Confidences

Entretien avec Alioune Ndoye LES VÉRITÉS DU MAIRE DU PLATEAU

  • Date: 21 septembre 2015

Sa commune est sous les feux de la rampe depuis plusieurs semaines, du fait de son projet de déguerpissement des marchands ambulants qui l’oppose à ces derniers. Mais il tient à aller au bout de sa logique. Lui, c’est Alioune Ndoye, le maire de Dakar Plateau, coordonnateur de Vision socialiste, qui revient dans cet entretien sur cette affaire, mais aussi, en tant que responsable socialiste, sur les relations entre le Ps et l’Apr et également, le cas Khalifa Sall et la position de Tanor Dieng vis-à-vis de Macky Sall.

La mairie de Dakar Plateau que vous dirigez est au devant de l’actualité depuis plusieurs mois maintenant, avec son programme de déguerpissement des marchands ambulants, notamment autour du garage Petersen. Qu’est-ce qui sous-tend ce projet ?

D’emblée, je dois vous dire que notre action s’inscrit dans la mise en œuvre des engagements souscrits auprès des populations de restaurer et de garantir un cadre de vie décent, sécurisé et propice au développement des activités économiques sur tout le territoire communal. Dans cette perspective, nous avons mené de nombreuses activités de restauration du cadre de vie dans la plupart de nos quartiers, notamment la construction de canaux avec le pavage de ruelles jadis impraticables du fait de multiples risques pour les piétons et riverains. Malheureusement, ces actions n’ont pas connu le même succès médiatique et pourtant elles ont un fort impact sur l’amélioration des conditions de vie de nos populations.

Pour revenir plus spécifiquement sur Petersen, dont le projet de déguerpissement constitue une activité somme toute classique dans le cadre de la prise en charge des missions qui nous sont dévolues en tant que collectivité locale, je voudrais encore rappeler que notre ambition et seule motivation est de permettre aux milliers de Sénégalais, automobilistes et piétons qui empruntent cette voie, de ne plus subir la kyrielle de désagréments liées à l’occupation illégale et anarchique de la voie publique. Vous partagerez avec moi le constat que tous ceux qui empruntent cette voie sont durement éprouvés et ne comprennent pas ce laisser-aller inadmissible et qui peut traduire, sans action soutenue des autorités concernées, municipales et étatiques, une irresponsabilité condamnable eu égard aux multiples désagréments causés aux populations tant riveraines qu’usagères.

Nous recevons de multiples messages de soutien de toutes les couches de la population, mais également d’institutions et même de la communauté étrangère. Il faut aussi relever que cette activité de déguerpissement est très coûteuse pour notre collectivité locale. Car nos ressources financières, humaines et techniques sont engagées pour ramener une situation vivable dans cette portion du territoire communal. Notre défi, c’est de faire de Petersen une gare de référence nationale du fait de sa salubrité et de la sécurité ambiante. L’action des autorités municipales doit singulièrement impacter les conditions de vie quotidienne des populations, notre action visant à préserver l’intérêt général et non l’intérêt de groupuscules peu conscients des impacts sociaux, économiques voire environnementaux de leur occupation illégale et anarchique de la voie publique. Il faudrait promouvoir au Sénégal une citoyenneté forte, respectueuse de la chose publique, notre vision étant de faire de Dakar, la vitrine de propreté de l’Afrique de l’Ouest.

Mais certains parlent d’acharnement…

Non ! Nous n’avons pas un programme qui vise une catégorie de citoyens. Nous avons un projet qui porte sur l’assainissement de notre cadre de vie comme l’ont réclamé les citoyens dans leur quasi unanimité. Nous avons commencé par la gare de Petersen en mai 2015 à la demande de l’autorité centrale, qui, suite à l’inspection de la commission auxiliaire de sécurité, avait pointé des problèmes graves de sécurité. Nous rappelons encore que Petersen est une gare routière, sûrement la plus importante du pays, et que les opérations dont vous parlez ont jusque-là porté sur les voies d’accès de cette infrastructure capitale pour la mobilité urbaine. Et que des personnes mal intentionnées tiennent à coloniser Petersen pour leurs seuls besoins égoïstes au détriment de l’intérêt général. L’opinion publique devrait s’intéresser aux vraies raisons qui poussent des gens à préférer le trottoir à des centres commerciaux construits pour eux afin de les mettre dans d’excellentes conditions de travail et surtout d’accueil des clients.
Il se trouve que cet endroit (Petersen) est aujourd’hui le lieu de tous les trafics, de toutes les dérives, de toutes les incivilités qui ne seraient pas possibles dans un cadre aménagé comme ce que nous proposons. Les activistes qui s’opposent aujourd’hui à notre travail tiennent à imposer leurs trafics et autres délits au mépris de nos droits à la sécurité, à la libre circulation, à un cadre de vie décent et salubre, débarrassé des pollutions sonores et atmosphériques, à la santé publique (en attestent tous ces produits périmés et dangereux pour la santé que nous avons confisqués). Dakar est la capitale de notre pays, donc ne mérite pas ce que l’on voudrait en faire, et il urge de rappeler que les Sénégalais ont aussi droit à un cadre de vie sain et agréable, et que rien de viable ne peut se construire dans le désordre et l’indiscipline érigés en mode de vie. Se battre pour ses intérêts oui, mais pas au prix de détruire tout ce qui nous permet de faire société. Si nous continuons dans cette complaisance coupable, nous détruirons notre communauté en nous privant de toute chance de nous en sortir ensemble.

Qu’en est-il des sites de recasement ? Sont-ils prêts ? Peuvent-ils accueillir tous les ambulants concernés ?

La Ville de Dakar a investi plus de 9 milliards de francs Cfa pour réorganiser les activités marchandes en achetant des terrains, en construisant des centres commerciaux et en aménageant des sites existants. C’est le cas du site de Félix Éboué qui se situe à environ 300 mètres de la gare de Petersen et sur lequel un centre commercial R+2 est construit et destiné à l’activité des ambulants tabliers, avec une capacité de 3800 places.
Si vous faites le rapprochement, seuls 378 tabliers avaient été recensés autour de la gare Petersen que nous voulons assainir. C’est le cas de l’espace Kermel que je vous demande de visiter. C’est le cas du champ de course qui a été aménagé et qui reçoit aujourd’hui les commerçants délogés de Sandaga et ceux de Centenaire, etc. C’est le cas du centre commercial de Sandaga que la Ville a acheté. Donc, jamais une équipe municipale n’a aligné autant de solutions viables pour réorganiser l’activité marchande à Dakar et assainir le cadre de vie.

Mais il y a eu beaucoup d’incidents lors de ces opérations et les accrochages sont quotidiens entre vos agents, les forces de l’ordre et les commerçants…

Parce que vous avez des acteurs qui pensent pouvoir se mettre en marge de la République en imposant leur seule volonté à la population. L’occupation de la voie publique est un délit, donc son auteur un délinquant qui peut avoir des problèmes avec la justice. Et si en plus ces acteurs agressent des policiers en service, agressent des agents municipaux légalement employés par la mairie qui est un démembrement de l’Etat et payés par les services du Trésor public, insultent et menacent le maire qui est une institution et pensent le défier publiquement en circulant librement au sein de la population qui l’a mandaté, ils ne font que s’exposer à la rigueur de la loi. Trop de complaisance sape les fondements de la communauté, décrédibilise nos institutions et conduit inévitablement à l’anarchie. Pour que l’on soit une République libre et démocratique, il faut que la puissance publique conserve ses prérogatives pour faire prédominer l’intérêt général.
Je salue, au passage, la parfaite entente et collaboration entre les autorités municipales et étatiques dans ce projet, et loue le courage, la détermination et le professionnalisme du sous préfet de Dakar Plateau, M. Djibril Diallo. Il est certes à regretter les incidents constatés. Il demeure cependant important de revenir à l’essentiel, c’est-à-dire à la nécessité et à l’urgence de restaurer un cadre de sécurité, de propreté et de fluidité des voies aux alentours de la gare de Petersen en mettant fin à l’occupation anarchique et illégale de la voie publique.

Que faire pour venir réellement à bout de ce problème qui pollue vos rapports avec les commerçants ?

Que chacun respecte l’autre dans sa mission et que force reste à la loi. Que ces jeunes cessent d’être la marionnette d’intérêts obscurs qui ne cherchent que le chaos pour atteindre leurs buts politiciens ou pour continuer à exercer leurs trafics dangereux pour la sécurité et la santé publique. Que ces jeunes se précipitent dans les infrastructures construites pour eux avant que d’autres pouvoirs économiques ne rachètent ces endroits qu’ils finiront par leur louer beaucoup plus cher. Ces acteurs avaient pris des engagements fermes, les derniers devant le sous préfet de Dakar Plateau avec une date limite qui était la Korité. Ils doivent abandonner cette fuite en avant et respecter pour une fois la parole donnée, car ils font face cette fois ci à une détermination que seule la population dakaroise pourra modifier.

Vous dénonciez souvent une main politique qui serait derrière tous ces ambulants. Quelle est cette main politique ? Est-ce des gens du pouvoir ? Des opposants ? Vos adversaires au Plateau ?

Ceux qui sont derrière ces gens, c’est un tout, à l’image de la rencontre des charognards sur une dépouille. Comment pouvez vous qualifier des politiciens en mal de reconnaissance qui se précipitent à Petersen encore en feu pour demander à ces jeunes de faire face aux forces de l’ordre et à la mairie ? Comment qualifier ces politiciens au vocabulaire extrêmement pauvre, puisque se résumant à un seul mot qui proposent l’immobilisme pour ce phénomène, puisqu’ils ont lamentablement échoué quand ils avaient la responsabilité de ce secteur avec un budget qui n’aura servi qu’à leurs seuls traitements, avec zéro réalisation ?

Comment qualifier un ministre qui reçoit ces fauteurs de troubles en donnant de l’argent ? Idem pour ce Directeur général de société publique ou ce député par défaut ? Comment qualifier ce maire qui, pour des considérations bassement électoralistes et pour faire de l’argent facile, sape le travail concerté de toute la ville de Dakar au mépris des intérêts et droits de la population, et en foulant du pied ses propres engagements auprès du représentant de l’Etat ? Il n’y a rien de pire qu’un dirigeant intéressé, sans courage et dont les décisions n’intègrent jamais le moyen et long terme.

Combattre cette façon de faire la politique m’a personnellement engagé en politique. Par notre détermination à faire la politique autrement, dans l’intérêt strict des populations, ces pratiques seront décriées et combattues par le plus grand nombre et ne serviront jamais à leurs auteurs. Il est malheureux de ne jamais tirer les leçons du passé, ces pratiques ont été farouchement combattues par ceux qui les réitèrent aujourd’hui, et les populations sanctionneront encore et à chaque joute électorale.

Que peut-on retenir de la gestion de votre mairie un peu plus d’un an après votre réélection ?

Dans la continuité de notre premier magistère, nous avons consolidé nos acquis, notamment en matière de gouvernance par l’amélioration continue des prestations municipales, mais également la consultation et l’implication des populations dans tous nos projets de développement entrepris par la commune. Je dois vous indiquer que notre équipe souhaite des résultats tangibles sur l’emploi des jeunes, nous avons déjà défini une politique ambitieuse pour cela et dégagé des fonds et mis en place un partenariat. Nous souhaitons offrir aux jeunes du plateau de réelles perspectives d’emploi en travaillant sur tout le parcours qui doit y mener. Pour cela, nous réfléchissons à leur accès, à la formation professionnelle, à leur encadrement et orientation dans la recherche d’emploi et à la consolidation de leurs acquis professionnels à travers l’accès à la formation continue et leur perfectionnement. Je souhaite que ce mandat puisse nous permettre d’enregistrer des résultats probants en matière d’emplois des jeunes. Parallèlement, nos réalisations se poursuivent et s’amplifient par un meilleur accès aux soins de nos populations, l’accès à l’éducation de qualité et l’amélioration du cadre de vie. Comme pour le premier magistère, nous allons à mi-parcours rendre compte de nos réalisations. Donc je vous donne rendez-vous dans un an pour vous entretenir plus en détail de ce que nous avons fait pour donner de réelles perspectives de développement aux populations de Dakar Plateau.

Sur un autre registre, vous êtes responsable socialiste, quel est aujourd’hui l’état réel des relations entre le Ps et l’Apr, au-delà de tous ces discours de compromis rassurants. Parce qu’en  apparence, le constat est qu’il y a des problèmes ?

Nous sommes dans une alliance plus large que de simples rapports Ps-Apr. Sous cet angle, il faut examiner la question du partenariat avec Benno. Je pense que la contribution du Ps dans la mouvance présidentielle est réelle eu égard aux responsabilités conférées à nos camarades, et à l’heure venue, une évaluation juste et sans complaisance sera faite de l’alliance avec la mouvance présidentielle. Cela permettra d’indiquer les succès et de mettre en exergue les problèmes comme vous les nommez.

Il y a au sein du Ps des gens qui disent vouloir la candidature de Khalifa Sall à la Présidentielle et qui créent une sorte de zizanie dans vos rangs. Est-ce dû à un effritement ou à une rupture de la discipline de parti qu’on ne connaissait pas au Ps ?

Le Ps est un parti structuré avec une démocratie interne exemplaire, cela veut dire qu’il peut y avoir diversité d’opinions, notamment des responsables, sans impacter la discipline du parti.

Est-ce que, pour vous, le Ps doit avoir un candidat à la prochaine présidentielle ? Ce candidat pourrait-il être Ousmane Tanor Dieng ou est-ce Khalifa Sall le meilleur profil ?

Le débat d’homme n’est pas celui qui m’intéresse pour l’heure au Ps. J’ai déjà indiqué que ce qui nous interpelle, c’est de réfléchir à temps aux prochaines joutes électorales afin de conférer au parti tous les facteurs de succès lui permettant d’engager les élections dans les meilleures conditions de préparation. Nous y sommes, je pense que les mois à venir élucideront sur la démarche qui sera entreprise pour positionner le Ps à la bonne place pour la ligne de départ pour le marathon (éclat de rires…).

Croyez-vous que la Présidentielle aura lieu en 2017 ? Et on sait par ailleurs que le Ps veut un référendum pour la réduction du mandat début 2016. Pensez-vous que Macky Sall prendra en compte cette préoccupation ?

Je ne suis pas dans le secret des dieux pour connaître ce que décidera le président de la République, donc comme vous, j’attends que les choses se clarifient un peu plus sur ces questions.

Il y a aussi le fait que certains suspectent un deal au sommet entre Tanor et Macky ?  

Il ne saurait y avoir de deal entre Ousmane Tanor Dieng et Macky Sall. Le Secrétaire général du Parti social est dépositaire d’un mandat qu’il tient du congrès et ce mandat ne prévoit aucune clause du genre «deal».

Et le cas Aïssata Tall Sall qui a pris ses distances ?

Je considère Mme Aïssata Tall Sall comme un grand responsable du parti, que je remercie au passage pour son soutien lors de mon audition à la Sûreté urbaine suite à l’incendie survenu au marché Petersen.

Pour terminer, monsieur le maire, l’Acte 3, aujourd’hui, qu’en dites-vous ?

C’est une réforme majeure dont on reste toujours en attente de la phase 2 portant sur le financement des collectivités locales. Je pense qu’il y a eu un problème de calendrier dans la mise en œuvre de la réforme, qui aurait certainement nécessité plus de concertation pour réaliser un vrai bilan de la réforme de 1996 et pour asseoir les bases durables d’une politique de décentralisation axée sur le développement économique des territoires. Pour le moment, nous nous réjouissons d’être des communes à part entière, mais souhaitons que l’Etat associe plus les communes dans la définition et mise en œuvre de ses programmes de développement territorial pour plus de complémentarité et de cohérence avec les initiatives locales.

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