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En privé avec Carlou D (artiste chanteur) ‘’ Je veux retracer l’histoire du Sénégal ’’

Le chanteur sénégalais Ibrahima Loucard alias Carlou D est nominé aux African muzik magazine awards (Afrimma) pour l’édition 2015. Il va se rendre à Dallas en octobre prochain pour essayer de gagner le prix du meilleur chanteur ouest africain. Il concourt dans sa catégorie avec de grands noms de la musique africaine à l’instar de Davido. Mais cela n’entame en rien son optimisme. Il reste confiant même si un de ses collègues chanteurs a essayé de décortiquer un geste sur une de ses photos sur facebook. Carlou D ferait-il partie de la communauté des  illuminati ?  Acerbe, l’auteur de ‘’sagne sagne’’ apporte des éléments de réponse dans cet entretien accordé à EnQuête. Et profite aussi de l’occasion pour parler de son projet de ‘’retracer l’histoire du Sénégal’’.

Vous avez récemment sorti un single «sagne sagne»  dans lequel vous chantez votre guide religieux Serigne Touba. Pourquoi avez-vous choisi la ville de Saint-Louis pour réaliser la vidéo ?

J’ai tout simplement tourné la vidéo à Saint-Louis pour retracer un peu l’histoire de Cheikh Ahmadou Bamba. Cheikh Ibrahima Fall qui était un disciple fidèle de Serigne Touba habitait à ‘’Guet Ndar’’.  Il œuvrait pour l’intérêt de son guide Serigne Bamba dans cette ville.   Donc c’est en quelque sorte le refuge des ‘’Baye Fall’’. Je suis allé à Saint-Louis pour faire le ‘’Madial’’ pour rendre hommage à ma référence Cheikh Ibrahima Fall et Cheikh Ahmadou Bamba. Une bonne partie du clip est réalisée dans cette ville et le reste à Dakar.  Et c’est bien de préciser que la vidéo est réalisée le lendemain  des ‘’2 Rakaa de Ndar’’ ; et les parties qu’on a réalisées à Dakar, on l’a fait trois jours après ‘’l’appel’ de Yoff.

Ce single annonce-t-il un nouvel album ?

C’est difficile de parler d’album. Pour cela, il faut beaucoup de travail  et cela demande beaucoup de temps. Le single qui vient de sortir s’annonce bien. J’ai consacré deux ans de ma carrière à l’internationale pour y apprendre quelque chose avec la complicité des Blancs. J’avais cette curiosité de voir comment travaillaient vraiment les Blancs avec une telle qualité dans leurs albums. Maintenant, je suis revenu avec le Carlou D que les Sénégalais ont toujours connu et aimé voir. J’ai entendu du n’importe quoi, que je n’étais plus un Baye Fall, que  personne ne savait ce que je  faisais etc. Certains sont allés plus loin en me traitant de fou, donc,  cela prouve que ça marche. Mais sachant qu’on est artiste, on doit accepter les critiques. Je pense que les gens ont bien vu les changements et le travail qu’on a abattu durant ces deux longues années.

On vous entend souvent dire dans vos discours que vous êtes en train de retracer l’histoire du Sénégal, quelles sont les pierres que vous avez posées pour retracer cette histoire ?

Déjà je me suis rendu à Saint-Louis dans le quartier où  habitait Cheikh Ibrahima Fall. Et le plus important,  je suis sorti dans la rue pour demander l’aumône (madial). Un geste que les gens dramatisent. J’ai fait cet acte pour montrer mon côté baye fall et faire ce que Cheikh Ibrahima Fall nous recommandait, c’est-à-dire aider les plus démunis, être humble et soutenir son prochain. D’ailleurs, à travers ce geste, j’ai récolté beaucoup d’argent que j’ai donné à une vieille femme qui mendiait au marché. C’est cela le partage, la solidarité que notre guide nous a appris. Revenant sur l’aspect de retracer l’histoire du Sénégal, j’ai initié un nouveau slogan ‘’Sénégal sur scène’’ (SSS).

Dans cette initiative, le point essentiel, c’est d’inviter des artistes de différentes ethnies  tels que Simon Sène, Abou Diouba Deh , Makhou Lébou Gui, Metzo Diatta, Paulette etc  à  venir partager la scène avec nous. Tout cela pour montrer la culture sénégalaise aux étrangers.  Je veux que dans tous les endroits où l’on verra Carlou D, qu’on y voie un autre artiste sénégalais qui représente soit son ethnie soit sa race. Maintenant on ne peut pas parler de l’histoire du Sénégal sans parler de Cheikh Ahmadou Bamba et Cheikh Ibrahima Fall qui ont beaucoup apporter au peuple sénégalais. Aujourd’hui on doit apprendre à nos enfants leurs œuvres. Si je pouvais l’écrire en français ou dans d’autres langues, je le ferai sans hésiter car durant toute leur vie, ils ont prôné  l’intérêt du Sénégal tant sur le plan économique que social. Tout cela, c’est des valeurs qu’on a chez nous mais hélas ! je n’ai vu personne prendre la peine de l’extérioriser  pour que les gens puissent en profiter pour leur propre compte.

Que voulez-vous montrer à travers ce teaser dans lequel vous quémandez de l’aumône et que certains  qualifient de geste de folie ?

Je pense que l’essentiel, c’est qu’on en parle. Ce teaser a atteint 100 000 vues, cela a fait le buzz parce qu’on l’a titré ‘’Carlou  D est fou’’. Peut-être que certains voulaient que cela soit vrai. Par contre, d’autres étaient surpris. On m’appelait de partout pour me demander si l’information était vraie. Les médias ont aussi communiqué sur cela. Je ne pensais pas que les gens allaient se poser cette question-là, à savoir si j’étais devenu fou. C’est vraiment absurde. Ce n’est pas la première fois que je fais un teaser pour annoncer ce qui va venir mais cette fois, cela a pris de l’aile et j’en étais vraiment étonné. Je ne sais pas ce qui va se passer demain mais je prie pour garder ma lucidité. Comme nous sommes dans le milieu de la musique et que nous sommes connus un peu partout, nous ne pouvons pas empêcher les gens de dire ce qu’ils pensent.

Vous faites partie des artistes nominés pour le prix Afrimma 2015. Pensez-vous pouvoir remporter le prix ?

J’y crois fortement. Ce n’est pas impossible. Je n’ai jamais eu peur dans ma vie. Ce n’est pas aujourd’hui que cela va commencer. Penser que je ne pourrais pas gagner, c’est vraiment être pessimiste. Je ne vois pas de raisons pour cela à moins qu’on me dise que le Nigeria fait 10 fois le Sénégal. Et malgré cela, je crois que c’est encore possible. Si certains pensent que par exemple Davido a plus de chance, attendons le jour j pour le déterminer. L’évènement se tient le 10 octobre à Dallas aux USA. D’ici là, les gens peuvent me soutenir en allant sur le site www.carlou-d.club. L’internaute aura accès au club Carlou D. Il va s’inscrire et voter après sur la page officielle d’Afrimma autant de fois qu’il le voudra.

Il paraît que vous signez avec un label américain…

Non pas encore, mais j’aimerais bien le faire.

Après la sortie de votre dernier album certains ont supposé que vous étiez un illuminati à cause de la photo de profil. Le débat refait surface aujourd’hui. Un de vos collègues dit que vous en êtes peut-être un ou seulement que vous avez fait ce signe par ignorance. Qu’en est-il exactement ?

La seule chose qui fait que les gens pensent que je suis peut-être coupable (sic), c’est le signe de la main que j’ai fait sur la photo. Honnêtement, quand je le faisais, je ne pensais pas à cela. Et je refuse qu’une communauté qu’on appelle soi-disant les illuminatis que je ne connais pas et dont je ne sais d’où ils viennent me contraignent à ne plus faire ce signe qui signifie pour moi ‘’wahidoune’’ et que je dessine avec ma main sur le contour de mon œil. Ils ne peuvent pas et ne vont jamais m’empêcher de faire cela. Ce qui veut dire que je n’arrêterai pas de le faire. Je le ferai à chaque fois que je le sentirai. Maintenant, que d’autres artistes en profitent pour dénigrer et descendre un frère artiste du même pays, je trouve ça dommage. Parce que ce gars-là (ndlr il s’agit de Makhtar Le Kagoulard qui a fait une publication sur sa page facebook), je ne l’ai jamais vu. J’ai écouté sa musique et je l’ai supporté pendant longtemps. Maintenant, l’entendre parler de moi m’attriste beaucoup. Parce que je pensais qu’il est intelligent.

Quelle a été votre réaction quand vous avez su cela ?

J’étais déçu (il se répète). Makhtar Le Kagoulard, il m’a déçu. Il m’a déçu mais gravement. Je pensais qu’il était mature et qu’il en avait dans la tête (sic). Hormis cela, on m’a dit qu’il était devenu ‘’Ibadou’’. Je lui fais juste savoir que parmi les 20 péchés que Dieu ne pardonne pas, figure le fait de dire des choses dont on n’est pas sûr sur quelqu’un. Il sait que si je mettais devant lui un exemplaire du Coran afin qu’il jure que je fais partie de cette communauté, il ne le ferait pas. Alors, je me demande pourquoi il avance des choses dont il n’a aucune certitude sur moi.

En plus, ce qu’il dit, c’est lui qui le sait, moi je n’en sais absolument rien. Bizarrement, il paraît que ces gens-là (ndlr les illuminatis) font ce signe-là et lui, a le temps de prendre ma photo et celles d’autres gens pour faire une comparaison. Ce signe n’est qu’une réaction et une vision d’artiste pour moi. Il ne faut pas que lui fasse partie d’un mouvement de cancres qui pensent de manière négative. Chaque artiste a des réactions spontanées. Et ça, tu l’exprimes souvent en posant. Le signe ‘’Allahou’’ signifie beaucoup de choses et tu le poses sur ton œil, ça veut encore dire plus de choses. Encore une fois, ce ne sont pas les illuminatis qui vont m’empêcher de faire ce geste. Je fais cela tout le temps et je me dis que je veux que cet œil ne voie que Dieu.

Au-delà de ce geste, qu’est-ce qui pourrait motiver cette sortie ?

Quand il a fait cette publication, il y a des gens qui l’ont appelé et il leur a dit qu’il a vu qu’un de mes managers s’appelaient Israël. Et la personne dont il parle habite ici aux Parcelles et il s’appelle Passy. Et il n’est pas un illuminati. Il ne connaît même pas la personne dont il parle. Il l’a vue sur ma liste d’amis, a vu que je communiquais avec lui et il a soutenu que ce dernier faisait partie des illuminatis. Il demande aussi pourquoi je travaille avec la fondation Prince Klaus. Pourquoi je ne travaillerais pas avec cette fondation. Cette fondation a produit le premier opéra africain auquel j’ai participé et dans lequel je suis le premier acteur africain. C’est sur ces éléments qu’il s’est basé pour dire ce qu’il a dit. Et pour lui, avec ma nomination à Afrimma, des acteurs organisant des choses aux USA ne peuvent pas venir dénicher Carlou D au Sénégal. Il pense que ce n’est pas possible. Ce qui signifie que malgré le fait que je l’ai toujours suivi et que j’ai aimé sa musique, il n’a jamais cru en lui. Ce qu’il pense n’est pas. Il pense que c’est parce que je fais partie d’un label américain qu’on m’a sélectionné pour Afrimma. C’est comme ça que fonctionnent les Sénégalais et je trouve ça dommage.

De manière générale, vous donnez l’impression de ne pas entretenir de rapports cordiaux avec les rappeurs même si dans votre dernier clip on voit Da Brains et Gaston. Qu’en est-il exactement ?

Je n’ai jamais eu de problèmes avec un rappeur sénégalais. S’il y a quelqu’un avec qui j’ai des problèmes, qu’il vienne le dire. Ce n’est pas vrai. Du plus âgé au plus petit, ils me respectent tous parce que je les respecte. Quand j’ai besoin de quelqu’un pour ma musique, je l’appelle. Si tu viens tant mieux, si tu ne viens pas, c’est ton problème. La preuve, pour en donner une, lors de mon spectacle l’année dernière au Grand-théâtre, j’ai invité tous les rappeurs. Mais la majeure partie n’est pas venue.

Pourquoi ?

Je ne sais pas. C’est leur problème. Moi, j’invite pour éviter des problèmes. J’ai invité Simon, Niit Dof et beaucoup d’autres qui ne sont pas venus. C’est leur problème. Moi, j’ai fait ce que j’avais à faire. J’ai invité Da Brains parce que quand Djiby a entendu la chanson, il l’a aimée et m’a appelé. On en a parlé et je me suis dit qu’il avait les mêmes feelings que moi sur cette chanson et je l’ai invité. Je lui ai dit qu’il nous fallait un autre et j’ai proposé Gaston qui pour moi est un Baye Fall. Et dès qu’on l’a appelé il a dit oui sans hésiter. C’est ainsi que j’ai choisi un jour pour l’enregistrement en studio et ils sont tous venus. Et c’est ça la musique sénégalaise. Il ne faut pas qu’on se sous-estime. On peut gagner n’importe quel prix sur l’international. Quand on fait attention à comment fonctionnent les autres, comment ils font passer leurs vidéos sur les grandes chaînes de musique alors que nous ne pouvons pas y accéder, on doit se poser des questions. Le problème, ce n’est pas les musiciens mais c’est la machine qui ne marche pas.

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