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Enquête sur le pélérinage à la Mecque : Un deal de 100 millions éventré

L’Arabie Saoudite «coupe la tête» à 7 voyagistes sénégalais, le commissaire Moustapha Guèye accusé d’être derrière la sanction nie en bloc. Selon des sources proches l’organisation du pèlerinage à La Mecque, l’Arabie Saoudite a pris la décision de suspendre sept voyagistes privés sénégalais de la prochaine édition. La raison est liée au fait qu’ils n’ont pas respecté certaines normes requises par l’Arabie Saoudite en matière d’organisation de voyage de pèlerins sur les lieux saints de l’Islam. Les voyagistes privés accusent le commissaire au pèlerinage d’être derrière cette mesure. Ce que ce dernier nie avec la dernière énergie. Du côté de l’ambassade de l’Arabie Saoudite, le chef de service du consulat a indiqué qu’ils n’ont pas été saisis officiellement par les autorités Saoudiennes. L’Observateur a mené une enquête.

Source : L’Observateur
Une mission d’évaluation sur le pèlerinage à La Mecque s’est tenue le 29 mai 2007 au ministère des Affaires étrangères. D’après le compte-rendu de cette réunion dont nous avons une copie, les autorités saoudiennes ont pris la décision de suspendre sept voyagistes privés pour le pèlerinage 2008. Une décision qui pour l’instant n’a pas été notifiée aux mis en cause. Le représentant des voyagistes avait pourtant rapporté la nouvelle à ses camarades. Les voyagistes concernés par cette mesure de sanction sont : l’Afepes, Maka, La Douane, Ngalick Voyages, Alimatou Sadiya, Saloum Voyages, Cosmotours. Il ressort de ce document que les voyagistes n’ont pas respecté les normes requises par les autorités saoudiennes en matière d’organisation de voyage de pèlerins à La Mecque. Il leur est reproché certains manquements : un surplus non déclaré et non couvert par un contrat de logement de pèlerin, des pèlerins restés en Arabie Saoudite sans que le ministre du Hadj ne soit avisé, des responsables qui rentrent à Dakar sans leurs pèlerins, deux organisations sénégalaises qui ont débarqué à Jeddah sans guide ni encadreur (faute grave), anarchie dans les rues (vendeurs et repas). Faisant partie de la mission d’évaluation qui s’est rendue à La Mecque Abdoulaye Maréga représentant des voyagistes, explique : «Les sept voyagistes sont sanctionnés parce qu’il y a un problème de dépassement de quotas. Le Sénégal avait un quota de 10 000 pèlerins. Mais l’année dernière, le jour d’Arafat a coïncidé avec un vendredi et il y avait aussi les élections en vue, il y a eu une ruée qui a entraîné un surplus de 400 pèlerins. Le commissaire a rencontré le ministre des Affaires étrangères et en accord avec les autorités saoudiennes, ils étaient tombés d’accord pour donner des visas supplémentaires aux 400 pèlerins. Les privés étaient donc autorisés à acheminer ces pèlerins à La Mecque. Arrivés en Arabie Saoudite, ceux qui étaient autorisés à transporter les 400 pèlerins supplémentaires ne les avaient pas déclarés à la Massassaou (service qui s’occupe des pèlerins des pays africains qui ne parlent pas arabe, Ndlr)». Joint au téléphone, le président de l’Unophom (Union nationale des organisations privées pour le pèlerinage, le Hadj et la Oumrah), Aliou Diaw abonde dans le même sens. Le Sénégal était autorisé à amener 9800 pèlerins, mais après il y a eu 400 pèlerins supplémentaires. Le commissaire au pèlerinage en accord avec le gouvernement sénégalais et les autorités saoudiennes sont tombés d’accord sur le surplus. Puis, les privés étaient autorisés à acheminer ces pèlerins à La Mecque. Il n’y a pas eu un problème au niveau de l’organisation. C’est une mesure qui lui paraît trop sévère.

Oulimata Dioum, Afepes « C’est une mesure discriminatoire »

Pour sa part, Mme Oulimata Dioum présidente de l’Afepes confirme l’information. À l’en croire, il a eu un dépassement de quotas cautionné par la commission. Mais une fois à La Mecque, le commissaire au pèlerinage n’a pas déclaré à la Massassaou le surplus de 400 pèlerins des privés. Elle précise qu’il n’y avait pas que 7 organisations qui étaient concernées par ce dépassement de quotas mais plutôt 11 voyagistes privés. Ceux qui sont plus arabisants ont peut-être pu régler leur cas et laisser les autres à la merci des saoudiens. Pour la patronne de l’Afepes c’est une mesure discriminatoire. Parce que c’est avec l’accord de la commission, de la banque et du ministère des affaires étrangères que les privés ont amené 400 autres pèlerins supplémentaires. «Pourquoi alors nous faire porter le chapeau ?» se demande-t-elle. Du côté de la Douane, le président de la commission de la communication, M.Pape Ballé Diouf a indiqué qu’il ne peut pas se prononcer sur cette question tant que la décision n’est pas rendue officielle, compte tenu du droit de réserve auquel il est astreint. C’est aussi le cas de Mme Awa Khouma, de Ngalick Voyages qui attend d’être officiellement saisi pour se prononcer. Au niveau de l’ambassade de l’Arabie Saoudite, le chef de service consulaire, qui n’a pas voulu nous donner son nom a livré la réaction de l’ambassadeur en ces termes : «Jusqu’à ce jour, l’ambassade n’a reçu aucune information de l’Arabie Saoudite à ce sujet. Officiellement nous n’avons pas été saisis par l’Arabie Saoudite. Etant donné que l’Ambassade n’est pas au courant, nous ne pouvons pas saisir les autorités sénégalaises tant que l’information n’est pas officielle. C’est peut-être l’ambassade du Sénégal à Ryad qui a donné ces informations. S’il y a des sanctions, elles diffèrent selon leur gravité. Il y a des sanctions temporaires et des sanctions permanentes. Nous voulons attirer l’attention de l’opinion sur le fait que quand l’Arabie Saoudite prend des sanctions pareilles, c’est pour le bien des pèlerins sénégalais et non pour arrêter des organismes privés parce qu’il y en a des milliers qui fournissent les services de pèlerinage à La Mecque.

LES DESSOUS DE LA SUSPENSION DES VOYAGISTES SENEGALAIS : Un «deal» avorté de Moustapha Guèye sur les logements ?

Des sources bien au fait des questions du pèlerinage ne font aucun détour pour dire que dans cette histoire, il y a un « deal » qui a mal tourné pour le commissaire au pèlerinage Moustapha Guèye. À les en croire, le quota de 400 pèlerins supplémentaires que les privés avaient la charge d’amener à La Mecque avait fait l’objet d’un «deal» à Dakar entre ces derniers et le commissaire Moustapha Guèye. Les privés n’ayant pas la possibilité de les amener sans l’aval de la mission et des autorités, avaient pris langue avec Moustapha Guèye qui a accepté de leur faciliter les procédures pour obtenir le visa. Mais en contrepartie, ce dernier avait demandé que les 400 pèlerins une fois à La Mecque ne soient pas logés par les privés mais par la commission. Il s’est empressé d’aller négocier des logements pour ces derniers tout en espérant empocher des commissions sur chaque contrat de logement. Les privés conscients que sans la commission, il leur est impossible d’obtenir des visas pour leurs pèlerins ont joué le jeu. Une fois à La Mecque le commissaire qui s’attendait à empocher des millions pour les commissions qu’il devrait recevoir sur les logements des 400 pèlerins supplémentaires s’est vu opposer une fin de non-recevoir de la part des privés. Qui ont finalement refusé de lui laisser leurs pèlerins pour qu’il les loge et empoche des commissions. Pour eux c’est inadmissible qu’ils amènent leurs pèlerins jusqu’à La Mecque et les laissent à la commission alors qu’ils ont la possibilité de les loger et de les encadrer. Moustapha Guèye sentant que le «deal» a avorté a réservé le bâton pour les privés récalcitrants. Et nos interlocuteurs de poursuivre que jouant de ses relations, il a cherché et obtenu la tête des 7 voyagistes Sénégalais les plus courus par les pèlerins. Finalement les autorités saoudiennes ont suspendu 7 voyagistes sénégalais. Des accusations que le mis en cause réfute catégoriquement.

LE PELÉRINAGE UNE AFFAIRE DE GROS SOUS ENTRE LES PRIVÉS ET LA COMMISSION : «Où sont passés les 100 millions pour les frais de dossiers des pèlerins ? »

Il y a une guéguerre entre les voyagistes privés et le commissaire au pèlerinage. Des sources proches du milieu du pèlerinage révèlent que ces deux entités ne se font pas de cadeaux. Les privés n’ont pas manqué d’interpeller le commissaire Moustapha Guèye sur la destination des 100 millions pour les frais de dossiers des pèlerins. Le commissaire lui, renvoie la balle au ministère des affaires étrangères.

Les voyagistes privés sont plus que jamais décidés à aller jusqu’au bout dans ce combat qui les opposait à la commission au pèlerinage. Qui ne rate aucune occasion, à les en croire, pour les «descendre». Ils n’ont pas manqué d’interpeller le commissaire Moustapha Guèye sur la destination des 100 millions qu’il a empochés sur la vente des brochures pour mettre les dossiers des pèlerins. Chaque brochure est vendue à 10 000 Francs aux 10 000 pèlerins. Ce qui fait une somme de 100 millions sur lesquels les privés demandent à Moustapha Guèye des explications sur son utilisation. Selon l’un d’eux, la logique aurait voulu que chaque organisation confectionne une brochure pour ses pèlerins. Mais tous les pèlerins mêmes ceux du privé sont obligés de payer la brochure de la commission qui empoche l’argent.

17,5 milliards des pèlerins et 850 millions de subvention de l’Etat par an

Les 10 000 pèlerins sénégalais débloquent chaque année 17,5 milliards Fcfa pour se rendre à La Mecque. Et l’Etat subventionne le commissariat au pèlerinage à hauteur de 850 millions de francs. Au total selon nos interlocuteurs, la commission mobilisent 800 missionnaires à La Mecque avec des perdiems de 1.500.000 Francs par missionnaires. Dont la plupart une fois sur place, mettent leur badge dans la poche pour s’occuper d’autres choses que des pèlerins sénégalais acheminés pour le compte de la commission. Par contre les privés, expliquent-ils, sans aucune subvention, ils assurent près de 50% du transport des pèlerins. Certains n’ont pas manqué de voir la main du commissariat au pèlerinage derrière cette mesure de sanction des autorités Saoudiennes. Cela d’autant plus que nos interlocuteurs disent ne pas comprendre, que le Sénégal soit le premier pays africain en termes d’organisation et qu’on prenne une telle décision. Poussant plus loin l’analyse d’autres acteurs du pèlerinage pensent qu’il faut que l’Etat professionnalise l’organisation du Hadj.

MOUSTAPHA GUEYE : «Les 100 millions, il faut les demander au ministère des Affaires étrangères»

Joint au téléphone depuis l’Italie où il séjourne pour des conférences Moustapha Guèye a balayé d’un revers de main toutes ces allégations. Qu’il considère comme des propos qui n’engagent que leurs auteurs. Puisque la mesure de suspension ne l’a pas trouvé au Sénégal, il dit n’avoir absolument rien à dire sur cela. Et qu’il n’a pas les prérogatives d’intervenir en Arabie Saoudite pour influencer quelque décision que ce soit. Il n’a pas voulu s’attarder sur le dépassement du quota qui est à l’origine des sanctions. C’est au bureau chargé du pèlerinage au ministère des Affaires étrangères qu’il faut s’adresser. Il est le seul à pouvoir répondre à cette question indique-t-il. Sur les frais de dossier, il ajoute qu’ils ont exigé les frais de dossier quand le système a été informatisé. Le pèlerin donne 5000 F pour les photos, 2000 F timbre fiscal, il y a les badges et une cassette sur le Hadj. Tout leur est retourné. À l’en croire, ceux qui l’accusent d’avoir détourné cet argent n’ont rien compris. Ce sont de fausses accusations. L’argent est géré par le bureau au pèlerinage, le commissariat ne gère absolument rien de cet argent. C’est le Dage des Affaires étrangères qui gèrent tout ce qui est finance pour le pèlerinage à La Mecque. Après plusieurs vaines tentatives d’entrer en contact avec M. Ndiogou Bâ, le chef du bureau du pèlerinage au ministère des Affaires étrangères, nous avons fait hier le pied de grue devant ledit ministère pour le rencontrer. Arrivés à 15 heures, nous avons demandé au gendarme en faction l’objet de notre visite. Il a appelé au bureau de M. Bâ d’où on lui a fait comprendre qu’il n’était pas sur place. Finalement nous sommes passés par quelqu’un d’autre qui s’est déplacé pour aller voir dans le bureau de M. Bâ. Il est revenu nous dire que M. Bâ est bel et bien sur place et lui a dit qu’il n’a rien à communiquer à la presse à ce sujet. Et qu’il n’est pas disposé à recevoir la presse.


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