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ENCOMBREMENT D’AFFICHES ET DE PANNEAUX A DAKAR Une publicité invasive, une pollution visuelle

L’espace publique et même privé est visiblement  pollué dans la capitale sénégalaise. Les affiches politiciennes, les annonces à caractère publicitaire de formation ou de commerce, de sortie de nouveaux albums ont fini de souiller la belle image de Dakar, celle d’une capitale à l’assaut incessante de la modernité. Notre métropole est loin d’être une beauté visuelle comparable à certaines capitales africaines. Reportage

Elles s’imposent à nous en permanence, défigurant nos paysages, violant nos consciences, manipulant nos enfants : les affiches publicitaires sont incrustées dans nos villes, nos campagnes et nos transports. Tout le monde le constate, beaucoup le regrettent, certains le critiquent mais personne ne répond.  Soucis de communication où stratégie de communication, l’espace publique à Dakar est devenu un terrain de prédilection pour communiquer, faire passer son message, échanger ou simplement faire valoir ses idées propagandistes sur ses projets personnels loin parfois de l’intérêt public. Il suffit de promener son regard dans la ville pour se rendre à l’évidence d’une réalité blessante.  Il y a plus de panneaux publicitaires que d’arrêts bus à Dakar ! Les artères, les routes secondaires, les intersections, les ronds-points, les façades murales et les toitures, les ponts, passerelles et tunnels, les écoles et lieux de cultes, même les lampadaires sont remplis par ces supports publicitaires dont la qualité laisse parfois à désirer.

A l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, haut lieu de la connaissance et laboratoire achevé du civisme, le phénomène est effarent. Au pavillon A, à l’entrée du campus pédagogique jusqu’aux bâtiments abritant les amphithéâtres, on peut lire sur les murs de ces édifices, ‘, ‘’ internet action, séminaire en stage d’entreprise’’. Les affiches sont chargées les unes des autres. De loin, on croirait à un dépotoir de poubelles. Ici, tous les moyens sont bons pour faire passer les messages et personne ne se soucie de l’insalubrité que cela peut entrainer. Pour cet étudiant, ce n’est qu’une stratégie pour se rapprocher de la cible. « Les étudiants ne lisent pas, c’est pourquoi nous sommes obligés d’afficher même devant les toilettes pour les obliger à lire ». Cette méthode semble pourtant porter ces fruits car ici, avec les longues files d’attente pendant les heures de restaurations, poussent les étudiants à lire les affiches. Abdoulaye Diagne, étudiant en médecine trouve ce moyen efficace. « Les gens n’ont pas souvent le temps de s’arrêter en dehors des heures de repas pour lire. Mais cette façon est plus convenable », dira t-il. Cet étudiant, qui frise la trentaine, ne se soucie nullement du désordre que cela entraine dans le quotidien des citoyens. Comme la plupart de ces camarades, la seule chose qui vaille dans ce milieu, c’est la restauration et les études. Sur l’autoroute à péage, dans les différents carrefours que compte Dakar, aucun espace n’est épargné.

C’est la guerre des mots et des affichages, notre environnement immédiat est pollué  et nos yeux ne peuvent plus contempler une belle image dans la capitale sénégalaise. Mariama Diallo, la taille moyenne, le sourire en bandoulière exprime son opinion : «  Ce sont des actes qui dénotent le manque de civisme notoire que l’on constate chez nous. Ces images affiches sauvages sont assimilables aux ordures ménagères que l’on jette dans la rue ». Aissatou Diop, elle, ménagère et mère de deux étudiantes dans des instituts de formation, croit dur comme fer que ces annonces dans le domaine de la formation, ont aidé ses enfants à trouver une formation appropriée. « Un jour, ma fille ainée Aida est venue nous parler d’une formation en marketing à travers une affiche qu’elle a lue sur les murs de l’école primaire ‘’ les manguiers de Fass’’ », nous informe-t-elle.  Aujourd’hui, sa fille en est à sa dernière année de formation et fait la fierté de ses parents.
Lors de la campagne référendaire, les affiches ne manquaient guère. A côté de cette beauté architecturale, des centaines d’affiches sauvages polluent la vue. Sur l’avenue Cheikh Anta Diop qui regorge l’immense pont aérien qui surplombe la clinique ‘’Samu’’ à l’autoroute Seydina Limamoulaye Laye, les annonceurs libres ont conquis l’espace.

Le mouvement Hip-Hop entre aussi dans la danse de cette jungle de l’affichage et du griffonnage. Pour cette étudiante congolaise, « Dakar est une belle capitale. Mais on constate de plus en plus des comportements qui salivent cette image comme ces annonces désorganisées sur les édifices publiques », poursuit-elle d’un ton rigoleur. « Peut-être que cela fait partie de la beauté sénégalaise ! », raille-t-elle.  Les murs peints ou pas, les carrefours embellis ou non… Les ronds points, les ponts, les échangeurs, les murs des particuliers, tous servent de panneaux d’affichage. Ils polluent le regard des citoyens. Après la pollution thermique et sonore, Dakar vit maintenant sous l’air de la pollution visuelle. Et pourtant les autorités notamment le Préfet de Dakar, dans le cadre de ses missions régaliennes, avait pris les décisions qui s’imposent pour réguler le secteur. De sources sures assurent que l’Autorité qui a donné les armes pour leurs installations l’a toujours refusé. Aujourd’hui qu’est ce qui a changé pour que ces mesures protectrices et utiles d’antan pour le cadre de vie des populations puissent être aujourd’hui négligées, contournées et royalement ignorées ?

Khady Thiam Coly

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