Mme Sow Fall, je suis en prison ici. Pourquoi vous n’écrivez pas sur ça ? Moi, je me sens emprisonné ici parce que quand les gens viennent, ils vivent ici toutes sortes de misères et après, on pense qu’on est à l’aise ici’’. Je l’ai écrit dans ‘’Douceurs du bercail’’. Je suis d’avis qu’on n’a pas assez éduqué nos enfants sur leur devoir de participer à la bonne marche de la société en travaillant. Parce que ce que les autres font, nous aussi nous pouvons le faire. Comme nous, ils avaient la vie, la terre, l’eau, les éléments et ils ont arrosé avec leur sueur. Comme je l’ai dit sur la quatrième de couverture de ‘’Douceurs du bercail’’. C’est moi qui ai demandé à l’éditeur de mettre ce passage. Nous pouvons arroser notre terre avec notre sueur. Lorsque nous avons le sentiment que nous pouvons aller ailleurs, mais dans la dignité, nous rencontrerons d’autres, qui ne nous chasseront jamais. Car nos poignées de mains seront des poignées de mains de respect, de chaleur et non de mépris et de rejet.

Est-ce que cela est suffisant pour venir à bout de l’immigration clandestine ?

Je pense que le problème est là. Il fut un jour où j’étais invitée à la fondation Konrad Adenauer sur le drame de l’immigration. Il y avait des rescapés venus du Sud du pays. Et j’ai demandé à l’un d’eux de ne pas dire qu’il n’y a rien.  Parce qu’il y a l’argent que lui et ses compagnons d’infortune ont utilisé pour enrichir des passeurs. S’ils avaient utilisé cette fortune, petit à petit, patiemment, rationnellement, sagement, ils auraient trouvé quelque chose. Pour moi, il n’y a pas de néant. Le néant n’existe pas parce que là où est un être humain qui jouit de toutes ses facultés mentales et physiques, il y a toujours quelque chose à faire.

Cela n’empêche pas que dans notre société et c’est une excellente chose, nous ayons cette générosité, ce sens du don qui nous permet d’échanger et de partager notre humanité. Ça je ne le bannis pas. Au contraire, c’est une marque de notre société toujours dans le sens de la générosité réelle qui est un appel du cœur et qui va vers le cœur de l’autre. Nous sommes dans un monde où on peut toujours acquérir et approfondir des connaissances même des connaissances traditionnelles. Je ne dis pas que tout nous vient de l’école française. Sinon comment ont survécu nos ancêtres pendant des siècles et des siècles ? Comment ils ont pu résister ? Il y a aussi un problème de patriotisme. Il faut savoir qu’on n’est jamais mieux que chez soi. C’est cela ma philosophie.

On a quand même l’impression que l’Europe ne s’intéresse qu’aux intellectuels africains.  Quand il s’agit de personnes peu qualifiées, elle n’en veut pas. L’Europe n’a-t-elle pas tort d’ouvrir ses portes à une seule catégorie ?

Moi, je pense que c’est la pire erreur de dire que c’est l’Europe qui est coupable. Parce que c’est à nous de créer les garde-fous qui nous permettent de ne pas subir certaines choses. Il y a des maçons, des forgerons et des artisans magnifiques qui font un travail beaucoup plus élaboré que le travail industriel. Moi, je pense que dans la vie, il faut savoir analyser les choses sans passion et de manière objective. Quand vous allez au marché et que vous voyez des tas de légumes, vous choisissez les meilleurs.

Il faut donc toujours essayer d’agir sans émotion. Parce que quand on refuse d’assumer notre propre responsabilité dans des choses qui nous arrivent c’est grave. Lorsque je suis allée en France à l’époque  pour étudier, l’Europe cherchait des ouvriers. Elle savait à l’époque qu’ils pouvaient lui apporter quelque chose parce que c’était une main d’œuvre moins chère. C’est l’Europe qui a même suscité cette immigration africaine. Il faut aussi comprendre l’histoire des choses. Tout cela compte. Mais je pense que nous pouvons améliorer notre quotidien par le travail. Aller vers l’ailleurs, c’est normal. C’est même naturel et c’est souhaitable. Parce qu’avant, cela faisait partie de l’initiation. On allait ailleurs pour apprendre le monde. C’est ce que je peux dire sur cette question.

Le dialogue des civilisations, c’est quoi selon vous ?

Le dialogue des civilisations pour moi, c’est de savoir que tel existe, savoir que je dois le respecter en ce qu’il est. J’exige de l’autre, non pas par violence, que moi aussi je sois respectée dans tout ce que je fais. Cela montre aussi que le monde évolue et que toutes les civilisations empruntent à d’autres. Nous sommes un monde métissé, qu’on le veuille ou non. On a toujours emprunté ailleurs. La vie a voyagé, si je peux m’exprimer ainsi. Les us et coutumes ont voyagé depuis des millénaires. On peut changer en restant toujours soi-même. Quand vous mangez une mangue, vous n’en devenez pas une. Votre corps assimile, digère et cela contribue à votre résistance, votre santé et votre équilibre. Voir d’autres personnes qui existent ailleurs ne m’a jamais émue tant que je trouve auprès de ces populations-là l’humanité qui nous rapproche.

Ce que vous dites semble simple mais tout le monde ne l’a pas assimilé. Le respect de l’autre dans ce qu’il est semble difficile. Et le monde aujourd’hui est sous la menace terroriste à cause de cela. Le choc des civilisations devrait être appréhendé de quelle manière ?

Moi, je dirais un appel mondial à la réconciliation. Parce que nous sommes faits pour nous entendre. Je pense qu’il ne devrait pas y avoir de cas où une civilisation se rebelle parce que ceux qui incarnent cette civilisation ont un sentiment d’injustice, d’irrespect et je pense qu’il est temps qu’il y ait une réconciliation planétaire. On a toujours vécu ensemble. Pourquoi ça a débuté quand on a commencé à parler de choc de civilisations. Toutes les religions ont toujours cohabité. Il n’y a pas eu ces clashs. C’est vrai que dans toutes les religions, même celles révélées, il y a eu aussi des moments assez terribles dont personne ne parle maintenant mais il y a eu la paix et la réconciliation. Je pense qu’il faut qu’on se parle. Pour moi, ce n’est pas impossible. Il y a eu des guerres de 100 ans et de plus de 100 ans même qui ont pris fin par la réconciliation. Le miracle peut toujours arriver. Il peut y avoir un sursaut, une étincelle de paix qui vient du cœur. Et je vous assure que j’y crois.

L’on parle de cellules dormantes de terroristes au Sénégal. Qu’en pensez-vous ?

Moi je ne peux pas le dire. Ce sont des choses qui ne peuvent pas se prévoir. Le Sénégal est un pays où l’islam s’est introduit à partir du nord depuis le 9ème siècle et où toutes les religions ont toujours existé et ont toujours pratiqué leurs rites sans jamais recevoir de pierres. Un pays où l’éducation de base n’est pas ‘’n’approches pas un animiste, un musulman, un catholique ou un protestant’’. Moi j’ai de grandes amies qui sont des chrétiennes et que j’ai rencontrées à l’école. On était dans le même quartier et il n’y avait pas ces problèmes-là. Et vous voyez la coutume sénégalaise, les échanges entre les fêtes, le ngalax, le laax ou encore le mouton de Tabaski. Tout se partage. Nous devrons gagner à retrouver ce temps de la concorde. Il n’y a que ça qui nous anoblit.

Que pensez-vous de la politique culturelle du ministère en charge de la question?

Je ne bouge pas. Vous ne me voyez pas beaucoup. Vous ne m’entendez pas beaucoup. C’est une posture voulue parce que j’ai choisi d’écrire des livres et je me concentre sur mon papier, mon stylo, etc. car j’écris encore à la main. Si je me mets à juger, le moindre sursaut ou la moindre erreur de ce qu’on appelle la politique culturelle, je pense que cela va me distraire de mon travail. Je ne dis pas que d’autres ne peuvent ou ne doivent pas le faire. Je vois de grands pays comme les USA où il n’existe pas de ministère de la Culture. Ecrire, c’est tellement difficile et prenant parce que cela vous capte tout votre esprit et vous oriente dans votre créativité. Mon choix est d’écrire sans pour autant ignorer qu’il y a un ministère de la Culture qui définit la politique culturelle du Sénégal. Mais en tant que simple citoyenne, je ne peux pas savoir  les bases sur lesquelles cette politique culturelle a été définie. Pour moi, tout suit une logique d’appréciation, de pouvoir, de vouloir, etc.

Je crois que chaque être humain, là où il se trouve, peut créer la culture. Il peut imaginer. Il peut écrire. Et  même s’il ne sait pas écrire, il sait que la culture est un appel qui vient de notre intérieur que nous réalisons, extériorisons pour justement assembler, rêver, rire ou faire des actions de représentation du passé ou d’autre chose. Je sais que chaque être humain a les possibilités de produire la culture. Avant, on le faisait sans le savoir. J’ai grandi à Saint-Louis. Lorsque le griot chantait, le conteur contait, les lutteurs luttaient et j’étais éblouie par les kasak. Je n’ai pas connu le ‘’simb’’ parce qu’on interdisait d’aller là où cela se passait à la Pointe Sud à Saint-Louis. C’étaient des moments de culture. Pour moi, même la géographie était un moment de distraction, de culture. J’aimais contempler l’île de Saint-Louis, qui était comme une scène à dimensions variables avec son  petit bras de fleuve à droite et il était un personnage pour moi. Sur le grand bras du fleuve qui était à moins de 30 mètres de notre maison je voyais un théâtre. J’aperçois l’île jusqu’au fond.

C’était un moment d’évasion, d’imagination. Je voyais l’eau qui tournait autour de l’île et qu’au fin fond je vois une bande de terre et puis l’océan et l’horizon. Tout cela était pour moi significatif. Ce sont des scènes qui m’ont toujours habité et qui m’habitent encore. Je pense qu’à partir de là, on peut créer à partir de son histoire quand on la raconte et qu’on la fait revivre. Une histoire ne se raconte pas n’importe comment, cela se dramatise et cela devient des scènes et chacun avait son pan qu’il revalorisait pour le bonheur de tout le monde. J’assiste à la politique culturelle. Je vois des gens qui travaillent et qui bougent mais je ne veux vraiment pas juger ce qui se fait.

Aujourd’hui on a l’impression que toute la culture se résume à la  musique et au théâtre. Avez-vous ce même sentiment ?

Je pense que les écrivains, on ne doit pas les voir, on doit les lire. Parce que si on les voit toujours, est-ce qu’ils auront le temps d’écrire. Le cinéma est un art cher. J’ai lu qu’il y a aussi des efforts qui ont été faits par l’Etat pour les soutenir et c’est tant mieux. Le théâtre, je pense qu’il faut des hommes et des femmes qui produisent. Car c’est la création des dramaturges ou des écrivains qui alimentent le théâtre même s’il y a bien des théâtres improvisés. Moi, ce que je vois à la télévision, on dit toujours théâtre mais pour moi, il ne s’agit pas de théâtre. Pour moi, le théâtre, c’est ce qui se vit en direct avec le public. Dans nos sociétés, on a toujours eu le théâtre quand les troubadours passaient et jouaient des sketchs. Il n’y avait pas de différence entre la scène et le public occidental. Le conte y était théâtralisé. Celui qui contait n’était pas immobile. Par l’échange, le propos et le contenu du conte chacun pouvait savoir ce qu’il devait entendre à travers ce conte. Tout ça, je pense qu’il faut le revaloriser et ça ira beaucoup mieux.

Parlant des écrivains, comment appréciez-vous le niveau d’écriture actuel ?

Sur ce point aussi, je m’interdis d’apporter des jugements. Je reçois des textes de jeunes ou de débutants. Et quand on me demande mon avis sur le texte,je ne dis pas que moi j’ai atteint un degré où ma parole est évangélique, mais je dirais que simplement, en fonction de mon expérience, du fait que j’ai toujours pratiqué la littérature depuis toujours sans avoir produit des romans, je peux constituer par-ci, par-là, sur les côtés les plus subtiles de la littérature comme les problèmes d’expression, de cohérence, de temporalité, etc.

Quand un livre est écrit en plusieurs temps, on doit savoir pourquoi. Le profane qui n’a pas étudié les mécanismes de ces choses-là peut penser autrement. Mais un professionnel, juste en lisant, même s’il n’y a pas d’adverbe ou de conjonction,  peut tout de suite savoir quand l’auteur parle au plus-que-parfait, si le récit est au passé, que ce qu’il dit là renvoie à avant. Il y a toutes ces choses-là qu’il faut comprendre. Maintenant avec le temps de lecture, la vitesse, ça échappe un peu. Alors là, je conseille. Et je vous assure que je dis simplement ce que je pense. Je ne donne pas de leçons parce que je veux laisser à celui ou celle qui vient me voir la liberté. D’ailleurs, je n’aime pas raturer les écrits des autres. J’écris à part sur une feuille pour dire : il faut revoir ça. Mais je ne donne pas de leçons d’écriture de textes à des gens.

Vous pensez que la relève est assurée ?

Ah oui ! Incha Allah. Je le pense. Je ne citerais pas de nom parce que ça fera des frustrés. Et ça aussi, on ne peut pas le dire parce que quelqu’un peut écrire un premier roman ou un premier texte qui laisse à désirer pour les puristes et qui, le lendemain, vous propose un texte extraordinaire.

Au Sénégal, l’on dit que les gens ne lisent pas. C’est dû à quoi à votre avis ?

Parce qu’il n’y a pas les conditions. La lecture n’est pas un mouvement inné. Ça ne vient pas comme ça par hasard. Il faut cultiver ça d’abord par la présence du livre. Là où nous sommes, j’avais trouvé en bas des locaux vraiment délabrés (ndlr elle parle de l’immeuble où se trouvent actuellement ses bureaux à Fass). On a édité des personnes bien assises sur leur réputation d’enseignants modèles comme Mme Fatou Niang Siga. On a édité son livre ‘’Modes et traditions saint-louisiennes’’. C’est un livre superbe. Elle l’a fait quand elle était dans la plénitude de son âge. Le livre lui-même était une richesse rien que sur les modes, les traditions, la culture, la coiffure et tout ça.

On pouvait y lire l’histoire entière du Sénégal. Moi j’habite à la Sicap Amitié 3 mais il n’y a pas de bibliothèque. Si on cherche une bibliothèque ou même une librairie, ce n’est pas toujours à côté. C’est tout ça qu’il faut cultiver. Si dans chaque quartier il y avait des coins de lecture où on n’a pas besoin de prendre le bus pour y aller et qu’il y a des animations autour, je vous assure que ça marche parce qu’ici au CAEC, ça a marché pendant 20 ans. C’est ceux qui l’ont fréquenté qui me disent que c’est au CAEC que je venais puiser. Ce n’est pas impossible. Le néant n’existe pas. Quand je créais le Caec, ce n’était pas un business commercial. C’était pour partager. Beaucoup de personnes m’avaient dit : non Aminata, ça ne va pas marcher. Je disais oui.

De manière générale, on n’entend presque plus les intellectuels sénégalais sur les problèmes de la société. On a l’impression que vous avez cédé vos places aux prêcheurs…

Je n’ai pas cette appréciation. J’entends tous les jours les intellectuels débattre sur toutes les grandes chaînes de radio. Je parle de la radio parce que je suis plus radio que télé. La télé m’immobilise alors qu’avec la radio je peux aller et venir. Tous les dimanches et les samedis, il y a plein de débats d’intellectuels. Alors les prêcheurs, je pense qu’ils ont trouvé une place là où il y a un vide. La nature a horreur du vide. Peut-être que là où les intellectuels parlent, il n’y a pas assez d’espace pour nourrir le débat. Le débat quand même se nourrit à travers la presse écrite. Je vois pas mal de contributions dans la presse écrite et sur celle en ligne. Quand vous voyez des gens qui font de la voyance acquérir une certaine place, c’est parce qu’il y a des gens qui les mettent là. Moi, je n’ai rien contre ça. Disons que je n’ai pas à les attaquer, c’est leur liberté. Mais il y a les questions existentielles qui se posent. On dit que Dieu est Grand, Il sait et quoi qu’on fasse c’est Lui qui Sait. Alors on n’a pas besoin d’exposer tous ces problèmes. Pour moi et pour d’autres, il est plus simple de prier Dieu et de lui faire part de toutes nos requêtes, car Lui Seul étant Capable de résoudre nos problèmes.

Dans certains passages de ’’L’appel des arènes’’ vous évoquez le caractère pas ‘’raffiné’’ et ‘’violent’’ de la lutte. Aujourd’hui, on assiste à un regain de violence chez ces sportifs qui ne dit pas son nom. Qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas fait exprès. Mais il arrive très très souvent que l’écrivain ou le texte littéraire devance la fiction. Ça arrive. Je ne sais pas comment car je n’ai pas de dons de voyance ni de prévision mais ça arrive. Dans ‘’la grève des bàttu’’, il y a ce mendiant-là qui est décédé et que j’ai vu enterrer dans le film et qui m’a fait pleurer. Avant, il est parti à l’hôpital et on l’a ramassé, battu et il est parti là-bas alors que c’est quelqu’un qui aimait la vie et qui faisait du théâtre aussi. Pour marquer comment une administration peut être aveugle, on lui a dit : il faut donner le certificat d’indigence et il a fini par mourir. C’était une fiction. Quelques années après la parution du livre, Yoro Moussa Bathily a fait un film qu’il a appelé ‘’le certificat d’indigence’’.

Son film, il l’a tiré d’un fait réel. Cela s’est véritablement passé. S’il n’y avait pas eu ce fait réel, mon éditeur pouvait lui dire que c’est un plagiat. Pour la lutte, ce qui passe,  c’est qu’avant, les lutteurs étaient des rêveurs. La lutte, ce n’était pas de la violence. C’était un temps de bonheur. Moi, je pense que la lutte, c’est simplement un temps de poésie. Parce que le lutteur, quand il venait, il y avait tout l’arsenal, de la musique, du chant, de la danse. Il faisait des ‘’bakk’’ qui étaient des poèmes de haute facture. Il dansait, il chantait et même dans sa posture et sa tenue, il avait sa mystique mais pas l’argent. Maintenant, ce qui a gâté la chose, c’est quand il y a eu des promoteurs et de l’argent. Beaucoup d’argent d’ailleurs. J’aimais tellement les spectacles de lutte, pourtant je n’allais pas en voir. On n’avait pas la permission d’aller regarder ces choses-là.

Ça se faisait à la pointe de l’île. C’est quand j’étais adolescente et que je passais les vacances chez une de mes sœurs à Louga, je devais avoir 15-16 ans, c’est là que j’ai assisté pour la première fois à un combat de lutte. C’était vraiment des moments euphoriques et très beaux. Une fois aussi, j’étais venue en vacances à Dakar et là où il y a le marché de Fass, il y avait une arène et un jour, il y a le géant  Fodé Doussouba qui luttait avec un autre pas connu dans l’arène. Et ce jour, il paraît que Fodé Doussouba devait percevoir 50 mille. Mais aujourd’hui, la lutte est devenue un véritable business. C’est pourquoi je parle de la puissance négative de l’argent, quand la gestion de l’argent n’est pas bien digérée. Je ne dis pas que je mène la guerre contre l’argent. C’est normal de travailler.

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