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Enfants dans la rue : une humiliation d’ici-bas et dans l’au-delà

Les mesures prises par l’Etat concernant le retrait des enfants de la rue ont été saluées à juste titre par une très grande partie de l’opinion publique sénégalaise. Cependant, le doute existe sur l’effectivité et la pérennité de ces décisions, car ayant toutes échouées dans le passé. Parmi les facteurs à l’origine de ces échecs, on note une certaine confusion volontairement et régulièrement entretenue entre l’enseignement de la science islamique et la mendicité. C’est ainsi que certaines personnes, dans certains médias, commencent à annoncer la couleur en assimilant Daara et mendicité. Une stratégie qui a pour but, à terme, de  jouer sur la sensibilité religieuse des Sénégalais et de les convaincre que le régime en place est en train de combattre l’Islam, par sa nouvelle politique.

Il convient de souligner que ce n’est pas l’enseignement du Coran qui est responsable de la mendicité, ce sont les hommes, les circonstances historiques,  économiques et  les déviations idéologiques qui sont à l’origine du mal.

Selon certaines sources, l’Islam a été introduite dans notre pays depuis le Xème siècle avec l’avènement de Waar Diabé, souverain du Tékrour, devenu Fouta Tooro. Mais la mendicité telle qu’elle apparaît aujourd’hui dans les villes est un phénomène récent. Si elle participait à l’éducation des enfants dans les campagnes, elle est devenue un moyen d’exploitation de cette catégorie vulnérable. Le phénomène a pris de l’ampleur dans les villes, à tel point que même des enfants non issus de ce système éducatif ont été entraînés dans la danse. Pire, c’est devenu un phénomène de mode. Le talibé, qui refuse de mendier, est automatiquement mis en quarantaine, considéré comme un orgueilleux, qui refuse d’être humble.

La mendicité est ainsi devenue l’activité principale des talibés. La tranche d’âge de ces derniers est comprise entre 7 et 21 ans. Sans protection majeur, ils errent à longueur de journée dans toutes les rues de Dakar. Un très grand nombre de ces gamins viennent de Guinée-Bissau, Mali, Kaolack, Diourbel, Saint Louis …. et prétendent subir des atrocités dans leurs « daaras » respectifs.

Toutes les enquêtes effectuées dans ce domaine, particulièrement dans les quartiers de Soumbédioune, de la Patte d’Oie, la station du Petit train de banlieue, Bountou Pikine, Guinaw Rail, Grand-Yoff, Keur Massar et sous les différents ponts de l’autoroute à péage…ont révélé que les souffrances de ces enfants sont dues, la plupart du temps, à des rapports sexuels forcés que leur font subir, leurs pairs plus âgés. Ils deviennent ainsi exposés aux maladies sexuellement transmissibles et à l’homosexualité.

La mendicité va à l’encontre des enseignements de l’Islam, des conventions internationales, de notre Constitution, des lois et règlements. Elle porte atteinte à notre moralité. Notre prophète (psl) avait une aversion et une répugnance extrême pour cette pratique, sachant que cette indécente action portait atteinte à la pudeur et à la vertu des musulmans en général.
Selon Abou Hourayra, le Messager de Dieu a dit : « Celui qui mendie en vue de s’enrichir, mendie en réalité une braise en Enfer : qu’il mendie peu ou beaucoup. » [Muslim].

L’Islam incite à fuir la mendicité, car elle est humiliation ici-bas et dans l’au-delà. Au lieu mendier les biens éphémères de cette modeste vie, il serait plus sage et plus raisonnable de mendier la miséricorde d’Allah et aspirer aux biens éternels de l’autre vie.

Il est donc heureux qu’au-delà de cette action qui vise à combattre ce fléau, que l’Etat tende à moderniser les « daaras » et, de façon générale, les cités religieuses. Ces mesures sont à encourager, car ces enfants ne sont évidemment pas scolarisés. De ce fait, ils ne bénéficient pas des mêmes opportunités que les autres enfants. En effet, le manque de perspective d’avenir et l’absence de formation professionnelle entravent leurs chances de trouver un emploi et de quitter définitivement les rues.

Il  nous faut être humain à l’échelle individuelle et noble à l’échelle politique pour pérenniser ces actions. Ce qui suppose, en plus de l’’effectivité des daaras modernes, une implication et un renforcement des moyens des structures de médiations familiales aussi bien institutionnelles comme le centre « Ngundi », mais aussi les villages Sos enfants, les mouvements associatifs, les « Bandiènes Gokh », les jeunes, les organisations communautaires, les chefs de quartier…

Le temps est venu également de repenser, en fonction des données nouvelles, les rapports entre les diverses fractions de l’élite musulmane, et surtout, les rapports entre Etat et confréries musulmanes qui, pour répondre aux impératifs nouveaux, doivent être dépouillés de toutes préoccupations politiciennes.

L’Islam n’est pas un frein au développement. Au contraire, elle nous apprend à combattre l’injustice pour un ordre de justice, à lutter contre l’exploitation pour une société plus équilibrée et plus harmonieuse, à cultiver l’esprit d’entraide, de solidarité, de dévouement et d’amour.
* agnetaboure@yahoo.fr*

Par Tabouré AGNE

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