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Energie au Sénégal L’ incinération des  déchets – pourquoi  pas ? (Par Cheikh Ndiaye)

La gestion des déchets en Afrique est un défi important pour les gouvernants.

L’urgence du problème est plus qu’actuelle. Les déchets sont très présents dans le décor  urbain sous forme de dépôts sauvages. En même temps, l’énergie connaît des difficultés. C’est un double problème.  L’incinération des déchets s’impose. Ainsi, les deux problèmes trouvent solution.

 Ce qu’il en est de l’énergie, d’abord!

Les deux formes d’énergie – non renouvelable (ENR) et renouvelable (R) – présentent toutes deux des faiblesses par rapport aux variables « stocks » et « flux ».

L’énergie non renouvelable (ENR) est infinie en termes de flux et fini en termes de stock. Par contre l’énergie renouvelable (R) fini en termes de flux et infini en termes de stock.

Or, « stock » et « flux » constituent  deux paramètres importants de la politique énergétique d’un pays. Ils structurent le profil de la soutenabilité de la consommation énergétique d’un     pays.

L’acuité du problème de l’énergie recommande de s’arrêter et décider ! La peine a trop duré.

  • Premièrement : il faut décrocher du système du « tout fossile » qui fragilise nos économies ! Le programme Sénégal émergent (PSE) du Président Macky SALL l’a bien compris pour y être engagé résolument.
  • Deuxièmement : il faut engager une démarche révolutionnaire de mix-énergétique efficace faisant une place prépondérante à la déchet-énergie. Il faut éviter à ce niveau  le piège de la tendance actuelle à développer le mythe du solaire qui perçoit cette forme d’énergie comme la panacée, jusqu’à oublier l’éolien et les déchets. Ce serait  une nouvelle tyrannie énergétique du solaire qui viendrait s’ajouter à celle du pétrole. Il nous faut un bouquet énergétique largement pluriel. On prendrait de chaque vecteur énergétique ce qu’il a de mieux en terme de rendement et d’accommodation territoriale et le tout constituerait la solution énergétique recherchée.
  • Troisièmement : il nous faut une réglementation adaptée et coercitive

L’objectif principal de cette politique de bouquet énergétique pluriel serait de maîtriser au mieux  les grandeurs « stock » et « flux »  afin de sécuriser  notre autonomie en énergie. C’est une condition essentielle de l’émergence économique.

Le  stock  concerne les aspects « approvisionnement » tandis que le flux  les aspects « utilisation ».

Il y a réellement des motifs de satisfaction au constat de l’engagement du Président Macky SALL, décliné à travers le PSE, de faire de l’énergie la préoccupation primordiale de l’économie sénégalaise. Toutefois, la réflexion est à poursuivre.

  Dans le mix-énergétique en application dans de nombreux pays africains on note l’absence totale de l’énergie des déchets. C’est général.

Partout où le mix-énergétique se pratique il repose essentiellement sur l’énergie solaire prétextant  que l’Afrique en est bien dotée.

C’est un argument  insuffisant. Car comme nous venons de le montrer, même si le soleil est intarissable et que l’ensoleillement est suffisant en Afrique, donc un stock  infini, le flux de l’énergie solaire est fini et limité parce que la technologie disponible ne permet pas d’exploiter cette source d’énergie à volonté (flux constituant le facteur limitant).

Tous les vecteurs d’énergie du mix énergétique ont cette faiblesse par rapport au stock ou au flux. Ou bien c’est le stock qui est fini et le flux infini (cas des ENR),  ou bien c’est le flux qui est fini et le stock infini (cas des ER).

Cependant,  il y a un vecteur d’énergie qui retient particulièrement l’attention : les déchets.

Les déchets sont le seul « candidat » du bouquet énergétique qui ne présente aucune contrainte vis-à-vis des variables « stock » et « flux ».

En effet, l’énergie des déchets est infinie à la fois au plan « stock » et au plan « flux ».

Tant qu’il y a production et consommation de biens manufacturés,  il y a déchets. Et mieux son volume croît arithmétiquement avec la démographie.

Cette régénération continuelle des déchets fait que l’énergie des déchets est perçue maintenant comme une énergie renouvelle.

Ses avantages sont nombreux !

  • C’est la forme d’énergie la plus intégrative des pauvres en terme d’activités génératrices de revenus (lutte contre le chômage)
  • C’est la seule forme d’énergie qui contribue à la salubrité du cadre de vie à travers le nettoiement systématique des quartiers
  • C’est la forme d’énergie qui concerne le plus les populations en termes de participation et d’externalités positives
  • C’est une forme d’énergie dont la production produit beaucoup d’eau réutilisable
  • C’est la forme d’énergie qui pourvoie le plus d’emplois non qualifiés donc adaptée à la sous-qualification des demandeurs d’emploi.
  • Elle protège les nappes phréatiques traditionnellement menacées par les lixiviats des dépôts d’ordures sauvages comme « mbeubeus »,
  • Elle favorise les initiatives d’intercommunalité pour une gestion mutualisée des déchets et de l’énergie à travers l’érection de déchetteries et d’incinérateurs communaux
  • C’est la forme d’énergie dont la production contribue aussi, par le contrôle des rejets gazeux, à la réduction de la pollution de l’air urbain et par ricochet à la réduction de la morbidité, des coûts de protection, et des coûts d’évitement de la maladie ;

Les dioxines, rien d’autre qu’un mythe!

Vers les années 70 le problème des dioxines était sur toutes les lèvres;

Aujourd’hui, ce mythe s’est effondré avec l’avancée technologique qui a permis un lavage complet des gaz de rejets de l’incinérateur avec récupération de tous les polluants et même la valorisation des mâchefers (cendres ultimes) en BTP.

Maintenant, l’incinération ne présente plus de dangers de ce type.

L’incinération des déchets, à but énergétique n’est rien d’autre, qu’un brûlage contrôlé des déchets.  Ce sont plutôt les dépôts d’ordures spontanés fumants disséminés dans les quartiers qui rejettent beaucoup de dioxines dont on ne connaît ni la quantité, ni la nature, ni les zones de dépôt.  Ce qui pose un problème de santé publique.

Digérant tous les déchets disponibles de l’espace urbain rendant ainsi la ville très propre l’incinération des déchets répond mieux aux exigences du droit à la ville qui fait de l’esthétique urbaine un objectif central de l’urbanité.

L’Afrique est en retard sur cette filière de l’énergie des déchets solides. L’Europe en a fait une alternative de survie, et cela a réussi fort bien. D’abord au niveau du public avec les collectivités locales mais aussi au niveau du privé avec les entreprises, la loi et la rationalité économique les y contraignant.

Ma conviction !

  • Sans sobriété point de développement durable. En cela la conception globale, que le Président de la République du Sénégal, Monsieur Macky SALL a du développement, est humainement et scientifiquement salutaire – la sobriété étant la seule catégorie psychoaffective de l’Homme à impact totalement écologique. Grâce à la sobriété la nature a survécu aux pires contraintes de son existence. Ainsi, le sens du mimétisme rationnel nous commande de répliquer cette propriété de la nature pour survivre. A nous de promouvoir et de vulgariser cette conviction idéologique du Président SALL pour que les populations se l’approprient et restent dans les limites de l’utilité vitale.
  • La politique énergétique ne peut connaître de succès durable que dans le cadre général de la transition écologique de l’économie- il faut l’instituer.
  • Il doit revenir à l’énergie des déchets la place qui est la sienne dans le mix-énergétique (cette place n’existe pas) ;
  • Il faut aller vers une mutualisation des communes urbaines pour mettre en place de grandes déchèteries communales ce qui éclaterait la responsabilité de la gestion des déchets et du coup minimiserait les conflits et contestations populaires ;
  • Le monde rural doit être déconnecté du réseau fossile pour s’alimenter en énergie renouvelable (solaire, éolien), une façon d’alléger le réseau électrique, de réduire la facture pétrolière et enfin de minimiser les effets des coupures électriques sur la production et le bien-être ;
  • Si l’énergie des déchets était exploitée on n’aurait pas besoin de lois interdisant les sachets plastiques, tout de même, utiles – mesure impactant négativement sur l’emploi des jeunes et les emballages en papier ou cartons trouveraient un débouché intéressant avec l’incinération ;
  • L’économie d’énergie n’est pas encore bien ancrée dans nos habitudes – il faut légiférer et sanctionner pour la consolider ;
  • L’éco-construction n’est pas encore une préoccupation des BTP – nos maisons, souvent extravagantes, demeurent très énergétivores et peu conviviales
  • Le transport de masse doit être encouragé ;
  • L’aménagement urbain doit réserver aux pistes cyclables une place plus importante ;
  • Il faut instaurer une écotaxe pour soutenir la politique énergétique- c’est une façon efficace de prendre en compte les externalités négatives des producteurs/ consommateurs;
  • Il faut une politique qui mettrait l’entreprise et la collectivité locale au cœur de l’environnement et des politiques de l’énergie
  • Nos villes s’étouffent, faute de paysages et d’espaces verts – la grande « Niayes » de Pikine et la forêt de Mbao sont des « éco-structures » de première importance de l’écologie urbaine dakaroise –  la nouvelle ville de Diamniadio doit s’y inspirer pour éviter le piège du béton et de l’asphalte ;
  • La responsabilité sociétale par rapport à l’énergie doit être assumée par tous les acteurs de l’économie ;
  • La pratique de la normalisation des procédés et produits (économes en énergie) doit être une réalité de la production pour déboucher sur l’écolabel local;
  • Il faut convertir l’énergie passive contenue dans les déchets du monstre de Mbeubeuss en énergie active profitable aux ménages en valorisant énergétiquement ses déchets -d’ailleurs c’est l’unique manière de s’en débarrasser à cour-terme.
  • L’enfouissement technique est une catastrophe écologique pernicieuse à long terme, une aberration socioéconomique et un « bluff » technologique
  • Le Président de la République a raison. L’autonomie énergétique du couple SDE/ SONES est une urgence. A ce sujet, l’incinération des déchets est une solution rapide et durable qui générerait des redevances attractives pour les communes émettrices de déchets;
  • Il faut institutionnaliser la tenue de comptes environnementaux et énergétiques pour construire un PIB-vert – ainsi, on évaluerait mieux les pertes de capitaux naturels  causées par la production/ Consommation et aurait une idée plus exacte de l’intérêt sociétal de notre croissance économique ;
  • La connaissance de l’intensité énergétique de notre PIB est un impératif pour corriger la trajectoire de notre courbe de consommation.
  • L’éducation environnementale doit être introduite dans les curricula (Unesco/ Breda et l’institut des sciences de l’environnement de Dakar avaient jeté les bases en 1988)
  • Quant à la maîtrise du réseau électrique, comme l’heure n’est pas encore aux smart – grids (réseaux intelligents) vu leur caractère onéreux, une attention particulière doit être portée sur une démarche de gestion de la stabilité du réseau électrique existant.
  • La recherche fondamentale de la communauté scientifique internationale sur les ER n’est pas géopolitiquement indifférente voire innocente – par conséquent la recherche africaine doit formuler ses propres programmes de recherche pour lever rapidement les « prétendus » verrous technologiques – Le professeur Cheikh Anta DIOP a très tôt théorisé la dimension idéologique de l’indépendance des chercheurs africains ;
  • Une bourse des déchets renforcerait le paysage institutionnel, financier et fiscal du Sénégal et boosterait l’économie – actuellement, le Sénégal perd beaucoup d’avantages économiques  avec les déchets éliminés au niveau de « Mbeubeus » ;
  • La SDE et SENELEC pourraient cofinancer la construction d’une mégastructure de déchets (incinérateur) à Dakar pour baisser le prix du KWh et éviter les coupures d’eau liées aux ruptures de courant électrique. Dans ce projet, le capital pourrait être ouvert aux communes et particuliers qui le souhaiteraient – l’état n’aurait rien à débourser sinon qu’arbitrer ;
  • Enfin, le nucléaire civil est l’avenir pour tous;

Pour conclure !

Je ne suis pas spécialiste de l’énergie. Par conséquent, ma lecture de la situation ne peut être que celui de l’écologue que je suis, bien imprégné des approches écosystémiques de l’énergie.

Toutefois, il est clair qu’un diagnostic complet du système électrique sénégalais doit être posé (politiques publiques, production, transport, consommation finale, système de management de la qualité totale,  prospective marketing, prospective préventive, etc.)

Souvent on situe les problèmes au niveau de la production en évoquant des ruptures de combustibles. C’est l’explication spontanée populairement accessible. C’est possible! Je n’ai aucune idée !

Mais, je sais que parmi les causes possibles de délestage il en ya une dont l’occurrence est fort probable au Sénégal: l’instabilité du réseau électrique.

Tout porte à le croire, vu l’état de notre réseau électrique

Est-ce que SENELEC  arrive à sécuriser correctement la stabilité du réseau électrique ? Je ne le pense pas ! Et je la comprends. Le réseau est vétuste, labyrinthique, et inextricable exactement à l’instar du caractère informel des « circuits » de consommations finales des usagers.

Il faut rappeler que l’électricité ne se stocke pas à grande échelle. Une fois produite, il faut la consommer directement. Ce qui nécessite une maîtrise parfaite de l’équilibre production/consommation. Ainsi, la tension et la fréquence doivent être maintenues constantes dans tout le réseau, sinon des variations de l’équilibre du réseau créent des dégâts matériels ou des délestages d’adaptation.

L’on voit bien que maintenir cet équilibre précaire n’est pas facile. C’est comme marcher sur une corde.

Les branchements clandestins, l’arrivée massive de nouveaux abonnements, l’électrification rurale de masse, l’habitat spontané, la vétusté, sont autant de facteurs hypothéquant la stabilité du réseau par des variations des grandeurs « tension » et « fréquence »

Est-ce que SENELEC mène ce travail permanent  consistant  à surveiller tous ces paramètres?

A mon avis, le défi de l’« usager » est celui le plus important pour SENELEC. Par conséquent, SENELEC devrait faire un effort pour mieux connaître la psychologie de la consommation électrique de ses clients. Les sociologues et psychologues peuvent aider pour cela.

SENELEC devrait être associée à la planification urbaine pour disposer de toutes les informations cadastrales et domaniales afin d’anticiper une maîtrise à la carte de l’évolution du plan d’occupation des sols donc de la demande future. Cela participerait de la maîtrise du réseau.

Il ne faut pas non plus que SENELEC néglige la surveillance du réseau face aux aléas classiques (météorologie, accidents, et agressions). Un management spécifique devrait lui être dédié pour faire du principe de précaution une réalité quotidienne.

Faute de concurrent, SENELEC n’a-t-elle pas tendance à dormir sur ses lauriers en  menant un pilotage à vue sur des aspects hautement stratégiques en situation de concurrence parfaite du marché de l’électricité ?  C’est possible !  Le confort du monopole est berçant !

Effectivement, on ne peut pas réduire le problème de la fourniture d’électricité au Sénégal seulement à des déficiences du réseau. Il y a bien d’autres considérations – la chaîne de valeur énergétique étant formée d’innombrables boucles de vulnérabilité.  Les spécialistes et acteurs de l’énergie le savent

Il semble qu’une libéralisation du marché de l’électricité est nécessaire pour une  qualité du service public optimale de l’énergie (réduction du prix du KWh,  amélioration du confort du client, sécurité, assurance, etc.)

L’indépendance énergétique  est  une indépendance qui se mange – il faut absolument y accéder.

Cheikh   NDIAYE

Ecologue-Aménageur

DG  CICES

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