Rocky-Balboa-560x330

Enquête sur le futur challenger de Bombardier : Rocky Balboa, champion en toc

«Rocky  Balboa», personnage de fiction et personnalité du monde de la boxe créé et interprété par Sylvester Stallone dans les films de la saga Rocky (19762006), n’est pas celui que cherche à connaître le Cng. Mais celui qui s’en est inspiré pour se faire un nom qui passe, plutôt qui accroche. Comme son idole, Amadou Koné dit Papis a réussi à se faire un nom. Presque sans grande difficulté. Ce Sénégalais, au corps bodybuildé, qui, dans un passé lointain, a servi de moniteur à Mouhamed Ndao Tyson dans une salle de musculation de Dakar, s’est échappé d’une longue période d’anonymat en Suisse pour voir son nom monter en flèche sur les moteurs de recherches dans le web, à la suite d’une sortie dans la presse sénégalaise pour défier le colosse Bombardier. Nous sommes en fin 2013. Une époque durant laquelle le géant Mbourois n’est même pas encore roi des arènes et enchaîne des performances en dents-de-scie dans un sport où il a du mal à se classer, tant il se révéla irrégulier. De quoi en faire une proie idéale pour un Rocky Balboa qui cherchait à se tailler une part dans la pluie de millions annoncés dans l’arène ?

Moniteur, imposteur, inconnu

Les photos de Balboa, au corps taillé comme un dieu grec, ne prennent pas de temps à occuper la «Une» des journaux. C’est le début d’un matraquage médiatique qui finit par imposer un inconnu auréolé du titre de «champion de la lutte suisse», venu avec l’ambition assumée de bousculer la hiérarchie établie dans la lutte avec frappe au Sénégal, son pays. Mais l’opération séduction tarde à porter ses fruits. Pis, elle prit très vite du plomb dans l’aile quand, dans son édition du 17 décembre 2013, le quotidien spécialisé en lutte servit à ses lecteurs un article intitulé «Rocky Balboa, l’imposteur démasqué». Nos confrères avaient câblé Simon Rosenblum, chargé de communication de Jörg Abderhalden, le triple champion de lutte suisse, qui s’était payé le scalp de notre «Rocky national». Morceaux choisis : «Depuis quelque temps, il nous parvient des informations comme quoi, un certain Rocky Balboa serait le Roi de la lutte en Suisse. Je tenais à démentir cela. C’est un mensonge d’autant plus grotesque que je ne le connais pas, et je suis le chargé de communication du véritable champion en Suisse. Il est important de clarifier les choses. Ce Rocky Balboa, il est inconnu ici. Il a certes pris part à quelques compétitions, mais il n’a jamais pu passer les premiers tours. Il s’inscrit sous l’appellation de Amadou Konez. Il n’a ni le talent ni la qualité pour devenir roi ici. Il paraît qu’il est grand champion de lutte au Sénégal, mais ici, il n’est rien du tout. Le Roi, c’est le Saint-Gallois Jörg Abderhalden qui a été sacré, trois fois, Roi de la lutte traditionnelle suisse.»

Entrée par effraction

La douche froide ne glace pourtant pas les ardeurs du Sénégalais qui a déjà réussi le plus difficile : installer la polémique autour de son identité. Dans un pays où l’on fait feu de tout bois, il devient, très vite, un bon client pour la presse, avide de sensations et pour le monde de la lutte, ennuyée par un cercle fermé où les chocs se montent de moins en moins, en raison des ambitions financières démesurées des lutteurs, des menaces de retraits de promoteurs, l’instabilité qui fait fuir les annonceurs ou encore l’incapacité du Cng à maîtriser tout ce beau monde. L’environnement presque chaotique favorise cette «intrusion» savamment orchestrée. Rocky Balbao veut entrer dans le système et sait tenir le bon bout. En 2014, il annonce sa participation au Festival des arts martiaux de Paris-Bercy, prévu le 15 février de la même année. L’événement, présenté comme une revanche palpitante entre Rocky Balboa et un lutteur nigérian du nom de Jeff T-Rex, se révèle être un pétard mouillé, l’adversaire ayant fait faux bond. Papis Konez s’est alors contenté d’un combat d’exhibition en lutte sénégalaise, face à son ami et complice Dieylani Pouye. Trop peu pour servir d’états de services.

«Pas de licence en Suisse depuis 3 ans»

Avant cette exhibition de Paris-Bercy en 2014, la Radio Télévision Suisse a fait un zoom sur Papis Konez. Dans l’émission «C’est la Jungle !» titrée «Nicolas lutte avec un Sénégalais de 130 kg», diffusée le 12 juin 2013, Papis Konez a participé à la fête cantonale genevoise de lutte suisse tenue à Satigny, le 21 avril 2013. Ici, le Sénégalais n’était pas en tenue de lutteur suisse, culotte en toile de jute, sorte de bermuda large avec une partie basse retroussée, munie d’un ceinturon et portée sur les vêtements, mais en «ngimb» (pagne) bien sénégalais. Le combat Rocky Balboa vs Jeff, bien que tenu dans le rond de sciure (aire de jeu de la lutte suisse), était juste une présentation de la lutte africaine pour amuser la galerie. Après démonstration, Papis Konez réagit devant la caméra pour solliciter une participation à la compétition majeure de la lutte suisse. «S’ils me donnent la chance d’aller à la fête fédérale, ils ne seront pas déçus.» En réalité, même s’il s’en targue, le futur (?) challenger du roi des arènes sénégalaises n’a jamais évolué à un niveau élevé en Suisse. Gasser Rolf, secrétaire général de l’Association fédérale de lutte suisse, que nous avons joint au téléphone, révèle : «Koné a une fois participé aux qualifications pour la compétition majeure appelée la fête fédérale de lutte suisse qui regroupe, tous les trois ans, les 300 meilleurs lutteurs, sur deux jours de compétition pour sortir un vainqueur, couronné roi de la lutte suisse. La dernière édition qui a eu lieu en 2013 a sacré Matthias Sempach. Et la 44e édition se prépare pour 2016.» En effet, même s’il est gâté par la nature, Rocky Balboa n’avait jamais pu se qualifier pour la grande messe de la lutte suisse. «Papis Konez s’était présenté avec la licence de l’Association genevoise», renseigne le Sg de l’Association fédérale, sorte de Cng local. Eric Haldi, président de l’Association genevoise de lutte suisse, confirme que Papis Koné avait une licence de sa zone. «Papis avait une licence chez nous, entre 2008 et 2012. Mais, depuis trois ans, il n’a plus de licence, explique-t-il. En 2012, il a participé aux éliminatoires de la fête fédérale, mais n’a pas pu passer le premier tour.» Eric Haldi porte ensuite le coup de grâce : «Il n’a malheureusement pas été brillant pour décrocher la qualification. Pour accéder à ce niveau fédéral (niveau A), il faut déjà être couronné au niveau cantonal (niveau C), puis à l’échelon intermédiaire, romand (niveau B).» Puis, celui qui s’étonne d’un tel engouement pour un lutteur qui n’a jamais obtenu la première couronne (cantonale), assure que c’est plutôt un autre Sénégalais, bien connu du cru, qui s’est, après avoir lutté au Sénégal, exilé au pays du chocolat, de l’horloge et du célèbre couteau multi-usage. «Par contre, son compatriote Dieylani Pouye était tout près d’atteindre le niveau de la fête fédérale en 2015. A la dernière fête fédérale, il n’y avait eu qu’un seul lutteur de Genève qualifié.» Et ce n’était pas Rocky, incapable de s’extirper des éliminatoires de niveau C, alors qu’il prétend être le «roi en Suisse». Théoriquement, lors de la seule année 2012 à laquelle il prit part aux compétitions, plus de 300 lutteurs (ceux qui sont parvenus à décrocher la qualification pour disputer les joutes fédérales) ont été devant lui, sans compter ceux qui ont également été éliminés au tour intermédiaire (niveau B).

Videur dans une boîte de nuit

On peut tout refuser à Rocky Balboa sauf son physique aux courbes dessinées par des années de culturisme, malgré le poids des décennies qui se lit sur son visage. Lui-même l’avoue : «C’est grâce à mon corps que j’ai rencontré de grands noms (du cinéma et du bodybuilding) comme Arnold Schwarzenegger, Sylvestre Stallone… D’ailleurs, c’est la femme de Sylvestre qui m’a donné le surnom de Rocky Balboa», raconte Papis Konez dans l’émission «C’est la Jungle» de la télévision Suisse. A l’occasion, il avait révélé son vrai job en Suisse. «Je travaille au Baroque où je gère la sécurité.» Le Baroque Club de Genève est un complexe restaurant, bar, boîte de nuit, sis à Place de la Fusterie dans la capitale suisse. Avec son physique dissuasif, le colosse force le respect devant l’entrée de l’établissement. C’est à ses heures perdues que Rocky Balboa se met à la pratique de la lutte suisse, comme il l’a affirmé dans la même émission. «J’ai fait la lutte suisse, l’année dernière (2012). C’était vraiment merveilleux. J’ai gagné des combats. Là, j’ai envie de montrer plus, de découvrir d’autres champions. Il faut qu’ils (les champions) me donnent ma chance, car la lutte n’a pas de frontière. Il faut qu’on laisse Genève participer à la lutte fédérale. Les Genevois n’ont pas toujours accès à cette fête», disait-il. Le Sénégalais n’aura jamais ce privilège, d’autant plus qu’il n’a plus de licence en Suisse depuis 2012, comme l’a révélé le président de l’Association genevoise de lutte suisse. Finalement, à défaut d’avoir la chance de se faire un nom et un palmarès dans la lutte suisse, il s’est résolu à se retourner vers la lutte sénégalaise, au prix d’une stratégie de communication qui a fonctionné comme sur des roulettes, par un raccourci des plus efficaces, lui permettant d’accéder directement au sommet de la hiérarchie et d’espérer toucher le jackpot. Plus d’une cinquantaine de millions de FCfa lui sont promis, si son combat contre Bombardier venait à voir le jour. Même le champion fédéral suisse ne touche pas autant. Comme un air de revanche sur le cours de l’histoire.

Voir aussi

thierno_bocoum_rewmi-30-03-2015_02-03-57_0

RÉPONSE AU MINISTRE DU BUDGET-PAR THIERNO BOCOUM

Votre réponse suite à mon interpellation concernant l’affaire de l’ancien ministre délégué Fatou Tambédou est …